Mark RavizzaFraîchement nommé conseiller par le Père Genéral, Mark Ravizza sj, originaire de la Province USA-Ouest, fait partie des nouveaux venus à la Curie générale jésuite à Rome. Le service de communication de cette dernière l’a invité à parler de son expérience, de ses responsabilités, de ses espoirs.
Père Mark Ravizza, le Père Général vous a choisi pour être l’un de ses conseillers généraux. Qu'est-ce qui vous a amené à la Curie générale? Quelles sont vos responsabilités?
Ce qui m’amène à la Curie, c’est la mission. D’abord dans le sens où c'est ici que la Compagnie m’a confié sa mission. Rétrospectivement, je soupçonne que deux des principaux facteurs ont pu être: premièrement, le travail que j’avais fait pour renouveler la formation à la Conférence du Canada et des États-Unis et, deuxièmement, ma participation à la 36e Congrégation générale. Quelles que soient les raisons, cette mission particulière m’a surpris. Cependant, la grâce d’être appelés et envoyés en mission est fondamentale pour qui nous sommes, en tant que jésuites.

Le second sens dans lequel la mission m’amène à la Curie est que je suis ici pour soutenir notre projet partagé pour toute la Compagnie de Jésus. En tant que Conseiller général, mon principal domaine de responsabilité sera la formation, mais le cœur de mon travail est de servir le Père Général et de l’aider, de toutes les manières possibles, à mettre en œuvre sa vision et la mission qui a émergé avec une vigueur renouvelée de la CG 36. Pendant le peu de temps que j’ai passé à la Curie, j’ai été consolé de voir l’esprit de prière, de discernement et de collégialité que le Père Général veut inculquer à son Conseil.

Parlez-nous brièvement du projet auquel vous avez participé au cours des dernières années. En quoi cela pourrait-il vous aider dans votre nouvelle affectation ou mission?
Avant de venir à Rome, j’ai eu l'occasion d’aider la Conférence du Canada et des États-Unis à imaginer de nouvelles façons de renouveler et de réviser la formation des jésuites, surtout durant les «premières études». Le projet a commencé comme une réponse à la lettre du Père Nicolás sj -Supérieur Général de la Compagnie de Jésus de 2008 à 2017- sur la formation intellectuelle des scolastiques et des frères. Cependant, il s’est inspiré des Provinciaux du Canada et des États-Unis qui, indépendamment, avaient ressenti le besoin d’explorer s’il y avait des moyens de mettre à jour certaines parties de notre formation.

Je peux peut-être préciser ce projet en partageant certaines de ses principales aspirations. L’objectif est d’intégrer davantage les études à l’expérience vécue et à l’activité apostolique, de vivre plus près des pauvres et de développer des programmes interdisciplinaires qui donnent aux jeunes jésuites les compétences dont ils ont besoin pour diriger plus efficacement les institutions et mieux servir la mission contemporaine de la Compagnie telle qu’articulée dans nos récents documents. Il y a, bien sûr, un engagement inébranlable à préserver la rigueur philosophique et théologique de nos études, mais aussi l’espoir d’intégrer ces cours de manière plus holistique dans les dimensions spirituelle, apostolique et communautaire de la formation jésuite.

En ce qui concerne la façon dont cette expérience pourrait m’aider dans ma nouvelle affectation, il est probablement trop tôt pour le dire. Je sais que le processus que nous avons suivi m’a appris plus que les conclusions programmatiques particulières auxquelles nous sommes parvenus. Ce processus a commencé d’abord par l’étude très sérieuse de la vision de la formation à laquelle le Père Général et la tradition de la Compagnie nous appelaient. Puis nous avons introduit cette vision dans la conversation avec les talents, l’expérience et la créativité de nos formateurs, des jésuites en formation et des personnes avec qui ils travaillent et collaborent. Enfin, et c’est le plus important, nous n’avons pas cessé de ramener toutes ces contributions à un processus de prière, de conversation spirituelle et de discernement communautaire afin que nous puissions vraiment écouter comment le Seigneur nous appelait à répondre et à nous améliorer.

Que répondriez-vous à ceux qui diraient que ce qui pourrait être approprié (pour les jésuites en formation) aux États-Unis pourrait ne pas être pertinent partout dans le monde?
En fait, je serais d’accord avec eux. Notre formation doit toujours s’adapter au contexte local; il ne s’agit jamais d’une proposition unique. Ayant vécu dans des communautés de formation aux États-Unis, au Salvador et aux Philippines, j’ai particulièrement apprécié à quel point la culture influence profondément notre formation. C’est bien et c’est approprié. Bien sûr, il y a beaucoup d’éléments communs et universels dans notre formation. Ceux-ci sont bien exprimés à la fois dans la riche tradition des documents que nous avons depuis les Constitutions et dans la manière de procéder de la Compagnie qui s’inscrit dans notre «ADN jésuite». Une marque de cette formation commune est la «consolation» que la plupart des jésuites, j’imagine, ont éprouvée: pouvoir entrer dans une communauté jésuite n’importe où dans le monde et ressentir une impression immédiate de fraternité partagée et de mission commune.

En même temps, la Compagnie a aussi une riche histoire d’inculturation et d’accommodement. Pour l’imagination ignatienne, Dieu est toujours à l’œuvre de manière concrète et locale, et notre tâche n’est pas d’imposer des idées prédéfinies sur ce que la grâce doit faire. Nous sommes plutôt appelés à accompagner les personnes et à apprendre comment coopérer au mieux avec ce que l’Esprit fait dans une situation donnée. Dans un certain sens, ce même type de discernement doit avoir lieu lorsque nous adaptons les éléments universels de notre formation à des contextes culturels différents. Par conséquent, j’hésiterais beaucoup à supposer que les éléments programmatiques qui ont été élaborés pour les centres d’études aux États-Unis et au Canada pourraient, ou devraient, être transférés sans esprit critique à d’autres conférences. Au mieux, je pense que nous pourrions peut-être adapter certains des processus d’écoute et de discernement qui ont été utilisés afin de déterminer ce qui est le plus approprié dans un contexte particulier.

Concrètement, quels sont vos projets pour les prochains mois?
Une de mes premières tâches est d’acquérir une certaine maîtrise de l’italien car c’est la langue de la Curie. Un deuxième objectif est de me mettre à jour le plus rapidement possible sur la façon dont le travail quotidien se fait à la Curie. Presque tous les aspects du travail, des consultations avec le Père Général à la gestion de l’énorme volume de correspondance qui passe par la Curie, sont nouveaux pour moi; ce sera une courbe d'apprentissage raide.

Enfin, mais peut-être plus fondamentalement, j’ai hâte d’en apprendre le plus possible sur les réalités de la formation dans le monde, en particulier dans les parties du monde que je n’ai pas encore visitées. C’est d’autant plus important que nos vocations croissent plus rapidement dans le Sud global, et que certaines de ces régions sont des endroits que je connais le moins. Mon espoir est de trouver le plus de façons possibles de visiter, d’écouter et d’apprendre de nos formateurs, des jésuites en formation et des personnes avec qui ils travaillent. J’ai vraiment hâte de connaître tous nos programmes de formation et de discerner comment je peux aider à promouvoir la meilleure formation possible pour notre nouvelle génération de jésuites.

La voix de Nicolàs

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