plastiqueun article du Père Giuseppe Riggio sj,
du bureau de rédaction de l'Aggiornamenti Sociali,
paru dans le Newsletter mensuelle d'europeinfos (mars 2018)

En 2015, la Commission européenne a publié un plan d'action en faveur de l'économie circulaire, intitulé “Le chaînon manquant”. Cet ensemble d'initiatives proposait de "boucler la boucle" du cycle de vie des produits en augmentant le recyclage et la réutilisation.

Le rôle de l'Union européenne

Les matériaux plastiques sont une des principales sources de pollution en raison des techniques de production utilisées, de la toxicité des éléments émis lorsqu'ils sont incinérés pendant la phase d'élimination et aussi en raison des dégâts causés lorsqu'ils sont rejetés dans l'environnement. La situation est particulièrement grave en mer: les plastiques y représentent 80% des déchets. La dissémination des micro-plastiques, c’est à dire de fragments ne dépassant pas 5 millimètres, est également préoccupante à cause de l'impact qu’ils ont sur la santé et la biodiversité marine. En fin de compte, la dispersion des produits plastiques dans l'environnement est une cause de dégradation de l'environnement, une menace pour la santé et un gaspillage économique. Souvent ils n’ont été utilisés qu'une seule fois et ne sont pas correctement recyclés ou éliminés.

Dans le domaine du plastique, l'Union européenne joue un rôle important. Sur le plan économique, l'Union est le deuxième plus grand producteur mondial de plastique après la Chine : le secteur du plastique compte 60.000 entreprises et emploie plus d'un million et demi de personnes. Mais les pays européens sont aussi parmi les premiers producteurs de déchets plastiques (25,8 millions de tonnes par an), avec un taux de recyclage de 30%, encore considéré comme trop faible. Afin d'allier le souci de la protection de l'environnement, de la protection de la santé et des besoins économiques du secteur manufacturier, l'Union européenne s'efforce depuis plusieurs années d'améliorer la transformation des déchets plastiques et de réduire par exemple l'utilisation des sacs plastiques.

La nouvelle stratégie européenne

Depuis janvier 2018, les initiatives dans ce domaine ont été intégrées dans le cadre plus large de l'économie circulaire et figurent dans la Stratégie européenne sur les matières plastiques dans une économie circulaire. Cette stratégie propose "une nouvelle économie du plastique", dont la philosophie de base consiste à prolonger le cycle de vie du plastique par la réutilisation et la réparation ainsi qu'en augmentant le recyclage et en favorisant l'utilisation de matériaux plus durables. Les investissements destinés à renouveler les matériaux et les techniques de production vont avoir des avantages pour le système économique comme pour l'environnement et la qualité de la vie. Ce choix est stratégique car il contribue concrètement au respect des engagements pris par l'Union européenne à la COP21 de Paris pour la lutte contre le changement climatique. Il fait aussi partie des objectifs de développement durable des Nations Unies à l'horizon 2030.

En effet, la date cible de 2030 est indiquée dans le document de la Commission pour la réalisation de toute une série d'objectifs. Rappelons-en quelques-uns: rendre les emballages plastiques réutilisables ou recyclables sur le marché européen; accroître la proportion de déchets plastiques recyclés, la faisant passer de 30% à 50%; développer le marché des produits plastiques recyclés ou innovants; réduire les émissions de CO2 et la dépendance à l'égard des énergies fossiles grâce aux progrès effectués en matière de recyclage et de réutilisation; combattre la dissémination des micro-plastiques dans l'eau et réduire le plastique qui demeure dans l'environnement; enfin, réduire le nombre de sacs plastiques jetables, utilisés chaque année, à 90 par personne en 2019 et à 40 en 2026.

Un défi qui exige une large collaboration

Réaliser cette série d'objectifs nécessite une large coopération de la part de toutes les parties prenantes (opérateurs de la chaîne industrielle du plastique, citoyens, institutions nationales et locales des Etats membres) ainsi que l'emploi de différents outils. A cette fin, la Commission demande d'une part la révision de la législation existante, notamment la Directive Emballages, ou l'adoption de nouvelles normes telles que la Directive sur les déchets des navires dans les installations portuaires; elle se concentre d'autre part sur les investissements en matière d'infrastructures et d'innovation, étant donné que pour développer le recyclage du plastique, il faut trouver une nouvelle façon de concevoir les matériaux et les produits. Outre les financements déjà existants via certains fonds et programmes européens (Fonds Structurels à l'horizon 2020), un montant de 100 millions d'euros a également été prévu d'ici 2020.

Le projet défini par la Commission est ambitieux, tant au niveau des objectifs que de l'approche intégrée qui est prévue pour les atteindre. En fait, il s'agit d'établir de nouvelles méthodes de production qui ont un impact sur le système économique, et d'apporter son soutien aux changements de mode de vie et de décisions d'achat des citoyens. Hormis les outils législatifs et financiers, le succès de l'initiative dépend donc de la capacité à sensibiliser les différents échelons concernés (institutions publiques, entreprises, citoyens) afin que la perspective de la circularité de l'économie devienne réalité.

Ces quelques lignes suggèrent la pertinence de cette initiative et l'importance du thème du plastique à bien des égards (impact environnemental, intérêt économique, contributions à la qualité de la vie). Pour savoir comment aller de l'avant à l'avenir, on peut se laisser guider par différents critères et visions, parmi lesquels se trouve aussi - il ne faut pas l'oublier - l’approche de l'écologie intégrale promue par le pape François dans l'encyclique Laudato si’. Cette approche gagnerait à être davantage connue et diffusée.

Giuseppe Riggio SJ
Bureau de rédaction de l'Aggiornamenti Sociali
version originale de l’article : italien

Cet article est un résumé de l'article paru dans l'Aggiornamenti Sociali

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