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Toujours au plus proche des réfugiés

Le Frère Michael Schöpf SJ, jésuite allemand de notre Province d’Euope centrale, est le nouveau directeur du JRS international,  la célèbre organisation jésuite d'aide aux réfugiés. Dans notre interview, il nous parle des défis auxquels le JRS est confronté, de la guerre en Ukraine et de la manière dont la réconciliation peut se faire jour.

Gerd Henghuber: Félicitations pour votre nomination! Vous y attendiez-vous?

Michael Schöpf: «Non, il y avait de très bons prétendants. Une liste de 14 candidats avait été établie et, pour la première fois, ils ont été évalués dans le cadre d'un processus clair et, selon moi, très professionnel. Le comité de sélection était composé de laïcs et de jésuites. Ce qui me réjouit également, c'est que c'est la première fois que la Compagnie confie cette tâche à un frère.»

Et vous êtes déjà le troisième Allemand à ce poste...

«Oui, après Dieter Scholz et Peter Balleis. Manifestement, ces deux jésuites ont du faire des choses bien dans cette fonction. Ils sont le reflet de l'engagement de longue date de la Province allemande dans cet apostolat central de la Compagnie, qui perdure au sein de la Province d'Europe centrale à laquelle j'appartiens.»

Le fait d'être originaire d'un pays qui est une destination importante de la migration aide-t-il?

«Je pense que l'important n'est pas de savoir d'où l'on vient, mais de comprendre l'expérience de la fuite et de la migration sous le plus grand nombre possible de ses facettes. Ce qui nous est réellement utile ici, au JRS, cc'est le fait que nous accompagnons les réfugiés tout au long de leur parcours, que nous partageons leur quotidien, que nous sommes toujours très proches d'eux sur le terrain et que nous essayons de tirer les bonnes conclusions de ces expériences afin d'adapter nos offres. C'est un véritable cadeau de pouvoir accompagner des personnes en exil.»

Quelles sont les tâches essentielles du mandat du JRS?

«J'entrevois deux grands défis. D'une part, le JRS va continuer à se développer pour devenir une organisation vraiment internationale. Pour cela, nous avons besoin de ressources financières et de structures. L'accompagnement concret dans les nombreux sites où nous sommes présents est le cœur du JRS, le pivot de notre engagement. Mais nous ne pouvons changer les choses que si nous développons notre expertise dans le monde entier et aidons les réfugiés à se faire entendre. Ici, nous ne sommes pas seulement face à des exils ponctuels ou à des camps de réfugiés isolés.»

Mais encore?

«Ce sont près de 100 millions de personnes dans le monde qui ont fui leur pays à l'heure actuelle, dont environ 40 pourcent d'enfants. Cela signifie que ces 40 millions d'élèves nécessitent des offres pédagogiques, qui doivent être conçues, organisées et financées. Ce défi ne peut être relevé localement, mais uniquement à l'échelle mondiale. Et nous voulons faire partie de cette solution grâce à notre expérience et à notre créativité. C'est également notre souhait dans de nombreux autres domaines.»

En quoi consiste le deuxième défi?

«Le phénomène des migrations dues au changement climatique va s'accentuer, tandis que le réchauffement planétaire affectera également nos projets (nous en avons déjà fait l'expérience au Soudan du Sud, en Asie et en Amérique latine). Nous devons trouver une réponse systématique pour protéger les personnes concernées. Mais j'y vois aussi une chance, c'est-à-dire que nous sommes en mesure de relier notre travail à celui des jeunes défenseurs du climat et de gagner ainsi de nouveaux contacts, de nouvelles impulsions et de nouvelles possibilités.»

Avec la guerre en Ukraine, les Européens montrent-ils encore un intérêt suffisant envers la détresse des réfugiés?

«Je le pense, oui, même si d'autres conflits comme le Myanmar ont en partie été relégués en l'arrière-plan. Cette agression dans notre voisinage immédiat nous montre de manière brutale les conséquences de la violence. Notre perception de l'injustice est ainsi aiguisée. En accompagnant les réfugiés ukrainiens, nous sommes incités à être davantage conscients de ce qui est important pour nous et de la vie que nous voulons vivre. Cela renforce le concept d'une humanité partagée, avec celles et ceux qui nous entourent. Personne ne peut se résumer à être le simple objet de la volonté politique d'autrui.»

Pourtant, vous devez être plus souvent confronté à cela dans votre travail.

«Oui. Le Mozambique est un autre pays où la violence prive les habitants de leurs moyens de subsistance. Là-bas, des spéculateurs avides de matières premières chassent actuellement une partie de la population du nord du pays, la privant ainsi de fait de ses droits humains. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont dû se déplacer plus au sud, dans l'une des régions les plus pauvres du pays. Nous impliquons très fortement la population locale afin de soutenir les réfugiés, notamment grâce à la construction d'écoles et à la mise à disposition d'une éducation de base, activités auxquelles tout le monde peut participer. Nos projets doivent permettre d'établir des relations équitables et non de renforcer les tensions. Il s'agit-là d'une démarche typique du JRS: garder une vue d'ensemble de la personne, être toujours prêt à tirer des leçons de notre accompagnement et adapter ensuite les programmes en conséquence à l'échelle globale.»

Le JRS possède aussi son propre domaine de travail: la réconciliation. De quoi s'agit-il?

«La réconciliation a pour but de rétablir des relations équitables. C'est la condition préalable à la paix et, bien sûr, le chemin est souvent très long. C'est toujours un processus très personnel, mais qui fait aussi partie intégrante d'une recherche au sein des sociétés locales, de même que dans nos propres équipes.»

Comment cette recherche se déroule-t-elle?

«Je vous donne un exemple: en Syrie, nous proposions des soupes populaires durant la guerre. Nous avons constaté que, plus qu'un simple repas, cette aide s'est transformée en un espace important pour les bénéficiaires, un lieu de liberté au sein duquel tout le monde pouvait échanger ouvertement, dans lequel des personnes qui n'auraient jamais été en contact autrement pouvaient se rencontrer et découvrir que les limites du système politique ne s'y appliquaient pas. En cuisine, nous avons créé une atmosphère qui illustre à la perfection qu'il est possible de faire les choses autrement. Ici, les gens doivent pouvoir se libérer l'esprit. Dans des situations de violence prolongée, il est important de renforcer les expériences qui prennent le contrepied de la culture dominante. Quelque chose de nouveau devient alors envisageable et l'espoir se concrétise.»

Le JRS peut-il mener un tel travail de réconciliation, en tant qu'une organisation résolument catholique est-il accepté?

«Oui. Au fil des années, nous avons pris conscience de l'importance de la religion pour interpeller les gens, en particulier dans les pays où la religiosité est profondément enracinée et où les chefs religieux jouissent d'une grande autorité. Lorsque l'on est soi-même croyant, on comprend mieux cela et l'on est aussi capable d'aborder cette dimension de manière ciblée. Les Nations unies en sont de plus en plus conscientes. Et nous avons nous-mêmes dans nos rangs des membres de religions très différentes. Sur ce point, je considère que le JRS est même doté d'un avantage car, outre ses offres d'assistance, il est en mesure de prendre en compte une réalité essentielle de la vie de nombreuses personnes.»

Interview de Gerd Henghuber

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