• Graffiti sur un mur de Lisbonne @ Wikimedia Commons CC BY 3.0

Pardon. Quel Pardon ?

Réduire un ecclésiastique à l’état laïc permet-il de clore le chapitre si les faits sont prescrits, et peut-il favoriser le pardon? Le Père Jean-Blaise Fellay sj rappelle que «pour qu’il y ait pardon, il faut un certain nombre de conditions».

Il faut d’abord qu’il y qu’il y ait un aveu. Si le supposé coupable ne se souvient de rien, s’il n’a pas l’impression d’avoir commis quelque chose de repréhensible, un pardon est impossible. On ne peut pardonner un méfait qui «n’a pas existé», en tout cas tant que le supposé coupable ne l’admet pas.

Deuxièmement, selon la doctrine classique, l’absolution d’un péché ne peut être donnée s’il n’y a pas un regret sincère. Comment imaginer un regret sincère s’il n’y a pas de faute commise selon le supposé coupable?

Troisièmement, s’il y a eu faute, il faut un châtiment, et pas simplement une condamnation ecclésiastique. Si la punition reste interne à l’Église – une réduction à l’état laïc par exemple –, la dimension sociétale du délit n'est pas prise en considération. Or lors d’un scandale public, on ne peut en rester à une punition ecclésiastique gardée plus ou moins secrète. L’Église donne alors l’impression de se contenter du droit interne et de soustraire les coupables au droit civil.

Quatrièmement, le tort moral doit être pris en considération, une compensation financière ou autre doit être octroyée aux victimes. La pratique de l’Église ancienne exigeait au moins un retrait de la communion pour un temps et un acte de pénitence sous la forme d’un long pèlerinage ou d’un autre signe de pénitence avant de réintégrer le coupable dans la communauté ecclésiale.

Cinquièmement, une attitude évangélique de pardon se traite au niveau de la relation personnelle. C’est dans une réconciliation de personne à personne qu’un pardon doit être accordé. Mais pour cela il faut qu’il y ait aveu du tort commis, demande de pardon, acceptation de cette demande par les victimes et par là réconciliation commune. C’est un long et difficile processus, dont toutes les étapes doivent être respectées. Si cela se produit, c’est la merveille du pardon chrétien, qui est une reconstruction des relations.

Auteur:

Né en 1941, entré chez les jésuites en 1961, spécialiste de l’Histoire de l’Église, était engagé comme directeur spirituel au Séminaire diocésain du Diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg et au Séminaire diocésain de Sion. Le Père Fellay a été rédacteur en chef de la revue culturelle choisir, directeur du centre interdiocésain à Fribourg, professeur à l'Institut Philanthropos et responsable du programme de formation du domaine de Notre-Dame de la Route à Villars-sur-Glâne.

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