RagonneauSJ 7e116par le Père Jean-Luc Ragonneau, jésuite

Il y a une boutade qui exaspère souvent les prêtres : «Vous, vos journées de travail, c’est le week-end». Ce n’est pas un trait de méchanceté, mais la manifestation d’une ignorance: que peuvent bien faire les prêtres quand ils ne sont pas dans les églises à présider les sacrements? Ces zones d’obscurité s’éclairent légèrement lorsque nous avons un besoin précis, quand nous demandons le baptême pour un enfant, par exemple. Alors, nous sommes invités à une réunion avec d’autres parents, à rencontrer le prêtre pour préparer la célébration…

En fait, quand nous nous interrogeons sur le ministère des prêtres, nous pensons d’abord aux tâches concrètes qu’ils peuvent assumer. Or celles-ci dépendent du projet pastoral diocésain ou local, des lieux, des circonstances… Et certains prêtres ne sont pas en paroisse. Si nous voulons approcher le sens profond de la fonction du prêtre, nous devons nous interroger autrement.

Il montre le Christ

Comme l’écrit le concile Vatican II: «Tous les prêtres, tant diocésains que religieux, participent avec l’évêque à l’unique sacerdoce du Christ et l’exercent avec lui; aussi sont-ils établis les coopérateurs avisés de l’ordre épiscopal» (Christus Dominus, n. 28). La source du ministère presbytéral est cette relation, approfondie au fil des ans, avec le Christ. Le prêtre, dans la communauté qui lui est confiée, a la charge de rendre le Christ présent et de vivre son sacerdoce. Jésus a résumé tous les multiples aspects de son sacerdoce dans cette unique phrase: «Le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi mais pour servir» (Marc 10, 45)… «Son sacerdoce n’est pas domination, mais service» (Benoît XVI, homélie du 12 septembre 2009).

Le prêtre doit être, comme lui, serviteur, c’est-à-dire vivre dans la proximité du Père et dans la proximité des frères. «La vie même du Christ doit imprégner le prêtre afin qu’il devienne entièrement un avec lui, que le Christ vive en lui et donne à sa vie sa forme et son contenu», poursuit le pape. Or, que nous disent les évangiles? Au fil des pages, Jésus rassemble les foules et leur fait découvrir les Écritures, «en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes» (Marc 1, 22). Sa parole est riche de ce partage intime qu’il entretient avec le Père dans la prière, et elle est féconde.

Le Christ libère des puissances qui emprisonnent et des savoirs aliénants où les lois humaines ont pris le pas sur la révélation divine. Il nourrit aussi les foules affamées de pain et de parole. Il guérit les malades et les possédés qui viennent à lui, leur faisant percevoir quel homme son Père désire. Rencontrant des bannis de la société, il leur manifeste la miséricorde divine où ils peuvent lire leur dignité d’hommes ou de femmes, tout comme leur appartenance au peuple élu.

Il accueille chacun au point où il en est, que ce soit le notable qui le reconnaît comme un maître ou la femme dont la conduite est jugée répréhensible. Cette conformation au Christ, le prêtre la vit en participant au ministère de l’évêque, que Vatican II présente autour de trois fonctions : enseigner, sanctifier, conduire. Cette triple fonction, les prêtres l’exercent chacun avec ses talents et ses dons particuliers, à travers une multitude de tâches, qui font d’eux des hommes de la Parole, des hommes des sacrements, des hommes de l’unité et de la mission.

La Parole, les sacrements, la mission

Hommes de la Parole, ils sont chargés de faire connaître à tous la «vérité de l’Évangile» (Galates 2, 5), à travers la catéchèse et la prédication, mais aussi à travers des entretiens et l’étude des problèmes de ce temps: «S’ils veulent vraiment atteindre l’esprit des auditeurs, ils ne doivent pas se contenter d’exposer la parole de Dieu de façon générale et abstraite, mais ils doivent appliquer la vérité permanente de l’Évangile aux circonstances concrètes de la vie» (Presbyterorum ordinis, n. 4). Hommes des sacrements, ils sont envoyés dans les communautés pour être «ministres de celui qui, par son Esprit, exerce sans cesse pour nous, dans la liturgie, sa fonction sacerdotale» (n. 5).

Si tout leur temps ne doit pas être absorbé par l’action cultuelle, il n’empêche qu’ils doivent y être présents. Par le baptême, l’eucharistie, la réconciliation, le mariage ou l’onction des malades, ils permettent à la communauté d’entrer en communion avec le Christ. Ils sont enfin hommes de l’unité et de la mission, en présidant la communauté. Ils doivent avoir à cœur de construire celle-ci de sorte que chacun s’y sente accueilli et puisse grandir en liberté et en responsabilité, mais aussi pour que la communauté participe à l’édification de la société, en particulier en développant les services de charité et de solidarité pour que le Christ soit honoré en tous.

Les prêtres ne peuvent assumer ces fonctions que dans et avec une communauté. S’impose pour eux d’être à son écoute, de travailler et de réfléchir avec elle. La communauté de son côté doit soutenir ce qui est entrepris et proposer ce qui pourrait l’être. « Au milieu de tous les baptisés, les prêtres sont des frères parmi leurs frères, membres de l’unique Corps du Christ dont la construction a été confiée à tous. » (Presbyterorum ordinis, n. 9).

Cet article a paru sur le site jésuite Croire.com,
qui nous a aimablement permis de le reproduire

 

A visionner également, les deux vidéos d'une conférence du  Père Ragonneau sj -"Les enjeux contemporains des vœux religieux: défis et pertinences pour aujourd'hui"- donnée lors de l'Assemblée de la Province jésuite de France de janvier 2016:
- Dans la première partie de conférence, prenant appui sur différents textes, notamment du pape François, mais également de Benoît XVI, Jean-Luc Ragonneau insiste sur le fait que la vie religieuse n'est possible que si nous y mettons le Christ au centre.
- Dnas la seconde partie de la conférence filmée, il donne des conseils évangéliques, à savoir vivre chaste, pauvre et obéissant, n'est pas réservé aux religieux. C'est un appel adressé par le Christ à tous les chrétiens. Après en avoir déployé quelques conséquences, Jean-Luc Ragonneau montre la spécificité de la vie religieuse qui choisit de vivre ces conseils évangéliques en prononçant des vœux.