C'est une invitation à rester attentif à tous les dons de la vie: la santé, l'amitié, la qualité des relations, les opportunités professionnelles et bien d'autres choses encore. On pourrait dire qu'il s'agit de cultiver la force d'une «pensée positive» tournée vers les piliers essentiels de notre existence.
Dans l'une de ses lettres, Ignace écrit sa conviction: cultiver la gratitude est la source de tout bien, tandis que l'ingratitude est la racine de tout mal.
Qu'est-ce qui m'invite à la reconnaissance aujourd'hui ? Cette question est aussi un appel à exprimer notre gratitude envers Dieu et envers les autres. C'est ainsi que l'on contribue à la naissance et à l'épanouissement d'une véritable communauté.
Il est remarquable qu'Ignace parle ici de grâce. Reconnaître et admettre ses erreurs, son manque d'humanité ou son égoïsme n'a rien d'évident. C'est en réalité un véritable don que de pouvoir demander pardon, rechercher la réconciliation et s’efforcer de transformer son comportement ainsi que ses dispositions intérieures.
Enfin, c'est aussi un cadeau que de trouver la force de solliciter le pardon, de savoir le recevoir et de l'offrir aux autres. C'est une authentique "grâce" que de se libérer de cette dureté implacable envers soi-même, celle qui nous fait dire: «Je ne peux pas me pardonner cela».
Quels événements, conversations ou sentiments me reviennent à l'esprit lorsque je repense à ma journée? Qu'est-ce qui m'a apporté de la joie? Qu'est-ce qui m'a attristé?
Quel est le moment le plus marquant de la journée?
Qu'est-ce qui ne semblait pas important hier, mais qui l'est aujourd'hui? Ou bien y a-t-il quelque chose qui comptait hier, mais qui semble insignifiant aujourd'hui?
À quel moment aujourd’hui ai-je ressenti une véritable relation avec les autres?
Qu’est-ce qui m’a incité à aimer plus fort, à avoir plus d’espoir, à avoir davantage confiance en moi, en les autres et en Dieu?
«Ce qui est frappant chez Ignace, ce n'est pas seulement sa vision structurée du temps qui passe. Pour lui, la relecture de la journée ne se réduit pas à un simple inventaire d'événements, de rencontres ou de décisions; elle vise à en extraire la portée humaine et spirituelle. L'enjeu est de discerner ce que la Bible appelle les “fruits”: ceux de l'Esprit — comme l'espérance, la joie, la paix, la liberté ou l'humilité — ou, à l'inverse, ceux de l'esprit mauvais — tels que le mensonge, l'arrogance, le narcissisme ou la confusion.»
«Rendre des comptes» ne signifie pas «se juger» sans pitié, mais avoir la volonté et le désir d’être juste envers les autres et envers soi-même dans l’esprit de l’Évangile.
Plusieurs étapes jalonnent le chemin de la réconciliation. D'abord, reconnaître et admettre sa propre dureté, voire sa cruauté envers autrui. Pour éveiller cette conscience de soi, Jésus nous propose la "Règle d'or" comme boussole: «Traite les autres comme tu voudrais qu'ils te traitent.» À cette prise de conscience succède le repentir: éprouver un regret sincère pour le mal causé, tout en gardant la certitude que la miséricorde de Dieu m'est offerte.»
Qu'est-ce que je dois corriger ou régler dans un avenir proche? Quels dons spirituels vais-je demander au Christ pour changer et devenir une personne qui vit avec les autres et pour les autres ?
En fin de compte, cette « réévaluation » concrète consiste à s’efforcer de se réconcilier avec la personne à qui l’on a fait du tort: lui demander pardon et, dans la mesure du possible, réparer. Là encore, il apparaît clairement que l’on ne peut pas y parvenir si facilement par ses propres moyens; que le fait de développer un comportement plus aimant envers les autres nécessite l’aide de l’Esprit de Dieu.
Ignace de Loyola ouvre son Récit du pèlerin par ces mots: «Jusqu’à l’âge de vingt-six ans, il était livré aux vanités du monde et trouvait surtout son plaisir dans les exercices d’armes, poussé par un désir ardent et vain de se faire une renommée. » En 1521, une blessure de guerre le place aux frontières de la vie et de la mort. Durant la longue convalescence qui suit, il apprend à poser un regard neuf sur la vie — et sur sa propre existence. Des questions essentielles s’éveillent alors en lui :
- Qu’est-ce qui donne véritablement sens à ma vie ?
- En quoi ma vie est-elle inspirée par Jésus Christ et son Évangile ?
- Que signifie, concrètement et au plus profond de soi, « chercher et trouver Dieu en toutes choses » — dans le fait de parler, de marcher, de voir, de goûter, d’écouter, de penser, bref, en toute chose ?
Dans les Exercices spirituels, Ignace appelle cette attention portée aux mouvements de foi, d’espérance et d’amour dans sa vie «l’examen général de conscience» (examen generale). Il propose de vivre cette relecture du jour comme une prière.
C’est pourquoi on peut aussi parler, pour désigner ce temps, de «prière d’attention aimante».
Ce qu’Ignace appelle «l’examen particulier» (examen particulare) est moins connu. Il est pourtant d’une grande proximité avec la vie concrète. Il ne s’agit pas seulement de formuler de bonnes intentions, mais de chercher réellement à transformer son comportement. Ignace adopte une démarche très pratique. «Dès le matin, chaque jour», il invite à se fixer un objectif précis: quelle est cette résolution, cette faiblesse, cette habitude dont je souhaite me libérer, que je cherche à corriger?
Cela implique aussi de ne pas vouloir trop en faire: se fixer un objectif unique, réaliste, sous peine de se décourager rapidement. Il faut en effet reconnaître que des habitudes enracinées depuis des années — parfois toute une vie — ne se transforment pas en quelques jours. Le changement demande du temps, de la persévérance.
C’est pourquoi il s’agit de s’engager dans un travail patient, inscrit dans la durée, et de s’y tenir avec constance.
Que l’on suive ces indications à la lettre, qu’on les adapte ou que l’on trouve d’autres moyens, une chose demeure: sans un engagement réel et persévérant, aucun changement durable n’est possible.
Le Père Willi Lambert sj est docteur en théologie. Il est né en 1944 à Ravensburg et a rejoint la Compagnie de Jésus 1964. Il a été directeur spirituel au Pontificium Collegium Germanicum et Hungaricum à Rome de 1977 à 1987, puis assistant ecclésiastique de la Communauté de vie chrétienne (GCL) à Augsbourg de 1987 à 2000. De 2013 à 2021, il a vécu à la maison de retraite de Dresde-Hoheneichen et a travaillé comme accompagnateur spirituel, animateur de retraites et assistant ecclésiastique de la région GCL de Dresde-Meissen/Görlitz. Le Père Lambert est l'auteur de nombreuses publications sur la spiritualité ignatienne. Depuis 2021, il vit dans la communauté des seniors à Berlin-Kladow.
La relecture de la journée aide à sonder sa conscience et à prendre la mesure de ses sentiments intérieurs. C'est essentiel pour prendre de bonnes décisions. Ignace de Loyola appelait le chemin menant à une bonne décision le « discernement des esprits ». Le Père Johann Spermann SJ explique comment ce processus fonctionne. Lire la suite ici