Le développement d’Internet et des réseaux sociaux a fait naître une profession qui fait fantasmer bien des jeunes: les influenceurs. Le service rémunéré des influenceurs s’apparente à ce que les journaux connaissent sous le nom de “publicité rédactionnelle”, cette publicité plus ou moins habilement dissimulée sous les apparences d’informations utiles ou, à défaut, de spectacles divertissants. Selon un timing bien cadencé, idéalement qui s’adapte au rythme de vie des abonnés (‘followers’ littéralement ceux qui suivent), l’influenceur expose et commente les événements, ne serait-ce que sa vie de patineuse sur un bateau de croisière, ses bonnes surprises ou ses déboires de franco-japonais au Japon ou en France, ou tout simplement sa vie quotidienne, parfois amoureuse, dans un environnement plus ou moins exotique. Quelques influenceurs surfent sur l’actualité scientifique ou spatiale, tel Dernières nouvelles des étoiles des frères Lisoir, ou Le journal de l’espace de Quentin Leicht, d’autres sur l’actualité judiciaire, etc.
Nombreux sont les jeunes qui fantasment sur cette façon apparemment agréable de gagner sa vie. En droit, la publicité rémunératrice doit être explicitement annoncée, même si elle est emballée dans une présentation personnelle pour donner l’impression que l’influenceur lui-même a choisi l’objet présenté, qu’il l’utilise quotidiennement et qu’il en est, bien sûr, très satisfait. Mais je soupçonne qu’ici comme sur tout média d’information, la publicité peut être savamment cachée derrière la présentation bien organisée d’événements qui n’ont pas grand’ chose à voir avec l’objet du délit.
D’après les analyses les plus sérieuses du secteur, la plupart des influenceurs ne vivent pas uniquement de cette activité. Certes, les exceptions sont montées en épingle, et les plus riches se sont exilés dans quelque paradis fiscal. Tibo InShape (17,6 millions d'abonnés) s’est fait connaître grâce à sa chaîne YouTube. Il propose aussi sur Instagram un programme alléchant (de ‘Fitness’) pour ceux et celles qui veulent rester en bonne forme. Il est, semble-il, l'influenceur français le plus suivi. Son revenu mensuel avoué est d’environ de 10’000 euros.
Ce point proprement commercial, bien éloigné de l’Évangile de la Grâce, soulève en moi une question quand il s’agit d’influenceurs dits chrétiens. Il en existe. En Suisse, la pasteure Carolina Costa affiche plus de 20'000 abonnés (sur Instagram). En France, le plus connu est le Frère dominicain Paul-Adrien d’Hardemare, «l’influenceur catholique de 45 ans, aux 601’000 abonnés YouTube, et 301’900 sur TikTok». Ces influenceurs ont cet avantage sur bien des prédicateurs du dimanche: ils tentent de répondre aux questions que leurs followers se posent, et non pas simplement aux questions théologiques ou ecclésiales des théologiens ou des moralistes. C’est d’ailleurs cette absence de spéculation intellectuelle et de moralisme qui leurs attire de nombreux abonnés.
À égale distance de l’idéologie cléricale et des sites ecclésiaux qui fournissent des informations paroissiales, des textes liturgiques adaptés au moment présent ou des incitations à la prière, les influenceurs chrétiens ont pour ambition de désengoncer la religion du jargon traditionnel qui ne parle qu’aux initiés. Je souhaite qu’ils fassent beaucoup d’émules. Dans ce souhait, j’inclus le projet Team Maria, sur TikTok, à l’initiative de théologiennes protestantes helvétiques. Mais pour ces dernières, l’objectif sera plus difficile à atteindre; car leur formation à la spéculation théologique est plutôt un embarras quand on veut attirer des followers.