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Je vous souhaite L’humour!

En ces jours de fête du début de la nouvelle année, le message de Noël (qui annonçait la paix)  semble plus que paradoxal. Pour les uns ce message est douteux, pour d’autres, insignifiant. Rendus sourds par le bruit des armes aux frontières de l’Europe et –depuis plus longtemps encore– par les polémiques internes des familles et des nations, il est difficile d’entendre un appel à un dialogue qui suspende la violence. Quitte à passer pour un naïf, je veux évoquer ici une dimension essentielle de cette posture de dialogue qui, la grâce aidant, peut conduit à la paix. Je veux parler de l’humour. L’humour me semble plus important que les "niaiseries" que l’on entend en cette occasion autour de "l’enfant magique" de la crèche de Bethléem ou des vœux dont la consistance est souvent celle des bulles de savon.

Dans notre monde où la communication est le nerf de toutes sortes de guerres, personne n’aurait l’idée de rire de la guerre. Les politiques, les militaires, les directeurs d’entreprise, les militants écologiques et même les prêtres (dont le fonds de commerce reste la guerre de Satan contre l’Esprit du Christ), tous manient le verbe avec un sérieux exemplaire. Ils s’étonnent de ne pas être entendus à la hauteur de ce qu’ils espèrent. Pourquoi? Parce que –les exemples sont nombreux dans la Bible– nul n’a envie d’entendre les prophéties de malheur. Évoquant le «principe responsabilité», Hans Jonas agite avec frénésie la catastrophe écologique à nos portes, déjà inscrite dans le bouleversement climatique, les problèmes de l’eau en des régions du monde de plus en plus nombreuses. Beaucoup de spécialistes s’étonnent alors du peu d’impact de telles analyses sérieuses, documentées, impressionnantes.

Comment puis-je convaincre si la perfection de mes arguments me situe dans un monde autre que celui de mon interlocuteur? C’est pourquoi l’humour –qui met un peu de «jeu» dans les rouages de mes affirmations– reste nécessaire.

Tous les psychologues ont souligné les bienfaits de l’humour. L’humour permet de dédramatiser les situations, de faire passer sans violence les messages, de communiquer sur des domaines anxiogènes, de détendre l’atmosphère et de créer la connivence indispensable pour établir une relation et, finalement, convaincre ses partenaires.

Rire de soi-même n’est pas seulement une technique de communication. Napoléon le savait qui enquêtait toujours, pour choisir un général: «a-t-il de la chance?» Le responsable sérieux qui affirme avec conviction «j’en répond» et croit avoir tout prévu, ne peut que provoquer le doute. Dans un monde où personne ne peut prétendre dominer sans conteste, l’humour est une nécessité de la vie dans notre société où tout se négocie; il permet de débloquer maintes discussions. «Heureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes, prétend avec juste raison un humoriste, ils n’ont pas fini de rigoler.»

 

 

Auteur:

Étienne Perrot sj est un jésuite de la Province d'Europe Occidentale Francophone (EOF) qui a vécu 15 ans à Genève (de 2001 à 2016), au sein de la communauté de Carouge. Il écrit régulièrement sur le site des jésuites de Suisse depuis 2013. Il est en outre membre du conseil de rédaction de la revue culturelle suisse choisir.
Étienne Perrot, né en 1944 dans le Doubs (France). Il a enseigné  l'économie et l'éthique sociale à Paris, et l'éthique des affaires à l'Université de Fribourg 3. Il a écrit plusieurs livres, notamment Esprit du capitalisme, es-tu là ? Derrière les chiffres, discerner l’humain, Bruxelles, Lessius 2020.

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