“Il a décidé d’accepter chaque jour tel qu’il est et d’en tirer le meilleur.” Aumônier de prison, Beat Altembach sj, raconte:
Cet homme en détention provisoire, qui attend depuis des semaines une nouvelle audience et qui n’a aucune nouvelle de son avocat, me parle de cette acceptation comme d’une évidence. Sans elle, l’incertitude et l’attente seraient tout simplement insupportables. Il sait qu’il sera libéré un jour, et cette perspective lui donne la force de façonner le présent dans la mesure de ses possibilités. Car, au fond, il n’a pas le choix.
D’une certaine manière, cet homme décrit l’essence même de l’existence chrétienne, dont nous nous souvenons durant le temps de l’Avent. Nous aussi, nous sommes dans l’attente : celle du retour de Jésus Christ, sans savoir ni quand ni comment cela se produira. Au plus tard à notre mort, cette rencontre concernera chacun d’entre nous. Dans la foi, nous pouvons espérer qu’elle sera un pas vers une nouvelle liberté. Dans la perspective de ce moment, nous sommes, nous aussi, invités à accueillir chaque jour tel qu’il vient et à le façonner dans la mesure de nos possibilités.
Sur un point, pourtant, ce détenu n’a pas raison. Même si nous n’avons que peu d’influence sur de nombreuses contingences extérieures, cela ne signifie pas que nous n’avons aucun choix. Lui-même a exercé sa liberté de choix en optant pour la vie et en refusant la résignation, la révolte ou le désespoir. Ce n’est nullement une évidence dans les conditions humiliantes d’une cellule de prison. Mais c’est précisément là que se révèle la possibilité d’une liberté intérieure que personne ne peut nous enlever. C’est nous qui décidons si nous voulons voir le verre à moitié plein ou à moitié vide.
Nous vivons une époque éprouvante, qui suscite chez beaucoup un sentiment d’impuissance, de désespoir et de peur. La complexité du monde et le rythme effréné des événements nous poussent à rechercher des réponses simplistes et à rejeter sur autrui la responsabilité de nombreuses erreurs, afin de supporter notre impuissance et notre indignation. D’anciennes images inadmissibles redeviennent acceptables, et plus personne n’a honte d'appeler à forger des épées à partir de socs de charrue.
En ce temps de l’Avent, nous sommes appelés à sortir de notre sommeil et de notre torpeur, à rejeter «les œuvres des ténèbres» et à nous revêtir des «armes de la lumière». Il nous revient de décider par quoi nous voulons nous laisser guider: allons-nous continuer à consommer toujours plus d’images et des nouvelles sur les horreurs de ce monde, ou tournerons-nous, avec Isaïe, notre regard vers «la montagne du Seigneur», lui qui veut nous instruire de ses chemins et de sa sagesse? Qu’est-ce qui nous gouverne, et où investissons-nous notre temps et notre énergie en ces jours?
La plupart d’entre nous, espérons-le, ne vivent pas leur existence comme une prison. Mais des sentiments tels que la peur, l’incertitude, l’impuissance, l’indignation, la frustration ou la résignation ne sont sans doute pas étrangers à beaucoup. Ils font partie des «ténèbres» qui accompagnent toute vie. Pourtant, nous avons le choix de nous laisser déterminer par eux ou non. Prions, en ce temps de l’Avent, pour obtenir la liberté intérieure de décider, de dire oui à la vie, de façonner consciemment notre quotidien et nos relations, et de pouvoir proclamer avec Isaïe: «Venez, marchons à la lumière du Seigneur!»
La version allemande est disponible sur le blog du Père Altenbach sj