société

  • Qu'est-ce qu'un synode?

    Le synode réunit les évêques à Rome autour du pape pour aborder des thèmes comme les jeunes, la famille, la Bible, les sacrements, l’évangélisation... Mais un synode, à quoi ça sert? Le site croire.com propose une définition en vidéo.

  • Quadriptyque de l'automne à l'hiver

    Trouver Dieu à vélo et dans les conflits, dans la vieillesse des autres comme dans les désespoirs de ma jeunesse

    Julien Lambert sjrelève périodiquement quelques perles tirées de son quotidien de jeune religieux à Paris, de sa vie de prière et de ses études en philosophie et en théologie. Voici sa chronique d'automne/hiver 2019.

    La gestation de Marie face au désastre écologique...

    Dieu est la JulienL Dec19

  • Quand la démesure vous soule

    UBS Godong© Fred de Noyelle/GodongPierre Emonet sj - Il y a quelques jours, mon journal m’apprenait que pour l’année 2018 le salaire annuel du directeur d’une grande banque (la deuxième!) s’élevait à 12,7 millions de francs, ce qui représente une augmentation de 30%, alors que l’action de son entreprise a reculé de 40%. Aujourd’hui le journal rapporte que l’assemblée des actionnaires de l’UBS a refusé la décharge au conseil d’administration et à la direction de la grande banque. Ce vote de défiance sanctionnerait la condamnation de la banque en France assortie d’une amende de 4,5 milliards d'euros (environ 5 milliards de francs) pour «démarchage bancaire illégal» et «blanchiment aggravé de fraude fiscale». Depuis plusieurs mois, les malheurs d’un magnat de l’automobile au Japon alimentent régulièrement la chronique. Emprisonné pour de sombres affaires financières, l’ex-patron a été en mesure de payer une caution d’environ 9 millions de francs pour sortir des cachots japonais.

    Au catalogue des sommes excessives et difficilement acceptables il faudrait encore inscrire les salaires de nombreux autres grands-patrons, les profits des multinationales «irresponsables», le prix exorbitant de certains footballeurs, l’argent public de pays «en voie de développement» détourné par les dictateurs et autres présidents-à-vie, et tant d’autres cas. Une véritable valse de l’excès étourdissante.

    Comme l’excédent de lumière éblouit et vous empêche de voir, tout ce qui est excessif devient insignifiant. L’énormité des sommes aveugle. Au-delà d’un certain seuil, telle une drogue, la démesure vous soule et vous entraîne dans un monde chimérique, à mille lieues de la réalité quotidienne du citoyen ordinaire. Disproportionnés, le scandale et l’injustice en deviennent presque irréels. Le larcin à l’étalage d’un demandeur d’asile suscite plus facilement l’indignation.

  • Quand le confinement révèle un scandale.

    En Ukraine, 46 bébés nés de mères porteuses se trouvent bloqués dans la clinique BioTexCom, Hôtel de Venise, à Kiev, dans l’attente de l’ouverture des frontières. Triste marchandise soumise aux lois du commerce en transit, ces petits attendent d’être livrés à ceux et celles qui ont passé commande. Après la traite des noirs, puis celle des blancs, voici le commerce des nourrissons nés hors sol. Débuter dans la vie comme des colis dans les hangars d’Amazon, expérience traumatisante qui augure d’inquiétants lendemains.  

    Pierre Emonet sj

  • Roger Federer !

    wIKI Federer WM16 37 28136155830Étienne Perrot sj  - Entre la demie finale et la finale du championnat de Wimbledon, il me plait de saluer le champion suisse de tennis, Roger Federer. Ayant gagné avant hier la demie finale contre un autre mythe de la raquette, Rafael Nadal, Federer affrontera dimanche prochain le champion du monde Novak Djokovic (finalement vainqueur de justesse, au terme d'une longue joute très disputée). N’étant pas un spécialiste des exploits sportifs, je laisse les commentateurs affiner leurs analyses et les parieurs quant aux prochains résultats risquer leur argent sur des intuitions plus ou moins bien étayées.

    En revanche, je ne peux pas m’empêcher de remarquer que le champion suisse, en se concentrant sur son cœur de métier, en refusant obstinément de jouer à la star, en commentant sobrement son jeu avec une lucidité rare, -il reconnaît que, dans le deuxième set contre Nadal, il a raté quelques opportunités et subi quelques défaillances lorsqu’il était au service,- voire en se coulant modestement dans cette qualité spirituelle suprême qu’est l’humour, -il évoque l’alignement des planète pour expliquer son actuel état de grâce,- bref, en étant lui-même, il désarme le chauvinisme helvétique.

    Le public de toutes les nations le reconnaît comme un concitoyen. Il en a d’ailleurs conscience, à la manière de ces orateurs qui sentent vibrer leur auditoire selon la fluctuation de la parole. Federer renoue avec l’esprit des Jeux olympiques de l’antiquité, où les athlètes n’arboraient aucun signe national, communiant dans le seul Dieu qui les unissaient tous, la beauté du sport.

     

  • Se dépayser en toute discipline

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    juillet-septembre 2019

  • Sortir de «l'assignation à domicile»

    À la sortie de notre «assignation à domicile», que reste-t-il? s'interroge Christian Rutishauser sj, le provincial des jésuites de Suisse. Le souvenir d'une agréable décélération, d'une solidarité active; ou le sentiment diffus d'une solitude oppressante, d'une organisation domestique trop exigeante. Espérons surtout que nous aurons pris conscience que l'être humain est un être humain non seulement grâce à la puissance de ses pensées ou à l'image qu'il projette. L’Église doit elle aussi tirer les leçons de cette expérience: le culte et la prière ne doivent pas être uniquement pratiqués institutionnellement. Notre Église a aussi besoin d'une liturgie "de famille" et de formes de prière communes et structurées, même quand le personnel d'église vient à manquer.

  • Superstitions

    Nous baignons depuis plus de trois siècles dans le rationalisme du XVIIe siècle. Mais en dépit de Descartes, de Spinoza, de Leibnitz, en dépit des sarcasmes des Encyclopédistes du XVIIIe siècle et des moqueries de Voltaire, en dépit des efforts pédagogiques prodigués par les hussards noirs de la République, la culture des Français, -je ne dis pas la culture française,- baigne dans la superstition. Plus de la moitié, parmi nos compatriotes, croient aux horoscopes; beaucoup portent des fils de laine, des amulettes, des grigris, qui leur font croire qu’ils sont mystérieusement protégés; certaines manies du même type sont difficiles à éradiquer, comme celle de ne jamais serrer les mains d’un voisin en croisant le check-hands d’un autre couple, -sans parler de passer sous une échelle, de briser un miroir ou d’éviter les coups de lune,-.

    Toutes ces superstitions, accrochées ou non à un objet s’ajoutent aux sacrements, «biens de salut» comme disent les sociologues, qui, en dehors de toute foi religieuse, crée autour de soi un cocon de confort dont on a besoin parce qu’ils aident à exorciser la peur. Le surcroît de confiance que ces objets apporte augmente le potentiel humain et ancre les croyances. Il n’est pas jusqu’aux théories du complot devant les épidémies, les catastrophes sanitaires ou sociales, -de la vache folle au coronavirus,- qui ne nourrissent la superstition.

    «Je suis chrétien, je ne suis donc pas superstitieux», me disait mon grand-père. Je me suis longtemps demandé pourquoi. La raison m’en semble que la superstition charrie avec elle l’idée que l’on maîtrise son destin. Avec un grigri, on se sent, comme disait Descartes, «maître et possesseur de la nature» par le moyen d’un outil, parmi les plus simples à manier. Certes, comme le téléphone, les voitures d’aujourd’hui, ou les technologies informatiques, le fonctionnement de l’outil n’est pas toujours compréhensible; mais il est facilement utilisable. Cette apparence de maîtrise prend le contrepied de la foi qui est, loin de la certitude et de la suffisance, comme la marche à pied, qu’une chute dans le doute, mais une chute perpétuellement amortie.

  • Un délit qui n’en est pas un!

    Jeudi 11 avril, le Ministère Public de Neuchâtel a auditionné le Pasteur Norbert Valley, poursuivi pour avoir logé et nourri un requérant d’asile togolais dont la demande a été refusée. L’homme était à la rue pendant la mauvaise saison. Ainsi donc, apporter son aide à un homme sans domicile et affamé constitue un délit d’un nouveau genre.

  • Un été repeint en vert

    Pour Julien Lambert sj, s'éloigner un moment des études, ce n'est pas arrêter d'apprendre. «La peinture, la marche méditative ou le jardinage m'ont fourni cet été d'autres langages pour percevoir le monde et ses textures diverses, ses dynamiques de croissance intérieures... en alternative aux désastres de la croissance économique.»

    Recréer le monde par la peinture, pour voir autrement la Création

    Je n'avais pas dessiné depuis mon enfance, où je m'escrimais à faire des femmes qui n'aient pas l'air d'hommes avec une serpillère sur la tête.
    Je me suis inscrit, un peu fébrile et sceptique, à une semaine de peinture et méditation, en silence, dans notre centre spirituel de Bad Schönbrunn. L'animateur, Jörg Niederberger (un pro de l'abstrait), nous demande de choisir un coin de parc et d'y rester toute la semaine, pour réinventer notre "réponse" au même paysage... extérieur et intérieur. Je m'acharne d'abord à trouver les nuances de vert, les proportions entre les arbres.
    Jörg me libère en me disant de "quitter ma chemise de pénitent", de lâcher formes et couleurs sur le papier, de peindre non pas ce que je sais (le ciel est bleu..), mais ce que je sens, ce que je vois des choses, ce qu'elles me disent. Sans me juger, sans savoir ce que ça vaut, ni d'avance ce qui sortira. Alors je regarde longuement ce qui m'apparaît, sans urgence de peindre. Et peu à peu ça déferle, intuitions et tentatives en appellent toujours d'autres, aiguisant la curiosité et le plaisir. Chaque page est un nouveau commencement.
    Je me laisse porter, d'un savant équilibre de formes et de couleurs, à une évocation japonisante, en quelques silhouettes, du même étang bordé d'arbres, devenus familiers; de la transposition d'une méditation biblique vue précédemment en prière (dans ma retraite de huit jours au même endroit), à un festival de couleurs et de lignes de force pour dire ma colère devant le désastre écologique; je m'autorise le dessin, le plaisir du personnage naïvement suggéré, je m'autorise l'abstrait, les longues bandes et flaques de couleur qui font passer des chevauchements d'émotions et de ressentis informulables.
    Sorti un peu ivre et très apaisé de ces traversées où le temps s'oublie (nous peignons huit heures par jour), je remarque que chaque coin du monde où se posent mes yeux a soudain gagné une densité et une texture, une beauté toute neuve. Le créateur, en me permettant de partager un peu de sa folle liberté, me restitue l'infini du monde à portée de main et de pinceau, à portée d'œil, de cœur...

    LesEtangs JulienLambert 2019

    Retraite spirituelle écologique: se laisser aimer avant de penser à agir

    Vingt participant-e-s, francophones et germanophones, entre 21 et 71 ans, randonnent en méditant sur la conversion écologique...
    Une conviction: les gens n'ont aujourd'hui plus besoin d'être ouverts à l'importance du problème écologique. Ils n'ont même plus besoin d'exercer leur compassion: dans ces préalpes appenzelloises si belles mais couvertes de fermes, où les animaux sont exploités avec force technologie, la perception plus aiguë qu'offre la méditation silencieuse trouve des retraitants choqués, parfois désespérés. Les longues messes, où se partagent ces catastrophes sociales et environnementales que chacun-e connaît, on en porte certes quelque chose devant Celui qui transforme tout. Mais que faire de l'impression aujourd'hui si fréquente d'être submergés et impuissants?
    Une découverte est alors pour moi de sentir, grâce à Christoph Albrecht sj qui écoute et accompagne le groupe avec moi, que les fragilités personnelles et les histoires de vie qui sont travaillées dans les retraites "classiques", apparaissent aussi ici en rapport étroit avec les problèmes du monde. Cette peur et cette culpabilité trouble face à la catastrophe, plutôt contreproductives, demandent moins un déclic écologique, moral, qu'un déclic de foi. Admettre jusqu'au bout de nos fibres les plus intimes que Dieu aime et (re)crée chaque créature, qu'il nous aime chacun-e avec nos contradictions, notre participation à cette culture consumériste et gaspilleuse, de cet amour fou qui nous libère et nous porte à aller, donner, risquer... voilà ce qui seul peut nous permettre de prendre notre place, courageusement et modestement, dans cette société qui perd les pédales et veut au fond sincèrement changer.
    Voilà ce que des participant-e-s reçoivent, en méditant la Résurrection de Jésus ou les "Correspondances" de Baudelaire, en percevant la parole cachée pour eux, dans un ruisseau ou un brin d'herbe comme dans l'encyclique du pape Laudato si' et ses encouragements à contempler et vivre sobrement. Recueilli dans ce silence qui est toujours un combat et une grâce tant désirée, ils et elles le partagent le soir dans une précieuse ronde, souvent avec larmes et lumière sur le visage, donnant à d'autres d'en faire leur pain quotidien.

    CrisEco Julienlambert 2019

     

    Ces plantes qui me travaillent le cœur, cette sobriété qui redonne goût aux choses...

    «Il faut enfin que je mette les mains dans la terre, pour arrêter de parler d'écologie abstraitement...»: comme tant d'autres jeunes citadin-e-s désireux/ses de remplacer pour un été la plage par le jardinage, j'ai passé le mois d'août à La Borie Noble, domaine agricole dans un coin de France, divinement loin des villes et des bruits de voitures. Une de ces Communautés de l'Arche (pas celles de Jean Vanier) fondées dans les années 1960 par un disciple de Gandhi, Lanza del Vasto, jadis suivi par moult hippies. Quelques compromis se sont introduits, depuis le temps de l'autonomie alimentaire, de l'absence d'électricité et de tracteurs, des ateliers de tissage et de poterie auxquels tou-te-s se formaient; mais j'ai encore pu savourer, dans l'éclairage à la bougie, la douche froide ou la lessive dans des lavoirs en pierre, des moyens précieux de retrouver dans ma chair le goût et le respect des ressources naturelles.
    Vieux briscards bricoleurs ou jeunes femmes déterminées et créatives, la communauté réduite ne se berce plus d'idéaux. Elle cultive une qualité et une saveur de vivre. J'ai appris à traverser une journée après l'autre, scandée par les ménages, les désherbages et cueillettes, les pluches de légumes matinales comme un joyeux rituel collectif, de longs repas végétariens sous les arbres, entre rires et rêveries. Les grandes luttes militantes contre le nucléaire ou les OGM avaient plus occupé leurs aînés. Aujourd'hui, la dimension de gratuité et de douceur, qui m'a donné d'abord l'inquiétude d'être bercé par une vie cyclique, est en fait à mes yeux devenu un témoignage incarné et inspirant, de priorités alternatives, à cultiver pour notre société.
    Ces fameux wwoofers (1) qui échangent leur travail contre l'hébergement gratuit et l'expérience d'une agriculture bio, essaimeront ainsi ces inspirations alternatives. Les discussions avec elles et eux sont riches en questions existentielles et religieuses, que la préoccupation écologique éveille. Souvent, la spiritualité les attire, autant que le christianisme leur est suspect. Un peu inquiet parfois de leur détachement à évoquer la disparition possible d'une humanité dévastatrice, je suis souvent touché par leur amour et la connaissance de la nature qu'ils ont glanée.
    Enfin, je vois mon intuition se réaliser sur moi: le voisinage des plantes change le cœur et l'esprit. Accompagner lentement leur croissance, se battre avec des liasses d'herbe et une fourche pour dénicher une maigre gousse d'ail, recevoir enfin une courgette géante, une fraise insoupçonnée de sous une feuille ou une carotte inespérée: me laisser travailler par la terre, ses âpretés, ses générosités et ses mystères... cela me fait mesurer qu'on ne cultive pas ses fruits, mais qu'on coopère avec des millions d'autres créatures; qu'on n'en perd jamais rien, mais qu'on laisse leur part aux insectes et aux oiseaux; que seul l'humble accord avec son fonctionnement propre peut réconcilier en pratique nos visions du monde et nos styles de vie, avec les écosystèmes qu'actuellement ils blessent.

    Jardinage Julienlambert 2019

     

     1. World Wide Opportunities on Organics Farms, www.wwoof.fr

    Julien Lambert sj relève périodiquement trois perles tirées de son quotidien de jeune religieux étudiant à Paris. L'année universitaire écoulée fut une «intense année de méditation, d’études philo-théologiques et de vie religieuse au quotidien dans la mégapole parisienne» pour le cadet des jésuites suisses. L’occasion d’une relecture spirituelle, humoristique et «humeuristique», de ses expériences théâtrales, féministico-ecclésiastiques et émotionnelles…

  • Une Messe au cœur du monde

    titlis Denis Linine de Pixabaypar Jean-Blaise Fellay sj - Pierre Teilhard de Chardin sj se trouvait dans les solitudes du désert de Gobi quand il rédigea la Messe sur le Monde(1), il n’avait pas alors la possibilité de célébrer la liturgie. Il m’est arrivé également, plus d’une fois, lors d’expéditions, d’être saisi d’une émotion profonde face à des paysages à la beauté stupéfiante. À l’aube, par exemple, quand la lumière découvrait des horizons si vastes qu’ils donnaient une impression d’infini. Cette immensité laissait concrètement ressentir les dimensions surhumaines de Dieu. J’ai eu la chance de le vivre de nombreuses fois au cours d’une longue carrière de guide de montagne.

  • Venezuela: Trop, c'est trop !

    Les jésuites vénézuéliens disent «trop, c'est trop!» Face à l'escalade de la violence au Venezuela, à la famine et l'extrême pauvreté que connaît le pays, la Compagnie de Jésus, par le biais de ses divers organismes, a déclaré: «Nous vivons dans un état qui a été saisi et violé par un gouvernement dictatorial». Ils dénoncent en outre la «répression aveugle et systématique de la population civile» par le gouvernement du Président Nicolas Maduro. «En tant que dirigeants chrétiens, nous avons la tâche d'accompagner les personnes dans ce long vendredi de la Passion qu'ils vivent.» Ce message des jésuites fait écho à la voix «claire et courageuse» des évêques du pays. Pour en savoir davantage (en espagnol)...

  • Violence du christianisme

    Étienne Perrot sj - Voici quelques jours (22 mars 2019), un étudiant iranien converti au christianisme «car, il y découvrait, disait-il, une religion de paix» s’est vu refuser un visa par le Département de l’intérieur du Royaume-Uni. Doutant de sa véritable motivation, l’administration britannique avait justifié sa décision en supputant que la religion chrétienne est une religion de violence. La preuve? Les bureaucrates britanniques l’ont trouvé dans des passages de l’Apocalypse de saint Jean, dans lesquels on trouve des images «de vengeance, de destruction, de mort et de violence». À choisir parmi les textes les passages qui concourent à la démonstration que l’on désire, on peut en dire autant de la religion juive: les psaumes sont remplis de versets haineux; la terre promise fut conquise par la violence. -C’est d’ailleurs ce que le philosophe Roger Garaudy, converti à l’Islam, avait épinglé, ce qui l’avait conduit devant les tribunaux pour antisémitisme. -Il avait été relaxé.- Et je ne parle pas de l’Islam: la fuite à Médine par le prophète Mohammad fut suivie d’un retour les armes à la main.

    Bref, le texte du Nouveau Testament chrétien a servi de caution à l’interprétation de l’administration britannique: «Ces exemples sont incompatibles avec votre affirmation selon laquelle vous vous êtes converti au christianisme après avoir découvert qu’il s’agit d’une religion «pacifique», par opposition à l’islam qui contient violence, rage et vengeance», précise la lettre du ministère de l’intérieur.
    Cette décision a enflammé les réseaux sociaux. Finalement le Ministère est revenu sur sa décision.

    J’épingle le cœur du scandale. Il est double. D’une part, contre la Déclaration des Droits humains (ONU 1948), une discrimination est officiellement prescrite sur la base d’une opinion religieuse. D’autre part, -et même les plus laïcards peuvent s’en sentir offensés-, la décision administrative britannique met à mal le principe selon lequel les convictions religieuses sont une affaire privée. Ce qui interdit, comme ici, une interprétation politique donnée d’un texte religieux. Cela n’a pas échappé au président (anglais) de l’association pour l’avancement du sécularisme. Faut-il rappeler que, dans le domaine religieux comme dans toutes les questions dites de société, l’État de droit interdit à l’administration de se substituer à la conscience personnelle pour interpréter les choix de chacun (que ces choix soient vestimentaires, alimentaires ou religieux). Ce qui n’empêche aucune mesure d’ordre public.

    Étienne Perrot sj

  • WC & CEVA

    Étienne Perrot sj - L’empereur romain Vespasien, ayant imposé une taxe sur les WC publics, prétendit que, selon la formule célèbre «l’argent n’a pas d’odeur». Ce qui n’est plus entièrement vrai. La raison en est moins que les billets se transmettent entre des mains crasseuses, qu’au nom de la lutte contre l’évasion fiscale: désormais certains billets sont enduits d’un produit qu’un chien, entraîné par des douaniers compétents, peut facilement détecter. Le souci d’économie va peut-être conduire à inverser le propos, du moins sur les lignes ferroviaires du CEVA (liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse): les haltes seront démunies, paraît-il, de Toilettes publiques. Pour peu que, comme dans les RER parisiens et la plupart des trains régionaux français, les WC situés à l’intérieur des wagons soient fermés, voire inexistants, l’odeur des lieux d’aisance se répandra aux alentours. Morale de l’histoire: l’argent n’a peut-être pas d’odeur, mais aussi le manque d’agents, témoignant d’un manque d’argent, lui, peut en avoir une.

    Parler de bien commun, ici, semblerait hors de propos, voire incongru. Et cependant…! Le bien commun ne consiste-t-il pas en ceci: que chacun puisse assurer ses responsabilités personnelle -ici le respect de l’environnement immédiat- dans la solidarité de tous. D’où les diatribes inhérentes à tout ce qui touche l’organisation de la vie en société.

    Pour les défenseurs de l’intérêt général, les «lieux d’aisance» (comme on disait au XVIIe siècle) non seulement coûtent chers, tant pour leur mise en place que pour leur entretien et leur nettoyage, mais encore -et surtout- favorisent les trafics de drogue et les promiscuités douteuses; il faut donc attaquer le moyen -supprimer les WC- pour prévenir la finalité -un transports à moindre frais et socialement plus sûr-. À quoi l’on peut répondre que l’hygiène publique présente des exigences tout aussi valables. La discussion ne fait que commencer.

    Étienne Perrot sj

  • Youtube. Police des opinions

    fake Étienne Perrot sj - Tout a été dit sur les fake news, ces fausses nouvelles qui se répandent d’autant plus qu’elles surfent sur un phénomène bien connu des économistes: les réseaux. Dans une économie de réseau, celui qui gagne n’est pas toujours le produit de meilleure qualité, mais le produit qui affiche le plus grand nombre de consommateurs, de lecteurs, d’auditeurs ou d’adhérents. Car, dans un réseau, la quantité fait partie de la qualité. C’est évident pour un réseau de téléphone. Si je suis le seul à posséder un téléphone, l’objet ne peut me servir qu’à décorer mon salon. À l’inverse, un réseau d’agences est de qualité d’autant plus grande que les agences auxquelles je peux m’adresser sont nombreuses. Ce phénomène est confisqué jusqu’à l’absurde par les publicitaires qui annoncent fièrement le nombre de livres vendus, ou la masse des spectateurs d’un festival, comme si ce nombre traduisait la qualité de l’ouvrage.

    De l’absurde, on passe au pervers dans le domaine des opinions véhiculées sur le Web. Sans même invoquer un phénomène bien analysé par les psycho-sociologues qui ont constaté que le niveau intellectuel des individus en foule est plus faible que lorsque chacun réfléchit seul, il a été mesuré que sur les réseaux électroniques, la tendance spontanée de l’internaute est polarisée par les sites proches de ses propres opinions; chacun contribue ainsi à favoriser ses propres tendances, au détriments des opinions proches de la moyenne. Le phénomène de réseau joue alors à plein, sans la limite que constitue l’expérience personnelle du produit. Le succès appelle le succès. C’est ainsi que se répandent sur la toile les opinions les plus farfelues concernant les extraterrestres, l’écologie, les découvertes prétendues révolutionnaires, les capacités de telles substances ou pratiques ésotériques ou les frasques des politiciens.

    En France, sur certains points d’histoire, les négationnistes sont cernés par la loi. Aussi historiquement soient-elles fondées, de telles législations mémorielles provoquent sur la toile les réactions attendues: on crie au complot! «On vous ment. Les vérités officielles sont fallacieuses». Dans cette logique, avec de bonnes intentions, certaines associations contestent systématiquement les tests sur lesquels prétendent se fonder les changements de réglementation. Il est vrai que les chiffres ne garantissent pas à eux seuls la vérité scientifique. Ce qui rend plausible le jugement populaire: tous pourris.

    Certaines plateformes électroniques, dont YouTube, se sont emparées du problème, et ont mis en place des services destinés non seulement à faire disparaître les propos injurieux, les images les plus atroces, mais également, selon le titre d’un journal genevois du mardi 29 janvier 2019, les théories qui dénoncent systématiquement des complots ou des conspirations. Sont également visés par YouTube les propos trompeurs ou manipulateurs. Les contrevérités les plus massives (terre plate, réussites médicales quasi miraculeuses, transmigration de la matière) se verront donc bridées. Sur ce point, je n’ai rien à redire. Mais, qui va juger des propos trompeurs ou manipulateurs. Je ne prends qu’un exemple banal: comme toute parole publique, venue d’un politicien, d’un représentant d’entreprise ou d’un lobby, la prédication dans un temple protestant -ou transmis sur la Toile- apparaîtra trompeur pour un positiviste qui ne croît qu’à ce qu’il touche; il paraîtra manipulateur à quiconque ne fait pas la différence entre une expérience renouvelable dans les conditions scientifiques habituelles et l’expérience singulière propre à une religion vécue personnellement.

    Finalement, laisser aux gestionnaires d’une plateforme électronique le soin de juger de ce qui est fallacieux ne peut porter du fruit que si le contrôleur peut également être contrôlé. Ce qui devrait être le rôle premier des bons journalistes. À défaut de quoi, le syndrome du DDT se renouvellera. Le DDT est très efficace pour tuer les acariens; ce qui ne l’empêche pas d’être dangereux pour l’écologie, les animaux et les êtres humains.

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