Le récit de la Passion de Jésus Christ n’est pas le reportage d’un fait tragique ni la chronique judiciaire d’un scandale. Il n’est que la dernière étape de l’itinéraire d’un amour inconditionnel. Dès les débuts de sa vie publique, à Cana déjà, Jésus vivait en tension vers ce point extrême qu’il appelait «son heure». Sa mort atteste que sa vie trouve son explication dans cet ultime moment où il donne toute sa mesure. Plus tard, la résurrection confirmera son choix.
Jésus ouvre un chemin. À ceux et celles qui veulent le suivre il ne demande pas de s’autoflageller ni de cultiver la souffrance comme un idéal, mais de partager ses choix dans une marche sans cesse recommencée pour se quitter soi-même et aimer les autres sans retour, même s’ils finissent par vous assassiner !
Tout en affirmant ses choix au cours de procès truqués, Jésus ne va pas au-devant de son destin comme un héros avec des chants de victoire à la bouche. La nuit obscure de Gethsémani est vécue comme une véritable agonie, un combat avec la mort qui le laisse effondré à terre. Seul, triste à en mourir, privé de l’appui des amis qui dorment inconscients, trahi par un proche alors que le ciel reste sourd à ses appels, son cœur, sa volonté, toute sa sensibilité se révoltent. Lâcher prise? Entre l’acceptation, la peur et le refus, l’amour finit par l’emporter:
«Que cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme moi je veux, mais comme toi tu veux.»
Le drame n’est pas terminé pour autant. Il se prolonge en mode mineur pour ses disciples au cours de l’histoire. Ils pourront pleurer, se rebeller, prendre la fuite, avant de se souvenir que «Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde» (Pascal).
«Jusqu’au bout de l’amour» (Mt 26,14-27,66) – méditation autour de l'Évangile du Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur par Pierre Emonet sj