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Le secret de François Xavier, «le feu qui allume d'autres feux»

«Le plus grand de tous les missionnaires de l'ère moderne»: C'est ainsi que la monumentale Histoire de l'Église éditée par le grand historien Hubert Jedin qualifie François Xavier, le saint jésuite dont on célèbre le 3 décembre la mémoire liturgique. Il ajoute que cette reconnaissance n'est pas tant due au nombre incroyable de personnes qu'il a baptisées ou aux miracles qui lui sont attribués, mais à sa «force d'attraction». C'est aussi pourquoi l'histoire extraordinaire de François Xavier -que le Pape Pie XI a proclamé en 1927 saint patron des missions, avec sainte Thérèse de Lisieux- continue de parler à notre présent. Surtout à ceux qui, aujourd'hui encore, sont impliqués d'une manière ou d'une autre dans la mission que le Christ a confiée aux siens.

«Un feu allume d'autres feux»

La force d'attraction exercée par le saint jésuite émanait du dynamisme simple et gratuit qui a toujours marqué la communion de foi dans le Christ: Xavier, le patron de tous les missionnaires, attirait les gens au Christ parce qu'il était à son tour attiré au Christ. «Un feu allume d'autres feux», dit l'expression chère aux fils de la Compagnie de Jésus. En lui, la libération d'une énergie missionnaire inimaginable a pris sa source dans la rencontre qu'il a eue avec Ignace de Loyola à Paris, alors qu'il était un étudiant universitaire partageant une chambre avec l'autre saint jésuite, Pierre Favre. Ignace a captivé ce jeune homme ambitieux au tempérament sanguin en lui répétant une phrase de l'Évangile: «À quoi sert à un homme de conquérir le monde entier, s'il se perd ensuite lui-même?» «Quelle grâce Notre Seigneur m'a faite d'avoir connu Maître Ignace», écrira plus tard François Xavier. Il fait également partie des sept premiers «compagnons de Jésus» qui, le 15 août 1534, dans la crypte de la petite église Sainte-Marie de Montmartre, font le vœu de servir Jésus-Christ dans la chasteté et la pauvreté, de partir en pèlerinage en Terre Sainte ou -si cela n'est pas possible- de se rendre à Rome, se mettant ainsi à la disposition totale du Pape.

Sa mission de dix ans dans les Indes orientales a tout rencontré: le mal de mer sur les navires et le catéchisme chez les chasseurs de perles indiens. Les maladies tropicales, la faim et la soif. Il fait naufrage et s'échappe dans les forêts. Rencontres avec des marchands et des esclavagistes sans scrupules. Navigations vers Java, Bornéo, les Moluques, puis jusqu'à Formose, à travers les terres des coupeurs de têtes et jusqu'aux îles du Japon. Mais tout émane du miracle intime de l'attraction de la grâce, attesté aussi par la promesse dans la crypte de Montmartre. Tout au long de sa vie, ce sera la Compagnie qui l'animera, le consolera et le soutiendra. Sans ce feu toujours brûlant, même les histoires incroyables de François Xavier pourraient ressembler à celles d'un aventurier spirituel insatisfait. Au contraire, tout ce qui lui arrive trouve son origine dans un acte d'obéissance. L'ancien étudiant de Paris se retrouve projeté là où il n'aurait jamais imaginé, et cela arrive apparemment par hasard, uniquement en suivant docilement ce qu'Ignace lui demande, après qu'un autre Compagnon de Jésus destiné aux Indes orientales ait dû abandonner. Il ne reverra jamais ses amis. Lorsqu'il part, il sait déjà que «dans cette vie, nous ne nous "verrons" plus que par lettre», comme il l'écrit dans sa première lettre. Pourtant, leur souvenir heureux et réconfortant restera à jamais dans sa mémoire. Il ne fait que se souvenir d'eux. Il écrit et reçoit d'eux des lettres qui mettent une éternité à arriver à destination. Et quand il pense à eux, sa gratitude se traduit par des larmes. À sa mort, à l'âge de 46 ans, le 2 décembre 1552, il suspendit à son cou un petit récipient contenant une relique de l'apôtre Thomas, la formule de sa profession et les signatures autographes de ses amis découpées dans leurs lettres. Ce sont les trésors qu'il a toujours voulu garder près de son cœur.

La mission a le monde pour horizon

Son tempérament était extraverti, plein d'optimisme, et en même temps capable de pleurer de solitude et d'amertume. Mais il dit lui-même qu'il n'a pas eu de larmes mais seulement des larmes de joie et de gratitude. En janvier 1552, à moins d'un an de la fin de son aventure terrestre, il écrit: «Je crois vraiment pouvoir dire que de toute ma vie je n'ai jamais reçu autant de joie et d'allégresse». Il écrit cela après avoir vu pendant des années les misères humaines et le miracle de l'action de la grâce dans les contrées lointaines où l'a poussé l'audace des premiers jésuites, immédiatement envoyés aux quatre coins du monde alors qu'ils avaient moins de dix ans. »Oui, ils ont choisi la vie, avec tous ses compromis. [...] Ils ont choisi d'aller dans le monde pour enseigner l'Évangile, d'affronter la vie quotidienne, avec tout ce qu'elle comporte de tragique, de corrompu, de mensonger», écrit le journaliste et historien Jean Lacouture dans son best-seller consacré aux jésuites.

Catéchisme et Sacrements

Dans ces mondes lointains, façonnés par d'autres cultures, marqués par tout le bien et tout le mal qui peuvent sortir du cœur des êtres humains à tout moment et dans n'importe quel pays, François Xavier s'aventure avec sagacité et réalisme, apprenant les langues, adaptant les manières et même les vêtements aux différentes situations. Il utilise tout et s'adapte à tout, afin que le salut du Christ soit confessé partout. Et si aujourd'hui certains théorisent que la mission se fait avec des stratégies sociales, François Xavier reconnaît que la grâce se transmet par les gestes mêmes du Christ, qui sont les sacrements: «Si grande est la multitude des convertis, écrit le saint jésuite, que souvent mes bras me font mal tant ils ont été baptisés et je n'ai plus la voix et la force de répéter le Credo et les commandements dans leur langue». Il enseigne le catéchisme et les prières les plus simples aux enfants et aux adultes. Il ouvre des discours et des confrontations avec des seigneurs, des nobles et des moines bouddhistes. Et dans ses lettres, les coups d'épingle ne manquent pas à l'encontre des abstractions oiseuses de ceux qui font de la stratégie ou de la spéculation érudite dans les académies théologiques de l'Occident. Il écrit: «On cherche des hommes qui savent donner des raisons de vivre, parce qu'en ces lieux on apprécie moins le savoir et beaucoup plus la vie». Et il invite ses compagnons à converser avec les êtres humains en chair et en os, et tous les pécheurs,«en les faisant s'ouvrir à vous. Ce sont les livres vivants avec lesquels vous devez étudier, aussi bien pour la prière que pour votre consolation».

Le crépuscule du missionnaire

À l'âge de 46 ans, François Xavier est arraché à la mort par une pneumonie alors qu'il se trouve dans une hutte feuillue sur l'île de Sancian, au large de la Chine (où il voulait aller). Il n'a avec lui que la compagnie d'un crucifix et d'un Chinois récemment devenu chrétien, qui aurait dû l'accompagner dans sa nouvelle aventure pour lui servir d'interprète. L'image du «coucher de soleil du jésuite» en attendant d'entrer en Chine, également racontée dans la pièce Le Divin Impatient de José Maria Péman, a été également proposée plusieurs reprises par le pape François. «Le grand missionnaire François Xavier», rappelle entre autres l'évêque de Rome dans le livre-interview. «Sans Lui nous ne pouvons rien faire» sur le fait d'être missionnaire dans le monde d'aujourd'hui, «C'est ainsi que c'est fini, en regardant la Chine, où il voulait aller et n'a pas pu entrer. Il meurt comme ça, sans rien, seul devant le Seigneur. Il y meurt, il est enterré, et c'est comme quand on enterre une graine». C'est le sort, a ajouté le Pape, qui est arrivé à tous les missionnaires enterrés sur les terres de leur mission: «En mourant dans ces lieux, ils ont été plantés dans cette terre comme des graines. Les vrais missionnaires, et les vrais missionnaires de toute sorte, a ajouté le successeur de Pierre, ne sont pas seulement des "envoyés". Ils ne sont pas des intermédiaires. Ils partent en mission à la suite de Jésus, avec Jésus, ensemble avec Jésus. Ils marchent avec lui. Et quand ils sont de grands missionnaires, on comprend que c'est Lui qui les amène».

Une article de Gianni Valente, le nouveau directeur de l'agence Fides depuis septembfre 2022.
Gianni Valente est diplômé en Histoire de l'Orient chrétien à la Faculté des Lettres et de Philosophie.
Il est devenu journaliste professionnel en 1992 et a écrit des livres et des essais

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