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Le Père Rutilio Grande sj bientôt béatifié

Le 22 janvier prochain le Père Rutilio Grande sj et les laïcs Manuel Solórzano et Nelson Rutilio Lemus, martyrs, seront béatifiés à San Salvador (El Salvador). Le plus âgé d’entre eux, Manuel Solórzano, est né en 1905 à Suchitoto (El Salvador). Homme très aimé pour sa gentillesse et son honnêteté à toute épreuve, il était devenu un inséparable compagnon du Père Rutilio Grande dans ses tournées pastorales. Le plus jeune, Nelson Rutilio Lemus, était actif, serviable et bon, doté d’un grand sens des responsabilités. Né à El Paisnal (El Salvador) le 11 novembre 1960, il était parent du Père Grande, mais il lui était surtout lié par l’amitié unissant ceux qui partagent le service de la mission du Seigneur. Ils ont été assassinés, en raison de leur foi, à «Las Tres Cruces», à quelques kilomètres de San Salvador, le 12 mars 1977.

Fin accompagnateur spirituel

Né dans la petite ville d’El Paisnal le 5 janvier 1928, le Père Rutilio Grande était un jésuite aux qualités humaines et religieuses insoupçonnées, qui a trouvé sa grandeur dans sa faiblesse. Il a passé la plus grande partie de sa vie dans le silence et l’humilité de ceux qui, pas à pas, deviennent des Compagnons de Jésus. Ceux qui le connaissaient ont toujours trouvé en lui un homme bon, amical et serviable. Pour les séminaristes, il était un véritable formateur, et pour le clergé salvadorien, un fin accompagnateur spirituel. Rutilio savait être un conseiller, un compagnon compréhensif et aimable, mais en même temps un homme ferme et sérieux pour ce qui relève de la vie chrétienne et de l’exercice responsable du ministère sacerdotal. Le monde paysan, auquel il appartenait et qu’il a aidé avec dévouement par son service pastoral, a trouvé en lui un religieux proche, désintéressé et plein d’attention, ordonné prêtre pour partager sa vie avec la communauté des disciples de Jésus qui témoignent de la Bonne Nouvelle.

Voulant servir son peuple, Rutilio Grande entre au petit séminaire de San Salvador en janvier 1941. Là, il découvre sa vocation et choisit de rejoindre la Compagnie de Jésus. En 1945, il entre au noviciat de Los Chorros, près de Caracas (Venezuela), et prononce ses premiers vœux en 1947. Son long parcours de formation dans la Compagnie le conduit à Quito (Équateur), au Panama et en Espagne où, à Oña, il est ordonné prêtre le 31 juillet 1959. Après avoir effectué son Troisième An à Cordoue (Espagne), il étudie la pastorale à l’Institut Lumen Vitae de Bruxelles (Belgique), où il prononce ses derniers vœux comme jésuite le 15 août 1964.

Il est ensuite envoyé au séminaire San José de la Montaña (San Salvador) comme préfet et professeur de catéchèse, de pastorale et de formation citoyenne. Le Père Grande a compris sa vocation religieuse et presbytérale à la lumière du Concile œcuménique Vatican II. Son mode de vie, son enseignement et ses orientations pastorales étaient imprégnés de la lecture des orientations de Vatican II opérée par la Conférence épiscopale d'Amérique latine en 1968 à Medellín (Colombie). Ce renouveau en cours dans l’Église a provoqué plus d’une tension interne, y compris dans le diocèse d’El Salvador et au sein même du séminaire.

Une «communauté de communautés»

Plus tard, le Père Rutilio est envoyé à Quito pour suivre le parcours proposé par l’Institut Pastoral d'Amérique Latine en 1971-1972. À son retour, il est nommé à la paroisse «El Señor de las Misericordias» dans la ville d’Aguilares, dont dépend El Paisnal, son lieu de naissance. Avec trois autres jésuites et un prêtre diocésain, il s’engage avec passion et talent pour constituer une paroisse qui soit une «communauté de communautés» fondée sur la foi profonde des paysans de la région. De là sont nées des communautés chrétiennes de base très actives, prophétiques et formatrices pour de nombreux agents pastoraux laïcs, hommes et femmes. La nomination de Saint Oscar Arnulfo Romero comme archevêque de San Salvador en 1977 a alors ouvert la voie à une nouvelle étape de conversion ecclésiale.

La progressive prise de conscience de la nécessité de transformer les conditions inhumaines que les structures injustes de la société salvadorienne imposaient au monde paysan majoritaire s’est traduite par des luttes sociales et politiques dans cette période turbulente de l’histoire de ce pays d’Amérique Centrale. De nombreux membres de communautés ecclésiales ont pris une part active à la lutte sociale et politique. Le Père Rutilio, son équipe et ses proches collaborateurs, engagés au nom de leur foi dans la lutte pour la justice évangélique, opéraient une claire distinction entre le travail pastoral et le militantisme partisan, mais les minorités menacées dans leur pouvoir voyaient en Rutilio un obstacle à éliminer.

En reconnaissant les martyres de Rutilio, Manuel et Nelson, l’Église considère que la vie leur a été enlevée en raison de la foi qui donnait sens à leur existence; par leur sang injustement versé ils sont devenus témoins de cette foi. Aussi, en tant que Compagnie de Jésus, nous rendons grâce à Dieu pour la vie de ces trois hommes. À travers eux, nous nous unissons à la foi du peuple du Salvador et à ses efforts pour réaliser les transformations nécessaires afin de faire émerger une société juste, offrant à chacun une place digne.

Que Notre-Dame Reine de la Paix, patronne du peuple salvadorien, soit la lumière qui éclaire le chemin, comme elle l’a fait pour les bienheureux martyrs d’El Paisnal.

Arturo Sosa sj
Supérieur Général

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