Notre Dieu nommé « tout-puissant » nous révèle sa véritable nature à travers un petit enfant dans une crèche, vulnérable, inoffensif et tout sauf puissant, du moins en apparence. Quelle image fondatrice du christianisme ! Et quel contraste avec les apparences d’un christianisme qui, au cours de cette année, s’est mis à reconquérir la scène mondiale.
D’un côté de l’Atlantique, c’est au nom d’une vision de la restauration d’une Sainte Russie chrétienne que des milliers de soldats et d’innocents sont sacrifiés depuis bientôt quatre ans. De l’autre côté, l’homme qui se veut le plus puissant du monde se laisse célébrer par toutes sortes de chrétiens fervents comme l’élu de Dieu, le sauveur de son peuple, sans se gêner pour abuser d’une célébration chrétienne afin d’appeler à la haine contre tous ses ennemis.
Au vu de ces développements, on comprendrait aisément que le christianisme perde encore davantage de son attrait et de sa crédibilité dans nos sociétés. Mais, étonnamment, c’est le contraire que nous observons, du moins dans le monde francophone. Depuis quelques années, les demandes de baptême de jeunes augmentent dans différentes églises chrétiennes. Nous assistons à un véritable retour de la foi en Jésus-Christ chez une partie de la génération Z. Cette évolution, tout à fait réjouissante, peut s’expliquer de plusieurs manières, mais l’une des plus importantes réside sans doute dans un malaise général et dans la peur face à l’avenir et aux développements mondiaux.
Cela dit, la peur est un point de départ problématique pour la foi. Elle risque de détourner le regard vers les aspects glorieux du christianisme, vers la toute-puissance de Dieu et l’espérance d’une main forte venant sauver le monde. Face à cette attente, le mystère de Noël, au-delà de ses aspects édulcorés et folkloriques, nous révèle autre chose, et ce qu’il révèle constitue un véritable défi. « Ne craignez pas ! » disent les anges aux bergers, et le « Sauveur » qu’ils annoncent, « qui est le Christ, le Seigneur », n’a spontanément rien à voir avec le sauveur que le monde attend : le messie, le Fils de Dieu annoncé par les prophètes, censé renverser les puissances du monde et restaurer la justice.
Reconnaître, dans ce petit enfant dans sa crèche, la présence de Dieu ; reconnaître que cette présence inoffensive est pur amour, et que cet amour, inconditionnel et fidèle jusqu’au bout, est la véritable expression de la puissance de Dieu : voilà l’acte fondamental de la foi chrétienne.
Du bois de la crèche au bois de la croix, Dieu nous révèle que l’amour est plus fort que la haine, la violence et la mort. Ainsi, l’espérance chrétienne n’attend pas la manifestation d’une main forte, mais celle des enfants de Dieu, dans lesquels son amour veut s’incarner chaque jour de nouveau pour le salut et la transformation paisible du monde.
Je nous souhaite, pour ce temps de Noël et de Nouvel An, la grâce de nous laisser toucher par la puissance de ce petit enfant, qui nous invite à devenir des témoins de son Amour pour notre temps, et des « pèlerins d’espérance » bien au-delà de cette année jubilaire de 2025.