• Anneaux de Neptune pris par le télescope spatial James-Webb@ NASA, ESA, CSA, STScI
  • Image du télescope spatial Hubble montrant le vestige de supernova SN 1987A © Wikimedia Commons
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La question fondamentale

«Les cieux racontent la gloire de Dieu», dit le psalmiste. Ce n’est vrai que pour le croyant. Le ciel, synonyme d’inconnu dans la tradition judéo-chrétienne –et d’angoisse un peu partout– ne provoque pas nécessairement la foi. Une telle hypothèse supposée ‘religieuse’ de relation entre le ciel –ou la beauté de la nature, ou le sentiment amoureux– est explicitement contraire à toute la tradition chrétienne. Contrairement à la réponse prêtée à Olivier de Kersauson qui aurait dit «dans la tempête, comme au fond d’un trou d’obus, tout le monde est croyant», la foi n’est pas mécaniquement provoquée par un questionnement –ou une peur– qui se heurte à l’inconnu ou, ce qui revient presque au même, à la beauté.

C’est la raison pour laquelle, dans une interview parue sur le site du Figaro (Paris) début mars 2026, un astronome, Patrice Bouchet de Puyraimond, codécouvreur des anneaux de Neptune et spécialiste de la supernova SN 1987A (M 19337), qui par ailleurs se réclame de la foi catholique, a pu affirmer sans arrière-pensée: «Le pape Jean-Paul II a eu l’intelligence de dire qu’il ne fallait pas mêler science et religion.»

Certes, le susdit astronome, dans la même interview, semble introduire une sorte de porosité entre les deux domaines si nettement séparés. Patrice Bouchet de Puyraimond y prétend que «Regarder le ciel amène à se poser des questions fondamentales». Mais qu’est-ce qu’une question fondamentale? Pour qui, et dans quelles circonstances?

Pour le scientifique, une question fondamentale se résume à un «comment tel phénomène peut-il bien apparaître à la suite de tel autre?». Comment la pomme qui tombe sur la terre peut-elle obéir à la même loi que la lune qui tourne autour de notre planète? Comment peut-il se faire que tous les corps, quelle que soit leur masse, tombent à la même vitesse? 
Pour le philosophe, une question fondamentale est de l’ordre de l’étonnement devant une manière de penser autre que la sienne. Comment peut-on penser autrement que ma manière de penser habituelle? 
Pour l’éthicien, une question fondamentale naît de l’indignation: comment quelqu’un peut-il agir de cette manière qui me répugne? Pour l’esthète, une question fondamentale surgit de la contemplation de la beauté qui, toujours, a quelque chose de dérangeant: comment cette image ou cette architecture peut-elle conserver ses éléments assemblés alors qu’elle semble au bord de la rupture?

Alors, quelle question fondamentale pour le croyant? Certains philosophes, à la suite de Leibnitz, répondent: «Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien?» Question insoluble, que beaucoup choisissent d’ignorer pour vaquer plus utilement à leurs occupations ordinaires. En fait, cette question philosophique ne procède pas de l’inquiétude religieuse.

La vraie question religieuse procède du doute, de ce brouillard (le Tohu-Bohu des origines, la nuée qui conduisait les hébreux à travers le désert, celle qui enveloppa Pierre, Jacques et Jean sur la montagne de la Transfiguration) doute concernant l’existence –ou la puissance, ou la miséricorde, ou l’amour– de Dieu, et dont la présence ne peut se marquer que par l’affrontement à ce doute, affrontement dont la victoire est la prière, parole qui échappe des lèvres. Dans l’ordre de la pratique, la victoire contre le doute a pour signe la crainte de mal faire, de ne pas répondre convenablement à l’appel du prochain.

Devant les multiples formes de la «question fondamentale», je concède cependant que le croyant peut exprimer son expérience, l’inquiétude religieuse, dans le langage (scientifique celui-là) de M. Boisset qui, observant sans relâche la supernova SN 1987A (M 19337), confessait: «Je n’ai jamais cessé de l’observer depuis, avec toutes les générations successives de télescopes. Et elle ne laisse pas de me surprendre, encore aujourd’hui!»

À son propos:

Étienne Perrot sj est un jésuite de la Province d'Europe Occidentale Francophone (EOF) qui a vécu 15 ans à Genève (de 2001 à 2016), au sein de la communauté de Carouge. Membre du conseil de rédaction de la revue choisir  jusqu'à sa fermeture fin 2022, il écrit régulièrement sur le site des jésuites de Suisse depuis 2013, et sur celui de la Province d'Europe centrale en français depuis sa création en 2021. Conseiller de la rédaction de la revue Études (Paris), le Père Perrot sj rédige deux blogs hebdomadaires: Deux doigts au-dessus du sol et Coup d’épingle. Cet été 2024, il quitte Lyon pour rejoindre Paris

Étienne Perrot, né en 1944 dans le Doubs (France). Il a enseigné  l'économie et l'éthique sociale à Paris, et l'éthique des affaires à l'Université de Fribourg 3. Il a écrit plusieurs livres, notamment Esprit du capitalisme, es-tu là? Derrière les chiffres, discerner l’humain, Bruxelles, Lessius 2020.

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