«Les acclamations de joie ont été vives et ne s’arrêtaient plus lorsque le pape François est entré dans le stade d'Erbil», rapportent les deux jésuites allemands qui avaient fait le voyage d'Amman (Jordanie) pour le Père Marc Stephan Giese sj, et de Genève (Suisse) pour le Père Peter Balleis sj. Le Saint-Père était venu célébrer la messe solennelle du dimanche après-midi, après une journée bien remplie, faites de multiples rencontres dans le nord de l'Irak: «Après des visites à Mossoul et à Qaraqosh, c'est un pontife visiblement fatigué qui a célébré l'eucharistie devant plus de 10'000 fidèles et représentants d'autres confessions, un moment d'encouragement et d'espoir pour les personnes présentes. Dans son homélie, le pape a rendu hommage aux communautés chrétiennes en Irak pour leur exemple de miséricorde et de pardon. Des acclamations spontanées ont éclaté lorsqu'il a prononcé cette phrase: «L’Église en Irak vit et en elle vit le Christ.»

Pape BalleisGiese Irak mars2021 jwlCeux qui ont célébré avec lui se sont sentis écoutés avec bienveillance et compris dans leurs défis. De très nombreux chrétiens du Kurdistan et de tout le nord du pays réfléchissent encore à émigrer, c'est pourquoi les paroles de François étaient si importantes. Mais le pape a également émis dans son homélie et dans d'autres allocutions quelques critiques bien formulées à l'égard des Églises locales. Le message de fraternité universelle, qui a été le message de l'ensemble de ce voyage papal, comporte en effet aussi quelques défis pour les communautés chrétiennes.

«L'Église chrétienne en Irak est vivante». C'est la phrase qui a le plus touché le cœur de chacun. C'est pourquoi il est venu en Irak en tant que pèlerin, a-t-il dit, pour rencontrer l'Église chrétienne qui a tant souffert et tant accompli, en accueillant les réfugiés des plaines de Ninive. Il est venu en Irak pour être avec les pauvres et les marginalisés qui ont enduré tant de souffrances à cause de la violence et de la guerre. Ces mots s'adressaient à tous les Irakiens, à la diversité des groupes religieux et confessionnels, culturels et ethniques. Le service a résonné dans les langues du pays: arabe, kurde, araméen des chrétiens chaldéens, mais aussi un peu d'anglais pour la communauté internationale et d'italien, la langue du Pape. La diversité est la croix, mais aussi la chance de l'Irak. François a placé la croix, la souffrance de ce pays au centre de son message, une souffrance qui conduit toujours à la résurrection, à une Église vivante et à un avenir pour le pays. Entendre cette "bonne nouvelle" est particulièrement bon pour le peuple irakien, qui n'est habitué qu'à de mauvaises nouvelles venant de son pays. La visite du Pape a été une bonne nouvelle. Le pontife a été la voix et le visage des 95% d'Irakiens qui veulent vivre en paix et ensemble.

Pape irak mars2021Le pape a conclu la messe par ces mots arabes: "Salam" et "Allah ma'akum" - "Paix" et "Dieu est avec vous". Des acclamations ont à nouveau éclaté. Le premier de ces mots représente l'espoir, celui que le pontife a ravivé. Les suivants sont une certitude. Dieu est avec les habitants de cette terre à qui François a montré son amour et son attention par sa visite. Les fruits doivent encore pousser, mais les rencontres de ces derniers jours nous donnent au moins une lueur d'espoir. À la fin, les nombreux jeunes volontaires ont posé pour une photo de groupe: Oui, l'Église est bien vivante en Irak.

Dans ses mots d'adieu, le pape François a remercié les organisations d'aide internationales et ecclésiastiques qui ont tant fait en Irak. La Compagnie de Jésus, avec le Service jésuite des réfugiés (JRS), est active dans le nord de l'Irak depuis 2014 auprès des réfugiés syriens, Yezidis et chrétiens que le JRS accompagne lors de leur retour à Qaraqosh. Depuis 2017, le Jesuit Worldwide Learning (JWL) est également actif et propose un enseignement en ligne dans cinq endroits du pays: au camp de Domiz pour les réfugiés syriens, au camp de Khanke pour les Yezidis, et à Erbil pour des étudiants de tous les groupes ethniques. Deux des diplômés d'Erbil sont retournés à Bartella et à Qaraqosh avec leurs communautés chrétiennes; ils y ont créé des centres de formation JWL avec le soutien de la communauté ecclésiastique.
Suite au retour de nombreux Yezidis dans les montagnes du Sinjan, JWL a également  déménagé avec eux, et les étudiants ont ouvert un nouveau centre d'enseignement de sixième année. Quelque 500 jeunes sont inscrits aux cours de JWL. Des enseignements qui vont des cours d'anglais aux cours professionnels de leadership pour la paix, en passant par une formation de premier cycle en arts libéraux ou bien encore une licence en développement durable. L'enseignement universitaire de JWL s'inscrit dans la grande tradition éducative des jésuites du Baghdad College et de l'université Al Hokma, qui ont fermé il y a 52 ans. Le travail de la Compagnie de Jésus en Irak est ainsi toujours vivant.»

Pape Irak photogroupe