Étude pilote sur les abus sexuels au sein de l’Église en Suisse

Ce mardi 12 septembre, les deux professeures, Monika Dommann et Marietta Meier, ainsi que les quatre membres de l’équipe de recherche du séminaire d’histoire de l’Université de Zurich ont présenté, comme annoncé, les résultats du projet pilote sur l’histoire des abus sexuels dans le contexte de l’Église catholique romaine en Suisse depuis le milieu du XXe siècle. En outre, la CES, la RKZ et la KOVOS ont détaillés les mesures adoptées.

Comme le souligne Maurice Page dans son article pour cath-info, «la création d’une instance nationale d’accueil et d’écoute des victimes d’abus sexuels dans l’Église est la principale mesure promise par Mgr Joseph Bonnemain en réponse à la présentation de l’étude pilote, le 12 septembre 2023 à Zurich.»

«Nous ne devons pas seulement nous excuser pour les abus sexuels commis dans le cadre ecclésial, mais aussi réparer et prévenir et surtout ne plus jamais minimiser ou dissimuler», a déclaré Mgr Joseph Bonnemain devant la presse.

Le rapport parle de 1002 «cas» d’abus sexuels sur 921 victimes pour 510 auteurs, des abus perpétrés entre 1950 et 2022. Le point culminant des cas se situe dans les années 50 et 60. Au cours de la période étudiée, le nombre a tendance à diminuer. Les trois quarts des personnes concernées sont mineures et la majorité d'entre elles (56 %) sont de sexe masculin. Les 510 auteurs sont presque exclusivement des hommes.

Au-delà de l’horreur des chiffres, la conclusion du rapport n’étonne guère le Père Fellay sj qui s’exprime dans le Journal Le Temps : «J’ai moi-même d’abord sous-estimé ce problème, croyant qu’il s’agissait de cas individuels avant qu’ils ne m’apparaissent d’une ampleur systémique», avoue l’historien jésuite. «Dans les années 1990, j’étais directeur du Centre interdiocésain de formation théologique, où je travaillais avec les futurs séminaristes à une formation psychologique. Je me suis alors rendu compte que beaucoup manquaient de maturité, sur leur sexualité notamment. Nous avons tenté de mettre en place des modules pour sonder l’équilibre affectif des gens.» Il poursuit: «En 2016, j’ai quitté cette activité sacerdotale et, une année plus tard, deux directeurs de séminaires m’ont menacé de plainte pénale car j’avais dit dans une interview que la préparation n’était pas suffisante pour contrer les abus sexuels. J’ai alors réalisé que les évêques savaient ce qui se passait, mais étaient terrorisés. Ils ne se seraient pas gênés pour dénoncer un prêtre qui, par hypothèse, aurait commis un hold-up, mais n’osaient pas toucher à un prêtre ayant abusé d’un enfant. Car le malaise était plus profond. Tout le corps épiscopal a un problème avec la sexualité.»

La loi du silence

Jusqu’au tournant du millénaire surtout, la protection de l'Église, des auteurs et des responsables aurait en effet prévalu malgré la connaissance des cas d'abus sexuels. La stratégie consistait le plus souvent à taire et à dissimuler les cas ou à les minimiser. Les coupables avérés ont souvent été transférés dans un autre canton suisse ou à l'étranger. Le droit pénal ecclésiastique n'a guère été appliqué dans la pratique.

L'évêque Joseph Bonnemain, responsable du sujet des abus sexuels au sein de la Conférence des évêques suisses, estime que toutes les personnes travaillant aujourd'hui dans l'Église ont une responsabilité. «Nous devons nous engager pour un changement de culture. La génération à venir a droit à une Église purifiée», a-t-il ajouté. «Seule une Église non-violente a une raison d'être». Les responsables sont appelés à s'attaquer également aux problèmes systémiques. Concrètement, il a évoqué les constellations de pouvoir dans l'Église, le rapport à la sexualité ainsi que l'image des prêtres et des femmes. Il a demandé une meilleure formation et une meilleure politique du personnel dans l'Église et a annoncé des mesures concrètes à la suite de l'étude pilote. Ainsi,

les futurs prêtres, diacres permanents, membres de communautés religieuses et autres agents pastoraux devront passer un examen psychologique standardisé dans le cadre de leur formation.

En outre, «des points de signalement indépendants seront créés dans toute la Suisse, afin que les abus puissent être déclarés plus facilement et que les mesures nécessaires puissent être prises rapidement. Nous examinerons désormais les futur·e·s collaboratrices et collaborateurs de l’Église de manière plus critique qu’auparavant quant à leur aptitude. La gestion du personnel est professionnalisée et la destruction de dossiers est prohibée.»

Les organisations ecclésiales suisses ont fait savoir que la conception du ministère des ministres ordonnés et la responsabilité de surveillance et de direction dans les diocèses, les communautés religieuses et les autorités de droit public ecclésiastique nécessitaient également des ajustements et un développement ultérieur.

Au nom des ordres religieux et des communautés de vie consacrée, l'abbé Peter von Sury a déclaré: «Nous devons vivre avec cette culpabilité. Nous voulons nous engager pour que de telles choses ne se reproduisent plus». Les ordres religieux sont actifs dans la pastorale et jouissent d'une grande confiance, a-t-il ajouté. Les coupables en ont profité. Certaines formes de vie religieuse mal orientées constituent en même temps un terrain propice aux violations des limites et aux abus. Le débat sur les conséquences et les mesures nécessaires doit être poursuivi activement au sein de la KOVOS. Il a appelé tous les ordres et communautés à collaborer loyalement et de manière coopérative à la poursuite des travaux de recherche.

Qui a mandaté cette étude ?

Les mandants de l'étude sont les trois organisations nationales de l'Église catholique en Suisse: la Conférence des évêques suisses (CES), la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ, organisation faîtière des Églises cantonales suisses) et la Conférence des associations des ordres religieux et autres communautés de vie consacrée (KOVOS). «Tout doit être mis sur la table, et sans ménagement», a déclaré Renata Asal-Steger, présidente de la Conférence centrale, lors de la présentation des résultats de l'étude. La vision globale et le regard objectif et sobre de la science auraient fait défaut jusqu'à présent. L'Église doit une recherche et une analyse indépendantes en premier lieu aux personnes concernées et à la société. La mission de l'Église est de regarder, d'écouter et d'agir. Les commanditaires n'ont aucune influence sur la conception de l'étude, l'équipe de recherche et le conseil scientifique.

Le projet de recherche lancé il y a un an doit être poursuivi sans interruption. Dès le mois de juin, les organisations ecclésiastiques ont convenu avec l'Université de Zurich d'un projet de suivi de trois ans, qui commencera début 2024. L'accent sera également mis sur les structures et les causes systémiques qui permettent ou favorisent les abus dans l'environnement de l'Église.

Pour plus d’informations
Site web du projet des mandantes : www.abus-cath-info.ch
Site web du projet de recherche : www.abuscontexteecclesial.ch

A lire également sur le site de cath.ch :
Abus sexuels: l'Église promet des mesures par Maurice Page

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