Savonarole, l'arme de la parole

Pour beaucoup, Jérôme Savonarole est avant tout un fanatique. Dans leur biographie, Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini remettent en cause bien des caricatures autour du personnage. Le Père Joseph Hug sj nous en parle.

Religieux dominicain, Jérôme Savonarole, originaire de Ferrare, inspira une réforme de la société et de l’Église à Florence à la fin du XVème siècle. Il mourut sur le bûcher condamné pour hérésie.
Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini, historiens français de la Renaissance italienne livrent une biographie détaillée du religieux.

S'appuyant sur les nombreuses sources, entre autres les sermons et les œuvres du religieux et les chroniques publiées de son vivant, ainsi que des historiens florentins de l'époque, les deux auteurs rédigent une mise en récit de la vie de S., depuis son enfance à Ferrare, son entrée chez les dominicains à Bologne, sa formation intellectuelle, ses premières prédications en Toscane et dans le nord de l'Italie, puis son appel à Florence.

Son discours «l'arme de la parole» va s'articuler sur un discours de réforme morale et politique en vue «d'assurer la paix civile, renforcer l'union des citoyens, interdire la confiscation du pouvoir par une personne ou un clan, réformer les mœurs, être à l'origine d'un nécessaire renouvellement de toute l'Église». Savonarole jouera un rôle déterminant dans la création d'un Grand Conseil comprenant tous les citoyens florentins, à partir de vingt-sept ans.

Sur le plan de la politique internationale, il s'appuiera sur l'alliance de la France, allant en ambassade auprès du roi Charles VIII qui avait envahi l'Italie. Savonarole entend préserver les intérêts de Florence et ne pas soutenir l'alliance avec l'Empire et le Pape.

Son action politique à l'intérieur visera la réforme des mœurs, contre les homicides et la sodomie, mais aura aussi une visée sociale, prônant avec d'autres la fondation de monts de piété, pour soutenir les pauvres contre les usuriers (chrétiens et juifs) en leur fournissant des crédits bon marché.

Une des particularités de son action sociale réside dans le fait de rassembler les enfants des quartiers de la ville qui se livraient à la violence de rue, les réunissant avec les femmes dans une sorte de croisade à l'occasion du carnaval.

Florence, le nombril de l'Italie

Savonarole fut un prédicateur extraordinaire. S'éloignant progressivement des modèles rhétoriques d'éloquence en usage chez les religieux, il va fonder de plus en plus sa prédication sur les paroles des Saintes Écritures (entre autres les prophètes de l'Ancien Testament) pour exposer et convaincre ses auditoires des églises de la ville et surtout de la cathédrale,  où il est invité à parler. Au sommet de sa popularité il aura des auditoires souvent de plusieurs milliers de citoyens.

Au centre de sa prédication: Dieu va intervenir rapidement par des malheurs qui accableront la ville, à moins qu'elle ne se convertisse et devienne une «nouvelle Jérusalem», une sorte de phare de la réforme politique et sociale, Florence, le nombril de l'Italie.

Soutenu dans ses appels à la réforme, il va néanmoins rencontrer aussi des oppositions de plus en plus vives, y compris celles venant d'autres religieux, notamment des franciscains du couvent de Santa Croce.  Et la popularité de couvent de Savonarole chez les citoyens florentins va diminuer lorsqu'il ne soutiendra pas quelques citoyens dans leur appel à la justice alors qu'auparavant il avait voté pour cette mesure d'appel.

A Rome aussi, auprès du Pape et de la curie, le vent tourna, sa position devient de plus en plus attaquée et les accusations d'hérésie furent renforcées. A Florence, après l'attaque du couvent de San Marco et son arrestation, une épreuve du feu réclamée par la population n'eût pas lieu pour des raisons de procédure. Le 23 mai 1498, sur la place de la Seigneurie, Jérôme Savonarole avec deux autres religieux dominicains fut brûlé et ses cendres, sur ordre de leurs ennemis, jetés dans l'Arno pour éviter qu'on recueille des reliques.

La biographie des deux historiens français est passionnante à lire. Elle excelle par la précision de ses analyses et l'emploi des sources contemporaines du religieux.

Reste la question toujours actuelle: une théologie politique est-elle possible dans nos sociétés si différentes de celle de la Renaissance à Florence?

Je relève des exemples courageux, comme la prédication de l'évêque épiscopalienne Marianne Edgar Budde lors de l'investiture de Donald Trump, ou celle de l'archevêque de Naples Domenico Battaglia le 8 juillet dernier qui interpelle les gouvernants et leur rappelle l'exigence du bien commun.

Une recension du Père Joseph Hug sj

À son propos:

Hugo Stoll SJ

Jesuit seit 1955, Priesterweihe 1966, 5 Jahre Schülerseelsorger in der Erzdiözese Freiburg, 8 Jahre Studentenpfarrer in Karlsruhe, 1984-1988 Bildungsarbeit in Heiligkreuztal, 1988-1998 Akademie C.Pirckheimer-Haus in Nürnberg, 1998-2004 Seniorenseelsorger in Stuttgart, von 2004 bis 2017 war er Seniorenseelsorger in Mannheim-City. Inzwischen lebt Hugo Stoll in der Seniorenkommunität in Unterhaching.

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