De nos jours, les gens se retrouvent souvent pris dans une bulle d’opinion où les amis et les ennemis sont clairement définis. Ce n’est pas seulement la société qui succombe à cette tendance: l’Église en est également affectée, affirme le Père Stefan Kiechle sj:
«Dans notre culture, il est important d’avoir des opinions, dans le débat social et politique, mais aussi religieux. Beaucoup ont déjà leur opinion toute faite, ou se la forgent rapidement, au mépris des faits. On reste dans sa propre bulle de convictions, où l’on se confirme mutuellement dans ses jugements. Dans certains milieux, on peut mentir impunément. Au sein de tels groupes, le débat est souvent affranchi de toute exigence morale et de toute réflexion sur le bien commun; il est entièrement orienté vers des intérêts particuliers. Cette manière de parler sépare les amis des ennemis: les vérités sont simples, les adversaires clairement identifiés, les combats radicaux. Une telle opinion se détache de la réalité et devient idéologie, geste de pouvoir.
Celui qui, en revanche, cherche à savoir commence par observer la réalité, les faits. C’est à partir d’eux qu’il construit ses arguments. Il écoute également les arguments adverses et accepte, lorsque cela est nécessaire, d’être corrigé. Il reconnaît la complexité et les contradictions du monde; elles sont souvent insolubles, et l’on ne peut avancer qu’en faisant des compromis.
Celui qui recherche le savoir progresse par le dialogue, aussi bien dans les débats quotidiens que dans le domaine scientifique. Il confronte ses opinions. Il écoute également ses adversaires et débat avec eux pour la vérité. Il ne pense pas selon le schéma «ami-ennemi», résiste aux simplifications, reste prudent dans ses jugements, négocie des compromis et cherche à associer le plus grand nombre possible de personnes à ses projets. Il s’oppose aux discours autoritaires, demeure engagé dans la société civile et reste ouvert aux processus de formation de l’opinion et aux processus démocratiques.
Que la conversation fondée sur le savoir, la véritable écoute et l’échange soit remplacée par le fait de s’aboyer mutuellement ses opinions est une tendance que l’on observe dans la société comme en politique. Les médias populaires favorisent cette évolution: les opinions rapides et tranchées se vendent mieux qu’une réflexion exigeante. Les médias sérieux résistent à cette tendance, du moins dans une certaine mesure.
L’Église aussi, comme toujours, est contaminée par ces tendances de la société. Tous les chrétiens ne devraient-ils pas s’efforcer vigoureusement d’y résister? L’Église peut-elle devenir un refuge pour celles et ceux qui s’intéressent à une réflexion et à une parole de qualité, ainsi qu’à un engagement commun en faveur d’un avenir meilleur pour tous?» Une question à méditer.
Cet article a paru dans sa version originale allemande sur le portail d'actualités de l'Église catholique en Allemagne Katholisch.de: Ersetzt Meinung Wissen?