Puisque le deuxième commandement est semblable au premier, Jésus a élevé l’amour du prochain à la hauteur de l’amour de Dieu, il a même donné sa vie afin de «rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés» (Jn11,52). Le rapport aux autres authentifie le vrai disciple, la concorde entre les fidèles garantit l’efficacité de la prière et témoigne de la présence du Christ parmi eux.
Loin de toute conception romantique de la vie en commun, Jésus sait d’expérience qu’il y aura des disputes entre ses disciples, de la concurrence, des incompréhensions, de la jalousie, des faiblesses, sans oublier les inévitables contestataires qui sèment la discorde et mettent en péril l’unité du groupe. Au cours de ses pérégrinations à travers la Galilée et la Judée Jésus en avait fait l’expérience en arbitrant les tensions entre ses douze compagnons.
Jésus modère le zèle des intransigeants, il demande à ses disciples de ne pas se substituer au jugement de Dieu, de se garder d’exclure trop vite les pécheurs. Et pour cause: la manière dont vous résoudrez vos différends peut avoir des conséquences que vous n’imaginez pas. Elle pourra ouvrir ou fermer le ciel aux autres: «Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel.» Au cours de l’histoire de l’Église, bien des personnes ont perdu le chemin du paradis à cause de la façon dont elles ont été traitées par certains détenteurs de l’autorité.
Pour Jésus, plus que de comptes à régler, une vengeance à prendre, ou un code pénal à appliquer, c’est le respect des petits, des faibles, des pécheurs qui doit l’emporter. Gare à qui les fera trébucher! Pour ne perdre personne en route, Jésus ne compte pas sur des contrôleurs. Il veut des facilitateurs pleins d’amitié et de solidarité, soucieux de ne pas laisser les autres s’égarer tout en respectant leur liberté.
«L’Église n’est pas une douane, mais la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile», écrivait le pape François à la veille d’engager l’Église sur le sentier de la synodalité.
À partir de ce principe de base Jésus propose une procédure pour gérer les conflits. Qu’on commence par s’expliquer, à faire route ensemble (c’est la signification du mot synode), en se parlant d’homme à homme, en toute discrétion, sans porter aussitôt le débat sur la place publique ou les réseaux sociaux. Avec les têtus difficiles à convaincre, mieux vaut élargir le débat en recourant à des médiateurs, des témoins fiables acceptés par les deux camps. Quant aux obstinés qui refusent de jouer le jeu de la fraternité, il revient à la communauté d’arbitrer le cas. Avec les opiniâtres qui n’en démordent pas, après avoir tout tenté il ne reste plus qu’à respecter leur choix sans les retenir contre leur gré. Un épisode récent illustre le cas. En dépit de leurs protestations purement verbales, il a bien fallu prendre acte de leur entêtement à se reconnaître étrangers à la communauté, et les laisser s’en aller sur leur orbite.
«Inévitables conflits» (Mt 18,15-20) - méditation de Pierre Emonet sj pour le dimanche 6 septembre 2026