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Entre l’énergie et l’écologie, faudra-t-il choisir?

Le sourire de Pâque me porte à discerner une petite éclaircie dans le brouillard de la crise géopolitique actuelle. Les risques de pénuries économiques se sont accrus ces dernières années. Le Covid et la guerre en Ukraine y sont pour beaucoup. Le risque le plus critique est certainement celui touchant l’approvisionnement en électricité. Toute interruption de ce service non seulement aurait des conséquences indiscutables sur le style de vie des résidents en Suisses, mais encore aurait des conséquences dramatiques sur notre potentiel économique.

La situation analogue des pays limitrophes n’est pas une consolation. La France, après l’Allemagne, s’apprête à remettre en service des centrales électriques fonctionnant au charbon! Au moment où l’on veut verdir l’économie réelle, c’est un paradoxe. Au point qu’un responsable économique à put prophétiser: entre l’énergie et l’écologie, il faut choisir! (C’est sans aucun doute un prophète de malheur.)

La faiblesse de nos voisins dans le domaine de production électrique a de quoi inquiéter. Car beaucoup de pays européens comptent depuis trop longtemps sur l’achat hors frontière pour passer le cap des pics de consommation électrique. Encore faut-il que ces voisins aient, en temps opportun, de l’électricité à revendre. À défaut, l’on remet en route les centrales les plus polluantes.

Je ne peux donc que me réjouir de la prise de conscience du Gouvernement fédéral qui veut renforcer et réorganiser l’Office fédéral de l’approvisionnement économique. Le 30 mars dernier, la Tribune de Genève a fait paraître quelques informations sur ce sujet. On y apprend «qu’éviter les pénuries temporaires, dans le contexte actuel, est devenu beaucoup plus complexe qu’avant.» Cette prise de conscience est déjà un bon début.

On y apprend aussi que le conseiller fédéral Guy Parmelin «prend des mesures urgentes contre les pénuries». Je n’ironiserai pas sur la phrase qui, dans La Tribune, suit cette annonce: «L’Office compétent sera étoffé d’au moins douze postes.» Les mauvaises langues françaises y verraient la dérive habituelle du discours politique qui remplace les décisions efficaces par l’annonce de création de postes de fonctionnaires ou par une dépense d’argent public supplémentaire inscrite dans le budget de l’État.
Je n’ironiserai pas car je sais que, Dieu merci, la Suisse n'est pas la France.

À son propos:

Étienne Perrot sj est un jésuite de la Province d'Europe Occidentale Francophone (EOF) qui a vécu 15 ans à Genève (de 2001 à 2016), au sein de la communauté de Carouge. Membre du conseil de rédaction de la revue choisir  jusqu'à sa fermeture fin 2022, il écrit régulièrement sur le site des jésuites de Suisse depuis 2013, et sur celui de la Province d'Europe centrale en français depuis sa création en 2021. Conseiller de la rédaction de la revue Études (Paris), le Père Perrot sj rédige deux blogs hebdomadaires: Deux doigts au-dessus du sol et Coup d’épingle. Cet été 2024, il quitte Lyon pour rejoindre Paris

Étienne Perrot, né en 1944 dans le Doubs (France). Il a enseigné  l'économie et l'éthique sociale à Paris, et l'éthique des affaires à l'Université de Fribourg 3. Il a écrit plusieurs livres, notamment Esprit du capitalisme, es-tu là? Derrière les chiffres, discerner l’humain, Bruxelles, Lessius 2020.

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