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COP26 - Le retour des forêts

La Suisse fait partie des huitante ou nonante pays qui, lors de la dernière Conférence des Nations Unis sur les changements climatiques (COP26) tenue à Glasgow ce début novembre 2021, se sont engagés à réduire de 30% (par rapport à aujourd’hui) leur émission de méthane. Je m’en réjouis. Car le méthane est l’un des gaz qui produit le plus d’effet de serre et contribue au réchauffement de la planète. Il y a effectivement longtemps que les écologistes les plus conscients épinglent les rizières de Thaïlande et de Chine, et pas simplement le CO2 émis par les voitures et l’électricité allemande et chinoise produite avec du charbon. Malheureusement la Chine, l’Inde et la Russie n’ont pas promis le même effort touchant le méthane. De quoi donner raison aux prédictions moroses du Secrétaire général des Nations Unies qui, avant la réunion, notait que le contexte géopolitique (l’affrontement entre la Chine et les USA) ainsi que la crise sanitaire rendaient «définitivement plus difficile» de mettre les cent nonante-sept parties d’accord pour avancer sur l'agenda.

Un autre acquis -si l’on peut dire, car il était déjà inscrit dans l’agenda pour l’horizon 2020 (sic)- est l’engagement d’une centaine de pays, dont la Suisse, à stopper la déforestation. Cet engagement couvre près de 85% des surface boisées sur la planète. La déforestation n’est pas l’exploitation des forêts -qui repoussent après l’abattage des arbres- mais la stérilisation des surface boisées du fait de la disparition d’essences d’arbres nécessaires à la régénération des forêts, du fait aussi des routes, de l’exploitation minière, de l’emprise des voies ferrées, des sites industriels ou administratifs, de l’urbanisation, et à-dernière nommée mais non pas la moindre- des surfaces occupées par les cultures assolées. Ici encore, le doute est permis touchant la bonne foi de certains pays (Brésil et Congo notamment) dont la promesse semble difficilement tenir.

J’épingle cet engagement forestier car il met au jour concrètement ce qu’exige l’écologie intégrale si chère au cœur du pape François. La réduction de la surface boisée fut inaugurée pour la planète dès l’époque du néolithique; elle commence avec la domestication des céréales il y a de cela près de treize mille ans. La culture des céréales a façonné les paysages de la planète, faisant reculer les forêts et autorisant une croissance démographique en osmose avec le développement ambivalent des civilisations.

Du croissant fertile du proche Orient aux étendues d’Amérique où triomphe la culture du maïs, du quinoa d’Amérique latine au kingke tibétain, du riz africain à l’épeautre, de l’amarante au triticale, les céréales ont permis les échanges commerciaux, l’émergence des villes, le développement des empires, le tout baigné dans des rituels à la fois symboliques et techniques, et à l’efflorescence des liturgies de fécondité. Dans cette dialectique, l’homme a forgé la nature, tout en étant façonné par elle dans ses pratiques, ses institutions et ses représentations symboliques.

Contre cette saga qui gomme la séparation trop intellectuelle entre la nature et la culture, je souligne le fait que les symboles n’ont pas la neutralité écologique que certains leur prêtent. Je n’en donne que deux exemples. La consommation de viande relève autant d’une sociologie de la distinction sociale que de la diététique. Or elle accapare une part importante des surfaces cultivées (je pense au sorgho, au soja, au maïs). Dans le même sens, j’épingle l’engouement pour le sport automobile de Formule 1.  Les responsables, se détournant de l’énergie électrique, annoncent s’orienter vers le bioéthanol et autres biocarburants; ils se gargarisent de cette énergie «100% écologique» (sic) qu’ils comptent inscrire bientôt dans la réglementation de la F1. Ils ne se rendent pas compte que la culture nécessaire aux biocarburants, tout comme l’élevage pour la consommation de la viande, renforcent puissamment la mainmise agricole au détriment de la forêt… et contribuent du coup au réchauffement de la planète.  

Auteur:

Étienne Perrot sj est un jésuite de la Province d'Europe Occidentale Francophone (EOF) qui a vécu 15 ans à Genève (de 2001 à 2016), au sein de la communauté de Carouge. Il écrit régulièrement sur le site des jésuites de Suisse depuis 2013. Il est en outre membre du conseil de rédaction de la revue culturelle suisse choisir.
Étienne Perrot, né en 1944 dans le Doubs (France). Il a enseigné  l'économie et l'éthique sociale à Paris, et l'éthique des affaires à l'Université de Fribourg 3. Il a écrit plusieurs livres, notamment Esprit du capitalisme, es-tu là ? Derrière les chiffres, discerner l’humain, Bruxelles, Lessius 2020.

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