L'avis de Julien Lambert sj, scolastique, jésuite de Genève, suite à la visite du pape François à Genève
Lambert TDG juin18 FBJulien Lambert est aussi l'invité de la TDG du 28 juin 2018

Étudiant au Centre Sèvre de Paris, le jésuite genevois Julien Lambert avait fait le déplacement à Genève pour participer à la messe du pape François dans sa ville natale. Une occasion unique qui suscitait toute sa curiosité. Comment a-t-il vécu cet événement rare? Une messe papale, à Genève, célébrée par le premier saint Père jésuite de l’histoire? «Mon ressenti dominant, c’est la joie d’avoir vécu un événement aussi exceptionnel». Le fait que la messe soit célébrée dans la cité de Calvin alors que le jeune jésuite est issu d’une famille pluriconfessionnelle donnait une tonalité supplémentaire à l’événement.

WCC JoannaLindenMontesWCC petite© Joanna Lindén-Montes/WCC«Ceci dit, mon impression est contrastée. Ces énormes événements peuvent dissoner fortement avec les appétits spirituels d'aujourd'hui, de recueillement et de sobriété», note-t-il. «Mais il est intéressant de constater comment une foule se comporte quand elle est réunie pour prier: chacun-e y existe individuellement sans être fondu dans la masse, c'était perceptible encore ici, et c’était beau!»

Son ressenti est également contrasté concernant la signification que pouvait revêtir cette messe dans la population. « Une messe très classique, romaine, avec des parties en latin, dans la ville de Calvin… pour marquer une rencontre œcuménique… cela pouvait sembler étrange », s’interroge-t-il. «En même temps, il est le pape François, avec son charme, sa sincérité et sa profondeur qu’on a retrouvée dans cette messe. Son homélie était belle, simple et très spirituelle, une invitation à la conversion individuelle comme il en fait souvent. Je trouve assez beau de dire par là que l’œcuménisme n’est pas qu’une question de grandes structures et d’accords diplomatiques, mais c’est aussi le fruit des efforts de chacune et chacun pour s’ouvrir à l’essentiel de la vie, à l’autre, à ce qui nous est donné, au respect de la création... et même si le Saint Père a peu mis en avant thématiquement l’œcuménisme, son homélie finissait par là : se pardonner veut aussi dire reconnaître que dans le passé on a pu avoir une vison déformée de l’autre et que se reconsidérer est une condition pour être vraiment unis par l’Esprit Saint.»

De manière plus anecdotique, Julien Lambert sj relève que l’expérience de l'eucharistie, - la communion! - était autant autour de lui que derrière l'autel. «Je me trouvais très en arrière dans le public. Il m’importait alors moins de voir le pape que de communier avec cette foule appartenant à cette Genève que je connais, multiculturelle et plurireligieuse.»

Emporté par la foule
Au milieu de la foule, la beauté esthétique et sensorielle est importante. Et elle était au rendez-vous pour le scolastique, «petit grain de sable au milieu d’une marée humaine». «Vivre ainsi une messe à 360 degrés où tout le monde est acteur de l’événement… c’est ce que l’Église désire explicitement depuis Vatican II, que nous soyons tous acteurs de cette célébration, et pas consommateurs d'un rite dont les ministres seraient les seuls garants.»

Propos recueillis par Céline Fossati

Lire également l'article de Julien Lambert paru le 28 juin dans la Tribune de Genève: https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/debriefing-visite-pape-francois/story/25644879