Relecture de vie

«Le quart d’heure le plus important de la journée», c’est ainsi qu’Ignace de Loyola qualifie la relecture de vie appelée aussi “examen de conscience”. C'est un moment pour s'arrêter, se taire, passer en revue avec le Seigneur la journée écoulée, en se penchant sur ce qui a été beau et difficile. Cette prière quotidienne n’est pas seulement importante pour les jésuites; elle enrichit tous ceux qui souhaitent regarder les événements de leur vie avec les yeux d’un Dieu aimant et aide à prendre de meilleures décisions dans la vie.

En quoi cette prière est-elle importante ?

Cette prière est capitale pour la vie spirituelle car elle transforme la foi d'un concept abstrait en une relation vivante et incarnée.

  • Elle remet les choses dans l'ordre : Elle rappelle que tout commence par le don de Dieu (la gratitude) avant de parler de nos efforts personnels.
  • Elle unifie la vie : Elle comble le fossé entre le "spirituel" (l'église, la prière) et le "quotidien" (le travail, les rencontres, les émotions).
  • Elle développe le discernement : En relisant sa journée, on apprend à repérer les "traces de Dieu" là où on ne les voyait pas sur le moment

Chaque jour, je regarde ainsi ma journée avec Lui et de plus en plus comme Lui. Peu à peu, je reconnais Sa présence, Sa fidélité, Ses dons.

La relecture c’est tout simple, et c’est un pur bonheur pour notre vie spirituelle.

En savoir plus ce temps de prière en visionnant la page de Prie en chemin

Dans ses Exercices spirituels, saint Ignace distingue cinq points essentiels de l'«examen de conscience»

  • Étape une: «Remercier Dieu, notre Seigneur, pour les bienfaits reçus.»

    Étape une: «Remercier Dieu, notre Seigneur, pour les bienfaits reçus.»

    C'est une invitation à rester attentif à tous les dons de la vie: la santé, l'amitié, la qualité des relations, les opportunités professionnelles et bien d'autres choses encore. On pourrait dire qu'il s'agit de cultiver la force d'une «pensée positive» tournée vers les piliers essentiels de notre existence.

    Dans l'une de ses lettres, Ignace écrit sa conviction: cultiver la gratitude est la source de tout bien, tandis que l'ingratitude est la racine de tout mal.

    Qu'est-ce qui m'invite à la reconnaissance aujourd'hui ? Cette question est aussi un appel à exprimer notre gratitude envers Dieu et envers les autres. C'est ainsi que l'on contribue à la naissance et à l'épanouissement d'une véritable communauté.

     

  • Étape deux: «Demander la grâce de reconnaître ses péchés et de s’en débarrasser.»

    Étape deux: «Demander la grâce de reconnaître ses péchés et de s’en débarrasser.»

    Il est remarquable qu'Ignace parle ici de grâce. Reconnaître et admettre ses erreurs, son manque d'humanité ou son égoïsme n'a rien d'évident. C'est en réalité un véritable don que de pouvoir demander pardon, rechercher la réconciliation et s’efforcer de transformer son comportement ainsi que ses dispositions intérieures.

    Enfin, c'est aussi un cadeau que de trouver la force de solliciter le pardon, de savoir le recevoir et de l'offrir aux autres. C'est une authentique "grâce" que de se libérer de cette dureté implacable envers soi-même, celle qui nous fait dire: «Je ne peux pas me pardonner cela».

  • Étape trois: «Vérifier sa conscience»

    Étape trois: «Vérifier sa conscience»

    Quels événements, conversations ou sentiments me reviennent à l'esprit lorsque je repense à ma journée? Qu'est-ce qui m'a apporté de la joie? Qu'est-ce qui m'a attristé?
    Quel est le moment le plus marquant de la journée?
    Qu'est-ce qui ne semblait pas important hier, mais qui l'est aujourd'hui? Ou bien y a-t-il quelque chose qui comptait hier, mais qui semble insignifiant aujourd'hui?
    À quel moment aujourd’hui ai-je ressenti une véritable relation avec les autres?
    Qu’est-ce qui m’a incité à aimer plus fort, à avoir plus d’espoir, à avoir davantage confiance en moi, en les autres et en Dieu?

    «Ce qui est frappant chez Ignace, ce n'est pas seulement sa vision structurée du temps qui passe. Pour lui, la relecture de la journée ne se réduit pas à un simple inventaire d'événements, de rencontres ou de décisions; elle vise à en extraire la portée humaine et spirituelle. L'enjeu est de discerner ce que la Bible appelle les “fruits”: ceux de l'Esprit — comme l'espérance, la joie, la paix, la liberté ou l'humilité — ou, à l'inverse, ceux de l'esprit mauvais — tels que le mensonge, l'arrogance, le narcissisme ou la confusion.»

    «Rendre des comptes» ne signifie pas «se juger» sans pitié, mais avoir la volonté et le désir d’être juste envers les autres et envers soi-même dans l’esprit de l’Évangile.

  • Étape quatre: «Demander pardon à Dieu, notre Seigneur, pour nos erreurs.»

    Étape quatre: «Demander pardon à Dieu, notre Seigneur, pour nos erreurs.»

    Plusieurs étapes jalonnent le chemin de la réconciliation. D'abord, reconnaître et admettre sa propre dureté, voire sa cruauté envers autrui. Pour éveiller cette conscience de soi, Jésus nous propose la "Règle d'or" comme boussole: «Traite les autres comme tu voudrais qu'ils te traitent.» À cette prise de conscience succède le repentir: éprouver un regret sincère pour le mal causé, tout en gardant la certitude que la miséricorde de Dieu m'est offerte.»

  • Étape cinq: «Fortifié par Sa grâce, prendre la ferme résolution de s’amender et de transformer sa vie.»

    Étape cinq: «Fortifié par Sa grâce, prendre la ferme résolution de s’amender et de transformer sa vie.»

    Qu'est-ce que je dois corriger ou régler dans un avenir proche? Quels dons spirituels vais-je demander au Christ pour changer et devenir une personne qui vit avec les autres et pour les autres ?

    En fin de compte, cette « réévaluation » concrète consiste à s’efforcer de se réconcilier avec la personne à qui l’on a fait du tort: lui demander pardon et, dans la mesure du possible, réparer. Là encore, il apparaît clairement que l’on ne peut pas y parvenir si facilement par ses propres moyens; que le fait de développer un comportement plus aimant envers les autres nécessite l’aide de l’Esprit de Dieu.

Comment Ignace en est-il venu à cette pratique de prière ?

Ignace de Loyola ouvre son Récit du pèlerin par ces mots: «Jusqu’à l’âge de vingt-six ans, il était livré aux vanités du monde et trouvait surtout son plaisir dans les exercices d’armes, poussé par un désir ardent et vain de se faire une renommée. » En 1521, une blessure de guerre le place aux frontières de la vie et de la mort. Durant la longue convalescence qui suit, il apprend à poser un regard neuf sur la vie — et sur sa propre existence. Des questions essentielles s’éveillent alors en lui :

- Qu’est-ce qui donne véritablement sens à ma vie ?
- En quoi ma vie est-elle inspirée par Jésus Christ et son Évangile ?
- Que signifie, concrètement et au plus profond de soi, « chercher et trouver Dieu en toutes choses » — dans le fait de parler, de marcher, de voir, de goûter, d’écouter, de penser, bref, en toute chose ?

Dans les Exercices spirituels, Ignace appelle cette attention portée aux mouvements de foi, d’espérance et d’amour dans sa vie «l’examen général de conscience» (examen generale). Il propose de vivre cette relecture du jour comme une prière.

C’est pourquoi on peut aussi parler, pour désigner ce temps, de «prière d’attention aimante».

«L'examen particulière» de conscience

Façonner sa vie

Ce qu’Ignace appelle «l’examen particulier» (examen particulare) est moins connu. Il est pourtant d’une grande proximité avec la vie concrète. Il ne s’agit pas seulement de formuler de bonnes intentions, mais de chercher réellement à transformer son comportement. Ignace adopte une démarche très pratique. «Dès le matin, chaque jour», il invite à se fixer un objectif précis: quelle est cette résolution, cette faiblesse, cette habitude dont je souhaite me libérer, que je cherche à corriger?

Cela implique aussi de ne pas vouloir trop en faire: se fixer un objectif unique, réaliste, sous peine de se décourager rapidement. Il faut en effet reconnaître que des habitudes enracinées depuis des années — parfois toute une vie — ne se transforment pas en quelques jours. Le changement demande du temps, de la persévérance.

C’est pourquoi il s’agit de s’engager dans un travail patient, inscrit dans la durée, et de s’y tenir avec constance.

Qu'est-ce qui peut aider dans ce cas ?

  • Il peut être utile de se donner un rappel concret — un mot écrit, une image — que l’on place par exemple sur un miroir ou sur son bureau.
  • Ignace suggère aussi de tracer, pour chaque jour de la semaine, deux lignes sur une feuille, afin d’y noter brièvement comment la résolution a été vécue. Semaine après semaine, cette relecture permet de discerner ce qui porte du fruit et ce qui résiste encore.
  • Sa méthode peut surprendre aujourd’hui: il propose en effet que, chaque fois que l’on retombe dans sa faute, on se frappe légèrement la poitrine en signe de regret — un geste qui peut même passer inaperçu en public.
  • Ignace recommande également de pouvoir partager, de temps à autre, ses efforts avec une personne de confiance. Un accompagnement spirituel peut ici s’avérer précieux.
  • Il est enfin important de prêter attention aux liens entre nos repères intérieurs, nos attitudes, les circonstances et nos comportements.

Que l’on suive ces indications à la lettre, qu’on les adapte ou que l’on trouve d’autres moyens, une chose demeure: sans un engagement réel et persévérant, aucun changement durable n’est possible.

Auteur: Willi Lambert sj

Le Père Willi Lambert sj est docteur en théologie. Il est né en 1944 à Ravensburg et a rejoint la Compagnie de Jésus 1964. Il a été directeur spirituel au Pontificium Collegium Germanicum et Hungaricum à Rome de 1977 à 1987, puis assistant ecclésiastique de la Communauté de vie chrétienne (GCL) à Augsbourg de 1987 à 2000. De 2013 à 2021, il a vécu à la maison de retraite de Dresde-Hoheneichen et a travaillé comme accompagnateur spirituel, animateur de retraites et assistant ecclésiastique de la région GCL de Dresde-Meissen/Görlitz. Le Père Lambert est l'auteur de nombreuses publications sur la spiritualité ignatienne. Depuis 2021, il vit dans la communauté des seniors à Berlin-Kladow.

Le relecture de la journée et la discernement des esprits

La relecture de la journée aide à sonder sa conscience et à prendre la mesure de ses sentiments intérieurs. C'est essentiel pour prendre de bonnes décisions. Ignace de Loyola appelait le chemin menant à une bonne décision le « discernement des esprits ». Le Père Johann Spermann SJ explique comment ce processus fonctionne. Lire la suite ici

Newsletter

Das Magazin „Jesuiten“ erscheint mit Ausgaben für Deutschland, Österreich und die Schweiz. Bitte wählen Sie Ihre Region aus:

×
- ×