Les témoins de la scène comprennent difficilement la violence de Jésus. Le commerce qu’il dénonce était admis comme une aide bienvenue pour les pèlerins qui pouvaient trouver sur place les indispensables produits casher pour leurs dévotions au Temple: du bétail et des volailles pour les sacrifices, la monnaie du Temple en échange de leurs sous frappés à l’effigie païenne de l’empereur de Rome. Un marché officiel se tenait le long du Cédron et sur les pentes du Mont des Oliviers, mais Caïphe, un beau corrompu, trouvait son profit dans celui qu’il avait installé dans le périmètre du Temple.
Dans un accès de colère, Jésus réagit à la manière des prophètes qui, pour mieux se faire comprendre, organisaient des mises en scène impressionnantes. Il agresse un groupe de marchands, disperse leurs animaux à coups de fouet, et renverse quelques comptoirs de change. Qu’ils aillent voir ailleurs, sur le marché officiel. Qu’ils ne transforment pas la maison de Dieu en un espace commercial!
Son intervention n’a certainement pas interrompu le fonctionnement du Temple où grouille une foule dense de plusieurs milliers de personnes, mais elle dénonce l’exploitation du culte religieux comme source de profit. La tentation n’en est pas moins récurrente pour resurgir à toutes les époques. Sous le masque de la dévotion, la simonie, le commerce des indulgences, les profits financiers, la promotion sociale, l’exercice du pouvoir, et bien d’autres perversions ne cessent de transformer des milieux religieux en cavernes de voleurs. Les affaires et la religion ne font jamais bon ménage.
On n’entre pas impunément en conflit avec le monde du profit. Se souvenant d’un cri entendu dans les Psaumes, les disciples de Jésus pressentent que son zèle finira par le dévorer. Désormais, la Passion se profile à l’horizon. Conscient, Jésus lui-même y fait allusion en jouant sur les mots. Si les Juifs parlent du Temple de pierres, Jésus leur répond en se référant à son propre corps qu’il compare au sanctuaire, le cœur central du Temple où était conservée l’Arche symbole de la présence divine. Détruit par la crucifixion, il sera reconstruit trois jours plus tard par la résurrection. Empêtrés dans les intérêts terre à terre qui leur tiennent lieu de religion, ses interlocuteurs sont incapables de le suivre.
«Un commerce pas si édifiant» (Jn 2,13-25)- Méditation à partir de l’Évangile de Pierre Emonet sj pour le dimanche 3 mars 2024