La réunion sur la protection des mineurs convoquée par le pape François du 21 au 24 février 2019 ne part pas du «point zéro», mais «est sans aucun doute un événement sans précédent qui vise à donner une impulsion forte pour de nouvelles avancées urgentes». C’est ce que souligne le père Federico Lombardi sj, président de la Fondation vaticane Joseph Ratzinger-Benoit XVI, dans un article intitulé «Vers la réunion des évêques sur la protection des mineurs».

Le jésuite retrace l’historique de la gestion des abus dans l’Église et invite «à faire face à la réalité». Parfois, écrit-il «même dans les milieux ecclésiastiques, nous entendons qu’il est temps de changer de sujet, qu’il n’est pas correct de donner trop de poids à cette question… mais c’est un mauvais chemin».

Si la question des abus «n’est pas pleinement abordée sous ses différents aspects, explique-t-il, l’Église continuera à faire face à une crise après l’autre», la crédibilité des prêtres sera «blessée» tout comme «leur mission de l’annonce évangélique et de travail éducatif pour les enfants et les jeunes».

Le Père Lombardi rappelle que la première crise majeure s’est produite après l’an 2000 aux États-Unis et que saint Jean-Paul II en a parlé lors de ses dernières années de pontificat. Les «grandes leçons» de ce qui s’est passé dans l’archidiocèse de Boston, écrit le jésuite, sont «parfaitement claires, même si elles ont été comprises et acceptées avec difficulté».

Il s’agit avant tout de «la sélection» et de «la formation des candidats au sacerdoce» qui doivent être repensées «avec soin et avec rigueur», note-t-il. Par ailleurs, la manière dont les autorités ecclésiastiques ont dissimulé la vérité pour étouffer les scandales, en «négligeant la gravité des souffrances des victimes», est «indéfendable».

Le pape Benoît XVI, poursuit le Père Lombardi qui était directeur du Bureau de presse du Saint-Siège sous son pontificat, a été particulièrement préoccupé par la question des abus: il a lancé une série de «Règles sur les crimes les plus graves», suivies en 2011 de l’importante Lettre aux conférences épiscopales du monde entier pour les aider à élaborer des Lignes directrices pour le traitement des cas d’abus sexuel sur mineurs par des religieux.

Ces Lignes, écrit le jésuite, «deviennent ainsi le document de référence nécessaire pour la conversion et le renouvellement de la communauté ecclésiale à partir de l’expérience dramatique de l’abus».

L’engagement personnel pris par le pape Benoît XVI dans cette histoire dramatique, poursuit-il, est «également souligné par ses rencontres répétées avec les victimes lors de divers voyages apostoliques dans différents pays».

Le pape François, explique le p. Lombardi, poursuit «le chemin tracé par son prédécesseur». Il s’est également «impliqué dans la rencontre avec des victimes d’abus sexuels». Ainsi la constitution d’une Commission pontificale pour la protection des mineurs (décembre 2013), présidée par le cardinal Sean O’Malley, est un acte important. Les trois résultats significatifs de l’activité de cette Commission, selon le père Lombardi, sont : le modèle des Lignes directrices, les cours de formation pour les évêques nouvellement nommés, la proposition d’une Journée de prière pour les victimes d’abus.

Le père Lombardi met ensuite l’accent sur deux documents approuvés par le pape François : le Rescrit de 2014 et le motu proprio de 2016 «Comme une mère aimante». Il s’agit de deux documents qui renforcent la responsabilité des autorités ecclésiastiques. La Lettre au peuple de Dieu du 20 août 2018 est particulièrement significative, selon le p. Lombardi. À présent, explique-t-il, le pape François, «ne parle plus simplement d’abus sexuel», mais aussi d’abus «de pouvoir et de conscience». Et il invite tous les fidèles à être coresponsables «du chemin synodal de l’Église». (zenit)