Les jésuites –en collaboration avec des investisseurs ecclésiaux de nombreux pays– appellent les entreprises à renoncer à l'achat de minerais issus des fonds marins et à ne pas financer l'exploitation minière en eaux profondes.
Pourquoi les jésuites s’engagent-ils pour cette cause?
L’une de nos priorités mondiales est la transformation socio-écologique. En tant que jésuites, nous voulons contribuer à faire évoluer les conditions-cadres économiques afin de préserver la création et de répartir plus équitablement la prospérité. L’exploitation minière en eaux profondes cause des dommages massifs et irréversibles aux fonds marins et détruit des espèces entières. Les moyens de subsistance de nombreuses communautés côtières sont menacés. Tout ce qui affaiblit les océans réduit en outre leur capacité à agir comme puits de carbone contre le changement climatique.
De nombreux États et entreprises sont déjà dans les starting-blocks pour développer au plus vite l'exploitation minière en eaux profondes. C’est maintenant qu’il faut appuyer sur «pause» et mettre en place une réglementation stricte, avant que les faits ne soient accomplis.
Face à de tels défis écologiques, quelle est la responsabilité et quel est le rôle des Églises et des communautés religieuses?
Les Églises et les communautés religieuses sont présentes dans de nombreux pays: elles entendent ainsi les voix de ceux qui sont eux-mêmes directement touchés par les dommages écologiques ou les injustices. Leur responsabilité consiste à faire entendre ces voix et à défendre leur cause. Pour nous, en tant que croyants, écouter les «entendre les cris de la Terre et des pauvres» et y répondre n’est pas une option, cela fait partie de notre ADN.
Comment notre regard sur la nature change-t-il lorsque nous la considérons comme la création de Dieu?
Pour les croyants, le monde ne se compose pas simplement d’objets neutres: toutes les créatures ont une valeur intrinsèque et sont aimées de Dieu. Cette conviction suscite un profond respect et le désir de prendre soin d’elles. C’est précisément la mission que Dieu nous a confiée, à nous les humains, selon la Bible. Lorsque des régions entières, des écosystèmes ou des espèces sont détruits –aujourd’hui, près de 150 espèces disparaissent chaque jour en raison des activités humaines–, cela a également un lien avec notre relation à Dieu. Nous faisons partie d’une création merveilleuse, vivante et vulnérable. Voulons-nous traiter ce don divin qu’est notre vie de telle manière que nous détruisions la vie qui nous entoure, elle aussi créée par Dieu?
L’exploitation minière des grands fonds marins est-elle également une question de justice mondiale?
Comme dans de nombreux autres secteurs industriels, les bénéfices reviennent aux pays riches, tandis que les risques et les dommages sont principalement supportés par les pays les plus pauvres, les États côtiers et insulaires, qui ne participent pourtant guère aux décisions. À long terme, les conséquences sont mondiales, car tout le monde souffrira de l’aggravation du changement climatique et de la destruction des écosystèmes des grands fonds marins. À cela s'ajoute un transfert des coûts vers l'avenir: ce sont les générations futures qui paieront le prix de ce que nous faisons aujourd'hui au fond des océans. En d’autres termes: ce sont les pauvres et les générations futures qui sont les plus touchés et qui ne peuvent pas se défendre. Il est donc d'autant plus essentiel de se faire les porte-parole de leurs intérêts.
Pourquoi les jésuites mettent-ils précisément à profit leur rôle d’investisseurs ?
Avec de nombreux autres investisseurs, chrétiens dans ce cas précis, nous disposons d’un véritable levier pour susciter le changement. Sans investissements, l’exploitation minière en eaux profondes ne peut pas fonctionner, ce qui nous permet d’exercer une pression. Seuls, nous serions trop petits. Ensemble, j'espère que nous pourrons réellement faire avancer les choses.
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