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PapeWendersFilm2Un grand réalisateur comme Wim Wenders, qui fait un film non pas «sur» mais «avec» un pape comme il le spécifie lui-même, non pas en tant que représentant d'Église, mais comme modèle éthique et humain, c'est tout simplement historique. Mais c’est surtout le signe d'une société occidentale dépassant enfin la hantise du prosélytisme, et comprenant que les religions sont une source d'inspiration et de profondeur indispensable dans des sociétés libres. Le charme et la simplicité de François n'y sont pas pour rien: malin comme un jésuite et candide comme un enfant, le pape s'adresse à toutes et tous, et n’hésite pas à appeler les problèmes et les miracles de l'existence par leurs noms.

Tour à tour, on voit -au fil d’images d’archives- François rencontrant avec un égal respect représentant-es d'autres religions, habitant-es des bidonvilles, réfugié-es, victimes de catastrophes, prisonnier-es... Puis on le «rencontre» nous aussi, par un processus de caméra qui le fait regarder spectatrices et spectateurs droit dans les yeux. Il pose en peu de mots l'essentiel de l'Évangile à redécouvrir dans la sobriété volontaire par égard aux pauvres et à la création, le temps à retrouver en acceptant de le perdre «en jouant avec ses enfants», le scandale de la mort des innocents et la seule réponse possible de l'amour. Il cite Dostoïevsky, Gandhi. Cette façon de rencontrer individuellement chacune et chacun -dans la foule ou au-delà de l'écran- illustre avec éloquence la force efficace de la compassion et de la solidarité, contre tout sentiment d'impuissance. La disponibilité, l'écoute et le non-jugement se disent dans sa présence non comme de simples attitudes mais comme un acte d'ouverture au mystère de l'Autre.

On peut s'étonner bien sûr qu'un grand artiste comme Wenders ait pu, après la fulgurance esthétique des Ailes du désir comme de ses documentaires sur Pina Bausch ou Sebastião Salgado, se focaliser autant sur l'efficacité du «message» d'un «Homme de parole», quitte à risquer de sacrifier une part de créativité filmique. Mais, d'une part, il est beau de voir un artiste au renom assuré risquer bien des critiques, pour saisir l'opportunité de dire avec le pape la réalité alarmante d'une crise socio-économique, écologique et spirituelle sans précédent, et l'urgence d'une responsabilisation de toutes et tous, individuellement et structurellement. D'autre part, Wenders met discrètement son talent au service de ce geste artistique positivement populaire, voulu le plus universellement accessible. Il encadre le discours en actes de François par des images de la ville d'Assise balayée par les saisons, montrant l'éphémère et le renouveau mystérieux de la vie: pas de croissance humaine sans questionnement existentiel ni face-à-face avec le mystère et la mort, que le pape évoque, sans pudeur devant le trésor de l'Évangile, ni violence faite à la liberté de conscience. En faisant apparaître en filigrane du présent un autre réformateur, François d'Assise pleurant parmi les opprimés et s'émerveillant des beautés de la nature, Wenders donne une couleur à la fois terrienne et mythique à la radicalité et à la tendresse universellement fraternelle du pape jésuite.

Un beau film simplement parce qu'il dit les potentialités les plus belles de l'humain, pour espérer rendre l'humanité plus belle de manière effective. «L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art», comme disait Robert Filliou.

Julien Lambert sj

Un film sortie le 13 juin, à découvrir encore dans les salles de cinéma suisses.

 

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