Du 11 juin au 19 juillet 2026, la planète entière vibre au rythme des exploits des artistes du ballon rond. Plongés dans l'univers de la Coupe du monde, nous nous laissons emporter par ce tourbillon footballistique, et ceci souvent… à l'insu de notre plein gré! Cet été, le football est roi.
D'où vient cet enthousiasme, cette fascination, parfois même cette forme d'addiction collective? Que révèle-t-elle de nos aspirations, de nos passions et, peut-être aussi, de notre besoin d'appartenance et de communion?
Comme tout sport, le football réalise l’unité du corps et de l’esprit. Fascinés devant l’habilité de certaines passes, le génie de combinaisons magistrales, la précision et la vitesse d’exécution des joueurs, nous voici soudain émerveillés devant la beauté de tirs parfaits qui font mouche. Pour les plus spécialistes, la stratégie mise en place par les entraîneurs est analysée sous tous les angles. Pour nous autres téléspectateurs lambda, l’harmonie de certains mouvements et l’accord spontané entre le geste du joueur et l’intention qui l’anime nous font éprouver le sentiment d’une innocence retrouvée et d’une liberté spontanée. Une résonnance s’établit alors subtilement entre notre corps et notre esprit, entre nos émotions et le mouvement du jeu. En nous identifiant aux gestes posés par les stars nous entrons dans leur constellation. Cette identification imaginaire provoque plaisir, voire exultation. Bref, reliés nous sommes de la partie! Et ceci en dehors de toute option partisane: amateurs du beau jeu, nous sommes comblés.
Ainsi, lorsqu’une équipe se déploie avec fluidité, les mouvements semblent étonnamment accordés les uns aux autres, sans concertation ni réflexion préalable, de sorte que les actions apparaissent comme l’œuvre inspirée d’un seul et même corps. Les joueurs se sont transcendés, dépassant leurs limites et leurs peurs sous l’effet d’une énergie qui les met en communion. Il en résulte une efficacité collective remarquable: l’équipe, comme on dit, s’est trouvée! Cela entraîne des effets non seulement émotionnels, mais également moteurs chez les spectateurs: il suffit de les voir mimer, anticiper ou rejouer les actions jusque dans leur propre corps! Rappelons-nous les images des tribunes lors des coups francs, des corners ou des penalties: les supporters y sont corps et âme!
C'est ainsi que naît une émotion collective: dans cette bulle, nous sommes mis en contact les uns avec les autres grâce à la tension ressentie, les déceptions et les désolations partagées, ou encore par la liesse éprouvée ensemble. Nous voici en osmose émotionnelle! Lors d’un Mundial, cette puissante oasis peut s’étendre au monde entier. Un monde où tout un chacun peut se sentir faire partie d’un Tout!
Malgré sa marchandisation, sa commercialisation et ses multiples instrumentalisations, le Mundial reste, au moment du match, une sphère de jeu imprévisible, gratuite et surprenante. Cette sphère provoque des vagues émotionnelles considérables, tant au niveau personnel que collectif. Des ondes relient et brisent l’isolement donnant le sentiment –ou peut-être l’illusion– d’appartenir à un même monde. La nostalgie d’être relié s'en trouve alors satisfaite. Quant à savoir si cette expérience concourt au Bien de toute l’humanité, ceci est une autre question…