MgrGintarasGrusas Vilnus

Le pape François vient d'achevé son 25 voyage apostolique en Lituanie, Lettonie et Estonie après quatre jours de visites sur des lieux symboles des années sombres de leur histoire. En 2018, ces trois États baltes (qui feront partie de la future Province jésuite d'Europe centrale avec l'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie et la Suisse) commémorent le centenaire de la restauration de leur indépendance. L’archevêque de Vilnius, Mgr Gintaras Grušas, nous partage sa réflexion sur le sens plus profond de cette indépendance. Un article paru dans la newsletter europeinfos de la Commission des conférences épiscopales de l'UE et du Jesuit European Office.

Les États baltes de Lituanie, Lettonie et Estonie célèbrent cette année le centenaire de leur déclaration d’indépendance. Cette célébration est aussi l’occasion de réfléchir au cadeau de la liberté ainsi qu’au coût de cette liberté. Un tel cadeau exige que nous œuvrions pour le bien commun et pour la paix. Les cinquante ans d’occupation soviétique nous obligent aussi à réfléchir au coût de la liberté: les souffrances, les déportations, les persécutions et les vies sacrifiées qui ne doivent jamais être oubliées.

Même si le siècle dernier a été une époque de grands changements, il est bon d’adopter une perspective historique plus large. Les relations de longue date entre la nation lituanienne et le Saint-Siège ont débuté avec l’évangélisation du pays et la couronne envoyée au Roi Mindaugas par le pape Innocent IV en 1253.

Cette année, nous commémorons aussi le 300e anniversaire du couronnement de Notre Dame de Trakai, patronne de la Lituanie, qui est la deuxième icône de Marie à avoir été couronnée par le pape en dehors de Rome. Pendant les années d’occupation soviétique, le Saint-Siège a continué à reconnaître les États indépendants de Lituanie, de Lettonie et d’Estonie, ce qui a représenté un grand signe d’espérance pour le peuple lituanien, même aux heures les plus sombres de son histoire. Ce mois de septembre marque aussi le 25e anniversaire de la visite du pape Jean-Paul II dans les États baltes, une visite importante qui a donné du courage à ces trois pays au début de leur nouveau chemin comme républiques indépendantes. Le pape Jean-Paul II avait parlé des défis qui les attendaient en matière de réconciliation et de reconstruction d’une société qui avait beaucoup souffert. Même la longue tradition d’harmonie en ce qui concerne la diversité religieuse et ethnique avait été abîmée par des tiers qui avaient provoqué des conflits dans leur propre intérêt politique.

La visite chez nous du pape François en ce mois de septembre représente un signe de la Divine Providence. Cette visite sert à renforcer le soutien inlassable du Saint-Siège à l’auto-détermination de ces petits pays et apporte un nouvel espoir aux peuples qui sont confrontés aujourd’hui aux défis de la liberté.

Intégration européenne
Au cours de ces années de liberté, la Lituanie est devenue membre de l’Union européenne, a assuré la présidence de l’Union, est devenue membre de l’OTAN et a siégé au Conseil de sécurité des Nations Unies, cherchant toujours à conserver cette paix si chèrement acquise.

À l’heure où nous nous préparons à la visite du Saint Père, nous réfléchissons aux défis de la liberté. Il ne s’agit plus aujourd’hui de se libérer de l’oppression mais de bien employer la liberté dont nous disposons en vue du bien commun.

La Lituanie a perdu 25% de sa population au cours des 25 dernières années, principalement en raison de la migration économique.

En outre, certains ont été pris dans les filets des trafiquants d’êtres humains et d’autres ont été touchés par les problèmes qui affectent la société, comme le fossé social entre les riches et les pauvres, l’alcoolisme ou le suicide. Pour beaucoup de gens, les rêves autour d’une société libre ont été annihilés par les difficultés auxquelles ils sont confrontés dans cette nouvelle société et par les changements de valeurs de la société qui contrastent fortement avec la société libre qu’ils avaient imaginée et pour laquelle ils s’étaient battus.

La visite du Saint Père est ainsi l’occasion de réfléchir au type de société que nous sommes en train de créer, à la véritable finalité de la liberté dans la société et à l’orientation que nous devons prendre sur le plan personnel comme sur le plan sociétal. La présence du pape François, qui s’inscrit dans la mission confiée à saint Pierre de fortifier ses frères, est vraiment une façon de renouveler le cadeau de la liberté, sur la base de l’espérance enracinée dans Jésus Christ, pour construire une société forte, qui respecte la valeur intrinsèque de chaque personne, sa nationalité, sa culture et sa religion. Ce message destiné aux pays baltes résonne haut et fort dans l’ensemble de l’Europe.

+Gintaras Grušas
Archevêque de Vilnius, Président de la Conférence épiscopale de Lituanie