« Un seuil à franchir »

Au début de son Évangile, au moment de présenter la vie et l’enseignement de Jésus, Luc, qui veut faire œuvre d’historien, plante le cadre. Loin d’être des contes de fées, les faits qu’il va rapporter sont bel et bien inscrits dans la réalité géographique, politique, administrative et religieuse des régions que parcourent ses héros. Ce panorama socio-politique de l’époque finit par se focaliser sur un personnage hors du commun, un inspiré qui parle au nom de Dieu.

Bien que descendant d’une famille sacerdotale, Jean fils de Zacharie se tient à distance des milieux du Temple. Il préfère vivre dans le désert, là où, aux origines, Dieu a conclu une alliance avec son peuple. À ses contemporains qui souffrent de l’occupation romaine, de la déchéance du monde ecclésiastique, de l’oppression des paysans, de tant de déboires, il parle de libération, d’un avenir meilleur, comme autrefois, au temps de la paix et de la fidélité. Prédicateur charismatique, il s’exprime avec la vigueur des prophètes d’autrefois, enseignant, exhortant, encourageant. Un thème central revient avec obstination dans ses propos, une sorte de refrain, l’urgence de se convertir, de changer de direction.

Conversion ! Jean Baptiste ne propose pas à ses auditeurs un défi impossible. Il ne les encourage pas à se lever comme des héros sans peur ni reproche, pleins d’assurance, sous prétexte d’avoir tout fait bien. Il s’adresse à des pécheurs, pour leur faire prendre conscience de leur fragilité. S’ils ne changent pas de vie, ils se fourvoieront. Aussi les encourage-t-il à changer de direction, à revenir au Seigneur en accueillant un pardon offert gratuitement mais nullement mérité. Pour que ce retour au Seigneur ne reste pas purement théorique, Jean propose de l’inscrire dans la réalité d’un geste charnel, un rite très réaliste, fréquent dans les milieux religieux de l’époque : un bain, un nettoyage à fond du passé, une renaissance.

Jean ne s’adresse pas à un cercle d’initiés, à des élus ou à une chapelle de bonnes âmes. Son message est destiné à tout être vivant comme le signifie l’oracle d’Isaïe. Première allusion à l’universalité du salut. À une condition toutefois, que l’on prenne la peine de tendre une oreille débarrassée des anciens filtres, capable désormais d’entendre du nouveau. L’invitation résonne dans le désert, ce vaste espace sans barrières ni contraintes où chacun se sent livré à lui-même. Les traces du passé perdues de vue, la seule issue est d’avancer, d’aller de l’avant. Le temps de l’Avent symbolise précisément ce passage où tout s’estompe pour ne laisser la place qu’à la nouveauté.

«Un seuil à franchir» (Lc 3,1-6) – Méditation de Pierre Emonet sj pour le 2e dimanche de l’Avent 2024.

 

À son propos:

Pierre Emonet SJ

Né en 1936, entré chez les jésuites en 1976, il se consacre à l'écriture et aux ministères ordinaires de la Compagnie: exercices spirituels dans la vie ou en retraites, accompagnement spirituel, prédication et aide dans le ministère paroissial. De 2013 à 2022, Pierre Emonet a également dirigé la revue culturelle jésuite choisir qui a cessé de paraître fin 2022. Il a publié plusieurs livres, dont notamment trois biographies de jésuites aux éditions Lessius : Ignace de Loyola - Légende et réalitéPierre Favre (1506-1546) - Né pour ne jamais s'arrêter, et récemment Pierre Canisius - L’infatigable réformateur de l’Église d’Allemagne (1521-1597). Il a également publié en 2023, la première biographie en français de Pedro Arrupe sj: «Pedro Arrupe, un réformateur dans la tourmente». Un livre qui lui tenait à cœur –«mon dernier» précise-t-il– tant le Supérieur général de la Compagnie de Jésus du milieu du siècle dernier est pour lui «un modèle de jésuite».

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