L'humanité se trouve aujourd'hui empêtrée dans des guerres sans fin, la haine et la violence, le changement climatique et la dégradation de l'environnement, la résurgence des dictatures et de l'ultranationalisme, des sociétés profondément divisées et polarisées, des systèmes sophistiqués de désinformation et de fausses nouvelles, la dépendance à Internet et aux réseaux sociaux, l'utilisation non éthique de l'intelligence artificielle (IA), et bien d'autres choses encore. En un mot, nous vivons dans un monde en plein chaos.
Où trouver dès lors l'espoir, pour nous-mêmes et pour le monde? L'héritage spirituel de saint Ignace a-t-il quelque chose à offrir à une humanité en difficulté? Au cours de la deuxième semaine des Exercices spirituels, saint Ignace nous invite à contempler le mystère de l'Incarnation:
« …considérer comment les trois Personnes divines, regardant toute la surface ou la rondeur du monde plein d’hommes, en voyant que tous allaient en enfer, décidèrent dans leur éternité que la deuxième Personne se ferait homme pour sauver le genre humain. Et ainsi, lorsque le temps fut accompli, ils envoyèrent l’ange saint Gabriel à Notre-Dame » (Exx. 102).
Dans cette contemplation, nous sommes invités à demander la grâce d'une connaissance intérieure du Seigneur, qui s’est fait homme pour moi, afin que je l’aime davantage et le suive de plus près. Dans la prière, nous rencontrons un Dieu qui demeure fidèle, même lorsque nous ne le sommes pas. Nous découvrons un Dieu miséricordieux, passionnément et profondément épris de l’humanité pécheresse. Nous nous réjouissons d’un Dieu qui ne nous a pas abandonnés, mais qui nous a envoyé Jésus, la deuxième Personne de la Trinité, pour devenir l’un de nous — afin que nous soyons réconciliés avec Dieu et que nous retrouvions le véritable sens de l’amour.
Par Jésus-Christ, nous sommes entraînés dans sa mission rédemptrice, qui nous conduit du péché et de la mort à la plénitude de la grâce et de la vie. Dans sa récente bulle papale Spes non confundit, le pape François médite sur les paroles de saint Paul :
«L’espérance ne déçoit pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné» (Rm 5, 1-2.5).
C’est dans cette certitude de l’amour de Dieu, révélé dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ, que notre espérance trouve un enracinement solide.
Le pape François nous rappelle que la véritable espérance est enracinée dans la grâce de Dieu. Et cette grâce peut être discernée dans les signes des temps, qui nous assurent qu’« une immense bonté est présente dans notre monde, afin que nous ne soyons pas tentés de nous croire submergés par le mal et la violence. Les signes des temps, qui comprennent l’aspiration des cœurs humains à la présence salvifique de Dieu, doivent devenir des signes d’espérance. »
En cette Année jubilaire, le pape François nous invite à reconnaître ces signes et à devenir pèlerins de l’espérance, témoins et porteurs d’espérance, en particulier auprès des opprimés et des marginalisés.
Alors que nous célébrons la fête de saint Ignace, nous rendons grâce pour son héritage spirituel durable, qui continue de nous inspirer, de nous fortifier et de nous accompagner dans notre pèlerinage d’espérance — même au cœur d’un monde blessé.
+AMDG+ (Ad maiorem Dei gloriam – Pour la plus grande gloire de Dieu)
Jun Viray sj,
président de la Conférence jésuite d'Asie-Pacifique