Dans quelques semaines s'ouvre l'année ignatienne qui durera 14 mois: du 20 mai 2021, date de la blessure subie par Ignace durant la bataille de Pampelune, jusqu’au 31 juillet 2022, jour de la fête de saint Ignace. Provincial des jésuites de Suisse, Christian Rutishauser sj sort un livre retraçant le chemin spirituel du fondateur de la Compagnie de Jésus: Freiheit kommt von innen - In der Lebensschule der Jesuiten (Freiburg, Herder 2021, 240 p). En allemand uniquement pour le moment, il vient de sortir de presse et sera verni à Zurich le 14 avril 2021. Dans l'entretien qui suit, Christian Rutishauser sj propose un aperçu du contenu de son ouvrage et revisite son propre pèlerinage.

Votre nouveau livre décrit le chemin spirituel proposé par saint Ignace: de chef militaire plein d’ambition, saint Ignace de Loyola est devenu le fondateur de la Compagnie de Jésus. Que peut-il encore nous apprendre 500 ans après sa mort?

Christian Rutishauser sj: «Saint Ignace a eu un parcours de vie exemplaire. Un chemin de vie si radical qu'il en est devenu archétypal. Au lieu de parler de son expérience comme il se fait communément dans un livre biographique, Ignace a écrit les Exercices spirituels, un guide de pèlerinage intérieur. Car le but de la spiritualité ignatienne n'est pas d'apprendre à imiter Ignace, mais de trouver sa propre vocation en apprenant à se connaître et en effectuant un travail autobiographique. Les Exercices nous permettent de nous centrer sur nous-même et de marcher vers Dieu à notre rythme, au service de quelque chose de plus grand que nous.»

Le centre de l’attention d’Ignace était Dieu. Qu’est-ce que les Exercices peuvent apporter à des personnes qui remettent en cause l’image traditionnelle de Dieu?

«Ignace était un mystique appelé par l’expérience profonde de la transcendance. À son image, l’homme moderne peut se rapprocher de Dieu à parti de cette expérience. Le mysticisme permet d'entrer en relation avec le tout autre que soi, dont on ne peut se faire une image précise. Avec la présence de Dieu, mais aussi Son absence, il ouvre la porte à la question du sens de sa propre réalité. Les traditions religieuses prennent vie à travers ces expériences. Le mysticisme aide donc les croyants à revenir à l’essentiel.»

En devenant plus mature, Ignace a commencé à envisager la condition humaine comme un pèlerinage. Pouvons-nous encore partir des pèlerinages?

«Le succès du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle démontre le besoin de l'homme de cheminer vers un lieu spirituel. Si les formes de religion traditionnelle s'estompent, le pèlerinage exprime une recherche de notre “essence“ profonde. Aujourd’hui, l'être humain est un nomade pressé, motivé par le succès, la richesse, et la santé. Le pèlerinage lui rappelle de ne pas laissez ces valeurs l'égarer et de cheminer vers les valeurs qui vous nourrissent et qui vous rendent libre.»

Il y a dix ans, vous êtes allés à pied jusqu’à Jérusalem. Votre voyage a duré sept mois. Êtes-vous toujours en cheminement intérieur?

«Je suis bien loin de Jérusalem à présent. Lors de mon dernier jour là-bas, je voulais aller à la messe dans l'église de la Résurrection. Mais je me suis trompé d'une heure et je n'ai pas osé entrer dans l'église avant que le prêtre ne donne la bénédiction et proclame: “Allez en paix“. J'ai alors su instantanément que ma tâche à présent était de quitter Jérusalem pour aller vers le monde.“ Le pèlerinage n'est pas une voie à sens unique vers un lieu de pèlerinage, il nous mène aussi et nous guide pour la vie de tous les jours.»

Vous avez consacré les mois de confinement à revisiter la vie d'Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus que vous avez intégrée à l’âge de 28 ans. Qu’est-ce qui vous relie à lui?

«La soif de liberté intérieure qu’il a exprimée par une écoute et une obéissance exemplaire envers Dieu seul. Cette liberté intérieure me vient quand je suis moi-même à l'écoute de ma vocation la plus profonde. Je me sens alors libéré de toute exigence superficielle et je dispose d'une boussole pour façonner ma liberté. Cela demande du courage. Ce courage et ce radicalisme dont Ignace à fait preuve me fascinent.»

Qui est Ignace pour vous? Une figure paternelle? Un guide?

«C’est une très bonne question. Je ne l’ai jamais considéré comme un père. Ce n’est pas non plus exactement un guide dans ma vie. C'est un homme de Dieu, un pèlerin absolu. En ce sens, il fait figure de coach de vie pour moi. Le meilleur que je puisse trouver.»

Pia Seiler pour jesuiten.ch

Cover LivreRutis2021 FreiheitkommtvoninnenChristian M. Rutishauser
Freiheit kommt von innen
In der Lebensschule der Jesuiten
(La liberté vient de l'intérieur - A l'école jésuite de la vie)
Freiburg, Herder 2021, 240 p.