La chute annoncée du régime iranien

La reprise, lundi dernier 29 septembre, des sanctions économiques contre l’Iran, décidée dans le cadre de l’ONU, relance la prophétie que, jadis, les économistes spécialistes de l’URSS annonçaient d’une manière péremptoire: le régime ne pourra pas survivre compte tenu de l’effondrement de son économie. (On entend actuellement des rumeurs de ce type au sujet de la Russie.)

Cet effondrement semble d’autant plus logique que le Régime iranien n’a même plus le prétexte de la fantomatique (car elle fait peur comme un fantôme) force nucléaire. (Cf. la décision du Président américain de lancer fin juin dernier ses bombardiers furtifs à l’assaut des sites nucléaires iraniens au moment même où allaient commencer des ‘négociations’ irano-américaines.) 

Cette analyse repose sur l’hypothèse selon lequel on peut changer un régime politique en faisant appel à une force économique ou militaire extérieure. Hypothèse fragile, comme l’a montré maints exemples au cours du siècle précédent. Remplacer un régime par un autre supposé meilleur au moyen d’une force étrangère (américaine ou autre) n’a pas produit les meilleurs résultats. Mis à part le Japon et l’Allemagne de la seconde guerre mondiale (mais le succès du changement a tenu pour beaucoup à l’aide massive qui leur fut accordé à la suite de leur reddition), je me souviens du Vietnam, de la Lybie, de l’Afghanistan et de l’Iraq. Les manœuvres du Kremlin pour obtenir semblables résultats chez ses voisins n’ont pas été plus convaincants.

Les terrains économiques et militaires étant supposé “dégagés”, la question de l’avenir du régime iranien se tourne vers la résilience non du pays, mais de ses dirigeant. D’où l’interrogation formulée déjà fin juin dernier par le journal Le Temps: «Que se passe-t-il dans la tête de guide suprême Ali Khamenei?» À croire qu’un régime “tient” uniquement par la pugnacité de son dirigeant!

Sur ce terrain, les analyses psychologiques sont rares. Elles se résument le plus souvent, du côté occidental, à un calcul machiavélique où la force et la tromperie se justifient pleinement. (C’est la thèse du dernier livre de Giulano da Empoli L’heure des prédateurs.) Cette erreur est bien dans l’air du temps (et dans la tête des dirigeants dont l’archétype est Donald Trump) qui postule que le succès occulte le viol du droit lorsque le résultat est là. Ainsi, du côté iranien, les analyses convergent sur l’idiosyncrasie (pour ne pas dire le cynisme) du guide suprême, de son tempérament, de son inconscient profond, de son idéologie particulière. L’homme enfermé dans son bunker près de Téhéran, et qui ne communique que par billets de papier pour éviter l’espionnage électronique, aurait pour premier horizon, pensent – à tort – la plupart des analystes, de sauvegarder le régime des Mollahs.

Cette hypothèse est possible, mais – pour autant qu’elle soit vraie – il n’y a qu’Ali Khamenei et ses clients qui puissent penser que le régime iranien a les promesses de la vie éternelle.

 

À son propos:

Étienne Perrot sj est un jésuite de la Province d'Europe Occidentale Francophone (EOF) qui a vécu 15 ans à Genève (de 2001 à 2016), au sein de la communauté de Carouge. Membre du conseil de rédaction de la revue choisir  jusqu'à sa fermeture fin 2022, il écrit régulièrement sur le site des jésuites de Suisse depuis 2013, et sur celui de la Province d'Europe centrale en français depuis sa création en 2021. Conseiller de la rédaction de la revue Études (Paris), le Père Perrot sj rédige deux blogs hebdomadaires: Deux doigts au-dessus du sol et Coup d’épingle. Cet été 2024, il quitte Lyon pour rejoindre Paris

Étienne Perrot, né en 1944 dans le Doubs (France). Il a enseigné  l'économie et l'éthique sociale à Paris, et l'éthique des affaires à l'Université de Fribourg 3. Il a écrit plusieurs livres, notamment Esprit du capitalisme, es-tu là? Derrière les chiffres, discerner l’humain, Bruxelles, Lessius 2020.

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