Du 2 au 8 février, le Père Luc Ruedin sj invite à un voyage unique à Amsterdam, intitulé «À la découverte de l’itinéraire intérieur et spirituel d’Etty Hillesum». Ce voyage est une invitation à marcher sur les traces d’Etty Hillesum, une figure lumineuse et profondément humaine, dont les écrits témoignent d’une force intérieure exceptionnelle. Sous l’étau nazi, dans un contexte de souffrance et d’oppression, cette jeune femme a découvert une liberté intérieure et une ouverture à Dieu qui continuent d’inspirer le monde. Au fil de ce séjour, les pèlerins se plongeront dans son histoire, cherchant à comprendre son cheminement spirituel et à ressentir la puissance de ses mots, empreints d’espérance et de beauté malgré la tragédie. Ce sera l’occasion d’un dialogue entre histoire, spiritualité et expérience intérieure, à travers les lieux, les journaux et la méditation de celle qui a su transformer sa propre fragilité en force au service des autres. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’à fin décembre, ne manquez pas cette chance de cheminer sur les pas d’une figure spirituelle exceptionnelle.
Une vie bouleversée et bouleversante
Mardi 13 octobre 1942, à la dernière page de son journal, Etty Hillesum écrit: «J’ai rompu mon corps comme le pain, et l’ai partagé entre les hommes». Une vie bouleversée a ouvert une brèche dans le cœur d’Etty Hillesum. En une voix bouleversante dont les échos n’ont pas fini de résonner en nous, ses écrits témoignent de l’irruption de Dieu dans sa vie. À 27 ans, Etty fait une rencontre décisive qui va transformer sa vie.
Julius Spier ou la conversion à l’intériorité
Julius Spier [1] va lui permettre de libérer « l’occlusion de son âme » et de remettre de l’ordre dans son chaos intérieur. Se dégageant peu à peu d’une relation ambigüe, érotique et trouble, elle découvre la force et la noblesse de sa féminité. « Je commence peu à peu à le voir à sa juste mesure, je ne suis pas amoureuse, mais tout à fait captivée par lui, il est le premier partenaire de valeur à qui je me mesure. Avant, quand un homme me plaisait, le plus souvent je l’abordais sans tarder, et le plus souvent le contact était décevant. Il est le premier à lutter lui-même contre des sentiments qui ne sont pas purs et, par sa seule personne, il m’a appris à lutter. Il y a à présent de la tension, de la plénitude, beaucoup de possibilités à l’arrière-plan et un combat respectable, qui ennoblit » (24 mars 1941) [2].
Fin 1941, tirant le bilan de l’année, elle dira combien cette relation lui a donné de prendre conscience d’elle-même et de devenir capable de disposer de ses forces les plus profondes.
« La fille qui ne savait pas s’agenouiller » ou la conversion spirituelle
À Amsterdam, l’étau nazi se resserre. La méditation, d’hygiène psychique qui lui permettait de débroussailler son intériorité et intégrer les forces contradictoires de ce champ de bataille qu’elle était à elle-même, fait place, suite à l’irruption d’une force venue d’ailleurs, à une prière qui prend la forme de l’agenouillement : « Hier soir, avant de me coucher, je me suis retrouvée tout à coup agenouillée au milieu de cette grande pièce, entre les chaises métalliques, sur le tapis de sparterie aux tons clairs. Comme cela, sans l’avoir voulu. Courbée vers le sol par une volonté plus forte que la mienne» (14 décembre 1941 - o.p., p.265)
« Aider à dégager la voie qui mène à Dieu » ou la conversion aux autres.
« L’éventualité de la mort est intégrée à ma vie ; regarder la mort en face et accepter cette mort, cet anéantissement, toute forme d’anéantissement, comme partie intégrante de la vie, c’est élargir cette vie. À l’inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie, par peur de la mort et refus de l’accepter, c’est le meilleur moyen pour le plus grand nombre, parce qu’on en a peur et qu’on ne l’accepte pas, de ne garder qu’un pauvre petit bout de vie mutilée, méritant à peine le nom de vie» (3 juillet 1942 - o.p., p. 646 ). Ce paradoxe évangélique (Mt 10,39) qu’elle vivra intimement à la mort naturelle de « l’accoucheur de son âme » Julius Spier, elle va le mettre en pratique comme fonctionnaire du Conseil juif dans le camp de Westerbork où elle plonge dans l’extrême détresse humaine.
Une réponse originale à la Solution finale
Etty nous livre un message pour temps de crise. Elle distille en une verve à la fois grave et enjouée une sagesse qui aguerrit. Son témoignage exempt de tout ressentiment montre comment « porter, supporter, assumer une souffrance qui est essentielle à cette vie et conserver intact à travers les épreuves un petit morceau de son âme » (10 juillet 1942 - o.p., p. 672). À la source de cette attitude, comment ne pas percevoir la puissance d’un Amour qui ne s’impose pas, qui porte anonymement les croix de sa vie et la supporte tel un amant qui s’est uni à elle. Elle nous rappelle ainsi avec la grande Tradition chrétienne, que l’amour n’est pas un attribut de Dieu, fut-il le premier. Comme le dit François Varillon, il en est le Sujet. Dire Dieu, c’est dire Amour. Dieu n’est donc pas bon, tout-puissant, sage etc. C’est l’Amour qui est bon, tout-puissant, sage, libre, vertus qui ne trouvent leur authentique grandeur que si elles sont des dimensions de l’amour.
[1] Chirologue, jungien, il initiera E. Hillesum à la vie intérieure jouant le rôle de thérapeute et de conseiller spirituel. Elle l’appellera « l’accoucheur de mon âme »
[2] Les Ecrits d’Etty Hillesum, Journaux et Lettres, 1941-1943, Edition intégrale, Sous la direction de Klaas A.D.Smelik, Paris, Seuil, 2008, p. 91