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L’hypertension, un mal mortel inégalitaire

L’hypertension est à l’origine de bien des maladies cardio-vasculaires qui causent la grande majorité des morts prématurées par infarctus du myocarde, artérite des membres inférieurs (durcissement des artères) ou accident vasculaire cérébral (AVC), sans parler des désagréments liés à l’altération des petits vaisseaux sanguins. L’hypertension n’entraîne généralement ni gêne ni douleur; c’est pourquoi elle est une pathologie sournoise. Aussi, bien qu’elle touche un habitant sur cinq de la planète, elle ne se manifeste le plus souvent que trop tard, au point que près de la moitié des personnes souffrant d'hypertension dans le monde l’ignorent. D’où l’intérêt de mieux la connaître pour mieux la prévenir.

Du coup, on comprend l’intérêt du rapport sur l’hypertension, publié par l’OMS à la fin du mois d’août 2021, et repris dans les revues spécialisées. Ce rapport s’appuie sur cent millions de patients répartis dans cent huitante-cinq pays. Une bonne nouvelle: la Suisse est l’un des pays les moins touchés par l'hypertension. Je cherche ici à comprendre pourquoi.
Les causes de l’hypertension sont bien répertoriées. Le vieillissement de la population et l’héritage génétique jouent leurs rôles; ces rôles ne peuvent pas expliquer à eux seuls l’exception helvétique, sauf à chercher dans le fouillis de la théorie des climats ou -plus hasardeuse encore- de l’inscription génétique des vertus acquises. La Suisse, en ces domaines du vieillissement et de la génétique, n’a rien d’exceptionnel.

Je penche plutôt du côté de l’économie générale, qui joue également son rôle. En témoigne le fait que l’hypertension progresse dans les pays pauvres -notamment les régions à économie intermédiaire- et diminue dans les pays riches. (Ce qui explique que, globalement, la proportion de la population mondiale touchée est restée stable depuis une trentaine d’années.) Mais dernière l’économie j’épingle d’autres facteurs qui lui sont liés, en particulier l’hygiène de vie nourrie d’une activité physique régulière et d’une alimentation équilibrée qui évite les aliments -notamment animaux- riches en sel.

Mais la Suisse n’est pas le seul pays riche dont la population bien éduquée mène une vie saine à l’alimentation équilibrée. Alors, où trouver l’origine de l’exception helvétique? Dans la pureté de l’air de ses montagnes? Peut-être. Mais j’attribuerai plus volontiers cette particularité suisse à un mode de vie et un rapport-au-monde moins stressé -à une spiritualité, diraient peut-être certains jésuites- plus en harmonie avec la nature, avec la société et avec soi-même. L’on sait en effet que le stress -notamment celui provoqué lorsque l’on est tendu vers la réalisation d’un but physique ou mental-, augmente la tension artérielle durant la vie diurne, et les cauchemars durant la vie nocturne.

Reste que ce mode de vie, qui fait le bonheur des Suisses et de leurs hôtes, n’est actuellement pas accessible aux quelques sept cents millions de personnes de par le monde qui sont atteintes d’hypertension et qui ne reçoivent pas les soins adéquats. C’est d’autant plus scandaleux que l’hypertension peut être facilement diagnostiquée et soignée à l’aide de médicaments bon marché.

Auteur:

Étienne Perrot sj est un jésuite de la Province d'Europe Occidentale Francophone (EOF) qui a vécu 15 ans à Genève (de 2001 à 2016), au sein de la communauté de Carouge. Il écrit régulièrement sur le site des jésuites de Suisse depuis 2013. Il est en outre membre du conseil de rédaction de la revue culturelle suisse choisir.
Étienne Perrot, né en 1944 dans le Doubs (France). Il a enseigné  l'économie et l'éthique sociale à Paris, et l'éthique des affaires à l'Université de Fribourg 3. Il a écrit plusieurs livres, notamment Esprit du capitalisme, es-tu là ? Derrière les chiffres, discerner l’humain, Bruxelles, Lessius 2020.

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