société

  • De la désobéissance civique à la lutte par l'assiette

    Couv choisir 694choisir n°694
    janvier-mars 2020

  • De la perte des inhibitions sur les réseaux sociaux

    L’écriture a quelque chose d’une thérapie -aisément accessible à tous grâce aux réseaux sociaux. C'est sans doute une bonne chose, mais cette réalité peut se révéler déplorable: en effet, on trouve sur ces plateformes, entre autres choses, des attaques tous azimuts, des insultes, des propos haineux et des menaces de mort. Je m’interroge: ces énoncés non filtrés lancés dans l’espace digital ont-ils vraiment un effet thérapeutique? Et que faire des insultes, des discours de haine et du verbiage idiot qui s’y étalent? se demande Christian Rutishauser sj, provincial des jésuites de Suisse.

  • Dessins de presse

    EpingleChappatte Expo2020© ChappatteÀ l’occasion de l’exposition du dessin de presse, présentée au Musée des Beaux-Arts du Locle, j’épingle le rôle de l’humour dans la vie sociale. Comme le signale un confrère de la presse romande, l’exposition, «conçue autour de Chappatte (…) célèbre l’importance du dessin de presse comme outil démocratique» (site du Temps, jeudi 13 février 2020). C’est dire trop et trop peu.

    Le dessin, fut-il de presse ou d’illustration d’un livre, d’un document administratif, n’a pas la même fonction que l’écrit. Le dessin vise à ébranler, à déranger, à émouvoir, à indigner. Il agit sur les motivations. Il cherche à faire bouger. -Un schéma vaut mieux qu’un long rapport, disait Napoléon.- Ce rôle pratique est indispensable pour une vie démocratique qui ne se contente pas de juxtaposer des opinions divergentes murées dans des convictions isolées et agonistiques. À la manière d’un schéma et à la différence du dessin d’art, le dessin de presse est présenté sur un horizon d’action. C’est la raison pour laquelle un dessin de presse tend toujours vers la caricature. Mais il est malhabile pour expliciter les linéaments d’une pensée et la logique d’une position. Comme le flash, le dessin éclaire violemment un point crucial. Il travaille dans l’immédiat. C’est pourquoi le rôle complémentaire du rédacteur est indispensable si l’on ne veut pas simplement ébranler, mais également nourrir l’intelligence.

  • Eduquer à internet pour lutter contre les abus sexuels

    Le confinement lié à la pandémie de la Covid-19 a provoqué une nette recrudescence des abus sur mineurs via internet, a constaté, le 18 juin 2020, le Père Hans Zollner sj. Pour le directeur du Centre pour la protection de l’enfance de l’Université pontificale grégorienne de Rome, l’Église doit renforcer son effort d’éducation dans les familles comme dans les séminaires ou couvents.

  • Élections kirghizes sous la loupe du Père Malinowski sj

    KirghizstanLe jésuite Adam Malinowski sj témoigne du caractère positif des élections au Kirghizstan malgré la nécessité d’une longue route en direction de la démocratie. Des propos qui font échos aux déclarations du président sortant, Almazbek Atambayev, qui commentait ainsi le scrutin qui a vu triompher son favori, Sooronbai Jeenbekov, lequel a obtenu 55% des voix: Les élections présidentielles du 15 octobre dernier ont constitué «le premier scrutin libre et pacifique du pays» et marqué une étape fondamentale en vue du renforcement du concept de démocratie dans l’ensemble de l’Asie centrale.

  • En attendant le futur, la cryogénisation

    Étienne Perrot sj - Dans une série d’enquêtes faites autour de San Francisco sur les possibilités offertes par la science, un article du Temps de ce jeudi 4 octobre 2018 présente la cryogénisation. Ceux qui ont l’espoir (et l’argent) font conserver leur corps ou simplement leur tête dans de l’azote liquide à basse température (196° au-dessous de zéro). Ni morts, ni vivants, ils sont «suspendus» entre la vie et la mort en attendant le jour où la science leur permettra de survivre, voire de revivre, délestés des maladies ou de la vieillesse qui les encombrent aujourd’hui.

    À la Fondation Alcor, dans la banlieue de Phoenix, aux USA, un corps à conserver coûte 200'000 dollars, une tête 80'000 dollars. Activité controversée car elle fait payer cher une hypothèse encore problématique, illégale dans certains pays, elle n’en est pas moins opératoire et rentable. Selon le responsable d’Alcor, quelques centaines de personnes se sont mis sur les rangs, 163 personnes sont déjà plongées dans l’azote liquide; «attendant qu’on les ressuscite».  

    J’épingle ce dernier verbe. Parler de résurrection est douteux. Car il ne s’agit que de prolonger la vie, ne serait-ce qu’en conservant un ADN à partir duquel la science, dans un avenir encore imprévisible, pourrait faire renaître un être vivant. J’émets le même doute quant à l’usage à contre-sens du mot d’origine indoue de réincarnation. (À contre-sens, car les Indous aspirent non pas à un corps éternel, mais, par la voie de réincarnations successives, au Nirvana qui les libérera de leur corps.) Que ce soit par la science ou par la réincarnation dans sa version occidentale, il s’agit toujours en fait de faire un pari matérialiste sur l’avenir. C’est finalement une dévalorisation du présent. C’est agir à la manière de l’enfant qui ne sait pas apprécier le plat de résistance, car toute son imagination le porte vers le dessert. Mon compatriote Blaise Pascal s’en désolait déjà voici bientôt quatre siècles: «Le présent n’est jamais notre fin, -écrit-il,-. Le présent, comme le passé, sont nos moyens; le futur seul est notre fin. C’est ainsi que nous ne vivons jamais, car nous espérons de vivre; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne se soyons jamais.»

  • En marge du bonheur

    Qui l’eut cru? Vendredi dernier, 20 mars, était «la journée mondiale du bonheur». Cette journée avait été instituée en 2012 par l’ONU, à l’époque où le monde pensait être sorti de la crise financière de 2008. Parler de bonheur en mars 2020, lorsque la crise du coronavirus frappe de plein fouet l’Europe et les États-Unis, que les morts se comptent par milliers, après avoir gelé pendant trois mois la vie asiatique, en Chine dès la fin du mois de décembre, puis au Japon, en Corée, en Australie … c’est de l’humour noir!

  • Encore la Marche pour le climat

    «Sing For The Climate»

    Étienne Perrot sj - La Marche pour le climat a été une réussite. Toutes celles et tous ceux qui se soucient de l’avenir de la planète peuvent s’en réjouir. Les esprits chagrins rappelleront qu’une manifestation de rue, aussi spectaculaire soit elle, aussi nombreuse, aussi déterminée, n’est jamais qu’un premier acte. Ce premier acte traduit l’indignation des foules. C’est l’ébranlement d’un mouvement social et culturel qui, pour aboutir, appelle un complément. Ce complément pour une réalisation effective d’une écologie intégrale (comme dit le pape François) doit se prolonger par une analyse où la science et les techniques sont convoquées. Car seule la rigueur scientifique est capable de signaler les contraintes incontournables. Si les marcheurs pour le climat ignorent ces contraintes, ils se bercent d’illusion, se mentent à eux même et trompent les citoyens.

    Certes, il existe d’autres contraintes, sociales et réglementaires celles-ci, mais qui ont vocation à évoluer. C’est justement le rôle des votations et des manifestations de rue que de faire pression sur le législateur; tout en sachant que ce n’est pas la rue qui fait la loi (sauf en France, serais-je tenté de dire, où le gouvernement venu de la rue entraîne force débauche d’injustices dont font les frais les plus faibles de nos concitoyens). J’ajoute que la dimension culturelle de problème climatique fait partie de l’équation; mais les manifestations spectaculaires dont celle de la Marche pour le climat ont justement vocation à faire prendre conscience de l’inadéquation des habitudes collective, et à mettre au jour les problèmes que l’on ne souhaiterait pas voir.

    Dans ce contexte, un animateur genevois de la Marche pour le climat se sent pousser des ailes politiques. Le Temps, dans sa livraison de jeudi 21 mars 2019, évoque le «meneur volubile» (sic) qui «se verrait bien en figure politique majeure». J’ignore bien sûr quel sera l’avenir politique de Thomas Bruchez. Qualifiant de «meneur» de «volubile», le journaliste du Temps le crédite d’une qualité nécessaire à tout politicien: la facilité de parole. Car, depuis l’Antiquité grecque et latine, -et quel que soit le Régime politique, démocratique, aristocratique, ploutocratique, ou tyrannique,- la politique s’exprime toujours par le moyen de débats plus ou moins contradictoires, plus ou moins houleux, plus ou moins consensuels, plus ou moins truqués, hors desquels personne ne peut accéder et s’installer durablement au pouvoir.

    Sans vouloir donner des leçons à ce «meneur volubile», je lui rappelle cependant que l’éloquence, -qui est l’art de convaincre-, suppose autre chose que la volubilité où l’auditeur discerne assez vite l’art d’occuper le volume sonore pour interdire la parole d’éventuels contradicteurs. Tout aspirant aux fonctions politiques doit cultiver, outre les vertus civiques, deux qualités supplémentaires: la compétence qui suppose un lourd travail d’information, de formation et de courage pour voir «la réalité en face» -notamment pour voir les limites de validité des scénarios inspirés par les sciences-. À quoi s’ajoute cette vertu toute spirituelle qui consiste à refuser une vision unilatérale -c’est à dire idéologique- des choses; comme si l’écologie n’était pas encastrée dans la culture qui impose des compromis politiques.

  • EPFL & EPFZ pour les droits humains

    La sortie du confinement aiguise l’imagination des scientifiques. Et les politiques sont aujourd’hui friands des solutions possibles que leur fournissent les têtes chercheuses. Les gouvernants sont tellement désireux de cacher leur responsabilité derrière l’autorité scientifique qu’ils en oublient parfois la simple cohérence de leurs propos. (Un exemple? Lorsque ce ministre français répétait que les masques pour toute la population n’était pas nécessaires, alors que l’on savait déjà que le virus pouvait se propager avant que ne se manifeste aucun symptôme.)

  • G7 la contre-manifestation

    G7 Biarritz2019Étienne Perrot sj - Fête des vignerons dans le canton de Vaud, Festival du film coréen à Locarno, Festival de musique un peu partout en Suisse et en Europe…, l’été est propice aux rassemblements culturels. Beaucoup de vacanciers se cachent ainsi derrière le prétexte de la culture pour se divertir avec meilleure conscience. Au fond, pourquoi pas? Comme pour la morale qui, dans l’idéal, se doit d’être sans préalable, mais qui, dans la pratique, s’appuie souvent sur l’intérêt plus ou moins bien compris, la culture portée par le divertissement vaut mieux que pas de culture du tout. D’ailleurs, disait ma grand-mère, l’oisiveté est mère de tous les vices. Ce climat de détente et de moindre réactivité est propice -du moins en France- à quelques coups tordus de la part de ceux qui nous gouvernent: changements dans les réglementations, hausse de tarifs divers, acceptation d’accords internationaux douteux, tel le Ceta entre l’Union européenne et le Canada.

    Mais pour en rester aux rassemblements estivaux, certains sont ignorés -tels les universités d’été de groupes politiques ou associatifs-, d’autres attirent l’attention par leur nombre, d’autres enfin provoquent des contre-rassemblements. Telle la contre-manifestation prévue à Hendaye, du 19 au 26 août, dans la ville voisine de Biarritz où doit se réunir, du 24 au 26 août, le groupe des sept pays les plus riches -ou supposés tels- de la planète. Ce G7 est composé de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de la France, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni; mais pas de la Chine, de la Russie, du Brésil, ni -dernier pays que je cite, mais non des moindres- la Suisse. C’est ainsi que le Président Français a invité le G7 pour la fin de mois d’août, provoquant la contre-manifestation attendue.

    J’épingle cet événement. Non pas qu’une telle contre-manifestation soit originale; mais parce qu’elle soulève des questions toujours actuelles. Cet événement n’est, en effet, pas original. Les Genevois se souviennent douloureusement de la manifestation supposée faire pièce, voici une dizaine d’années, à la rencontre d’Evian. En remontant plus en arrière, on se rappelle les mouvements de protestation contre le Forum de Davos. Il s’agit toujours de profiter de la caisse de résonance de la réunion internationale pour faire entendre des voix discordantes.

    Peu originale, la contre-manifestation du G7 de Biarritz rappelle cependant l’urgence de questions toujours pendantes. Outre la divergence de plus en plus intolérable des revenus et des patrimoines (thème officiel de ce G7 de Biarritz, sous l’angle de la lutte contre l’évasion fiscale), les modes de vie et de gouvernance, les institutions fondées sur une anthropologie moderne qui a montré ses limites, ses lacunes et ses contradictions: l’individu plutôt que la personne située dans sa communauté humaine, l’intérêt individuel -dont l’intérêt général ne serait que le serviteur- plutôt que le bien commun qui est le bien de chacun dans la solidarité de tous, l’usage immodéré des ressources de la planète. Aucun de ces problèmes ne peut être résolu si l’on conserve la même culture utilitariste des ressources planétaires et humaines.
    Les organisateurs de cette contre-manifestation de Hendaye, syndicats, mouvements écologiques, associations de défense des Droits humains, ne voient dans le G7 réuni à Biarritz qu’un simulacre de débat. D’un côté, menés par la France et l’Allemagne, les défenseurs du multilatéralisme; de l’autre les tenants d’un bilatéralisme propice aux plus forts, pour ne pas dire aux plus cyniques. Dans tous les cas, les contre-manifestants ne voient de part et d’autre que la défense de l’économie capitaliste qui détruit la planète et ses habitants. Je ne pense pas que ce contre-rassemblement quelque peu hétéroclite de Hendaye fasse peur aux Grands de ce monde réunis à Biarritz; mais je souhaite qu’il serve de poil à gratter capable de faire bouger la sensibilité de ceux qui, de par leur position surplombante, voient les choses de trop haut.

  • Grève des femmes

    GreveFemmes2019Affiche pour la grève des femmes du 14 juin 2019 ©Nattes à chat/wikimedia commonsEEÉtienne Perrot sj - Pour le vendredi 14 juin prochain, des associations féministes en Suisse appellent toutes les femmes à faire grève. Une grève réservée aux femmes?! Depuis plusieurs semaines, cette annonce anime des diatribes sans fin. Les un·e·s dénoncent une discrimination sexiste, contraire aux revendications d’égalités des genres. Les autres déplorent l’exclusion des hommes qui, comme moi, au nom d’un féminisme bien compris, promeuvent les responsabilités sociales, économiques et politiques des femmes. Selon les cantons, on verra donc défiler des manifestations avec ou sans présence masculine. Pendant que les femmes descendront dans la rue le 14 juin prochain, et occuperont l’espace public, leur conjoint, ami, pacsé, mari ou simple copain, auront peut-être soin des tâches qu’une lointaine et lourde tradition assigne aux femmes dans le domaine ménager.

    Pourquoi pas? D’autant plus que si tradition il y a, elle n’est pas universelle. Non pas simplement parce qu’il existe des cuisiniers, ni parce que déjà au Moyen-Âge, le ménager (au masculin) était l’économe qui «ménage» ses moyens (ce qui, passant de l’autre côté du Channel, a donné le «manager», et nous est revenu féminisé sous l’appellation dépréciée de la ménagère, maîtresse en son domaine privé).

    La vraie raison est à la fois économique et politique. Sur le plan de l’économie, la division sexuelle du travail dépend de moins en moins des caractères physiques. Sur le plan politique, l’instrument de base, la parole, ne dépend plus de la puissance des cordes vocales. La différence mentale des caractères nourrissait jadis l’exclusion des femmes de la sphère publique: «accordez le droit de vote aux femmes, et la République courre à sa perte», disait-on sous la Troisième République française à la fin du XIXe siècle et durant toute la première moitié du XXe. Aujourd’hui, heureusement sont rares ceux qui raisonnent de la sorte.

    Reste le problème de la charge mentale liée aux activités du foyer. Sur ce point, toutes les études convergent: même dans les couples où l’homme participe aux tâches ménagères, sur la femme pèse les préoccupations correspondantes. Dans le meilleur des cas, l’homme fait volontiers ce que sa compagne lui demande; mais, le plus souvent, il n’en prend pas l’initiative, il «n’en a pas l’idée». L’incitation puise dans l’énergie de la compagne. Je ne désespère pas voir changer cette situation qui relève de la culture et non pas de la nature sexuée des un·e·s ou des autres. Ce serait en effet spirituellement une bonne chose, tant il est vrai que le besoin d’autrui est ce qui stimule mon imagination et mon action. Il y a bien sûr une question d’éducation qui va dans le même sens, jusqu’au jour où, pour plagier le tract genevois cité par Le Courrier de cette semaine de fin avril 2019, on verra «des journalistes s’extasier devant les femmes qui gardent les enfants lorsque les travailleurs masculins défileront.»

  • Grève et dignité à Paris

    par Mathias Werfeli sj - Frappé... alors que j’étais à vélo! Les secondes précédentes, je pensais encore à la grève à Paris et à mon prochain cours de religion, quand une passante furieuse me frappa le bras. Mais dès le départ…

  • Haïti: Aide à des migrants rapatriés

    Au cours de ces derniers mois, les religieuses missionnaires de l’Équateur, qui résident à Haïti, membres de la Communauté intercongrégationnelle missionnaire (CIM) ont dû intensifier leur action d’accueil des migrants qui sont rapatriés à Haïti et s’adressent au Service des Jésuites pour les réfugiéssur le territoire de la localité de Fonds Parisiens

  • Harry Potter et les Esprits maléfiques

    Harry Potter couv CFÉtienne Perrot sj - «Par crainte que les livres Harry Potter (sic) invoquent des ‘esprits maléfiques’, un prêtre d’une école catholique aux États-Unis les a bannis de son établissement» (site de La Tribune du 4 septembre 2019). Tout en faisant la part des exagérations, simplifications et caricatures propres à la logique journalistique auxquelles La Tribune ne saurait échapper sans se renier, j’épingle ce témoignage de la stupidité cléricale.

    J'ignore ce qui passa dans la tête des exorcistes qui ont suggéré une telle décision. Quoi qu'il en soit, trois incohérences s’étalent en effet dans cette brève information. La première consiste à prêter à un livre le pouvoir d’invoquer les esprits maléfiques. Certes, l’invocation des esprits est une pratique connue depuis la nuit des âges; mais jamais un objet -grimoire, livre, fontaine, source, ou pierre sculptée- n’a été présenté comme ayant pouvoir, par lui-même et sans intervention humaine. Le vecteur physique est toujours mis en œuvre par un geste humain. Ce prêtre américain croit peut-être que le lecteur ne joue aucun rôle.

    Sa seconde incohérence est de penser que les esprits maléfiques se promènent dans l’atmosphère ou sont enfermés dans un livre à la manière des génies du conte des Mille et une nuits enfermés dans une bouteille. Il oublie que l’esprit d’un texte ne place pas au-dessus du texte; l’esprit du texte se révèle dans la relation entre le texte et le lecteur. Lire ne consiste-t-il pas, justement, à faire le lien (entre les mots, les phrases, les paragraphes, les chapitres)? Or, faire le lien entre des éléments qui sont préalablement distingués est justement le propre de l’esprit.

    La troisième incohérence est, à mes yeux, la plus grave, puisqu’elle est le fait d’un prêtre catholique. Elle consiste à ne pas savoir discerner les esprits. L’esprit d’enfance, suscité par l’école de la magie où s’amusent Harry Potter et ses amis, est sans doute bien éloigné du sérieux que veut promouvoir ce prêtre catholique dans son école; cet esprit d’enfance n’en est pas moins indispensable pour l’épanouissement de l’enfant. Contre cette volonté des parents et des éducateurs de couler leurs enfants dans le moule de la posture adulte, faisant de l’enfant un adulte en réduction –avec toutes les exigences coercitives qui s’en suivent- il est de bonne sagesse et de saine pédagogie d’accepter que l’enfant franchisse plusieurs stades avant d’accéder au statut de l’adulte pleinement responsable.

    Cette ignorance me semble d’autant plus coupable chez ce prêtre américain que ce qu’il nomme «esprit maléfique» est ce que la tradition spirituelle moderne, depuis Loyola, discerne par ses effets de séparation, d’isolation et d’enfermement en soi-même; c’est le «mauvais esprit» au sens le plus habituel du terme, un esprit qui isole du groupe, qui sépare de la communauté humaine, et cherche à manipuler pour dominer; Or, tout en faisant droit à l’émulation et la concurrence entre groupes d’enfants, ce mauvais esprit ne domine pas les histoires d’Harry Potter; bien au contraire, puisque le héros lutte sans cesse contre lui.

  • Hidjab en débat

    WikimediaCommons hijab© Wikimedia CommonsÉtienne Perrot sj -  Les symboles ont la vie dure. Ils n’ont jamais mieux mérité leur étymologie qui en font des signes de reconnaissance entre gens initiés dans le même groupe. Dans la Bible, la manière de prononcer Schibboleth servait à discriminer les bons des méchants; chez les Francs-maçons, le «mot de semestre» permet de séparer les Frères des profanes; dans la liturgie chrétienne, on parle encore du «symbole» des apôtres, et du «symbole» de Nicée, que l’on prononce avant d’entrer dans la célébration des mystères; la tradition un peu romantique du mot de passe, en usage naguère dans l’armée avant la généralisation des codes d’accès, permettait de séparer les amis des ennemis.

    Le foulard dit islamique joue un rôle semblable; mais inversé. Fondamentalement l’hidjab est un signe de reconnaissance entre musulmanes, qui distingue, pour celles qui le porte, les coreligionnaires des adeptes d’autres religions ou de celles qui n’en professent aucune. Reconnu dans l’espace public, l’hidjab (comme d’ailleurs la kippa ou encore comme la croix ou n’importe quel habit soupçonné d’être religieux) est devenu une sorte de chiffon rouge qui, parce qu’il est investi d’une signification communautaire, excite toutes celles et ceux qui fantasment sur la religion (musulmane principalement). L’hidjab est ainsi devenu un signe de reconnaissance, moins pour celles qui le portent que pour une frange de l’opinion publique. Ce fut l’un des points controversés de la récente loi genevoise sur la laïcité.

    Hors du canton, l’hidjab est assimilé par une culture de plus en plus tolérante. Les grands couturiers n’hésitent plus à coiffer certains de leurs modèles du foulard dit islamique. En témoignent également les compétitions sportives internationales où l’on voit apparaître désormais quelques femmes arborant sur la tête cette pièce de tissu. (Non sans susciter des polémiques chez les tenants de la laïcité à la française.) On se souvient en France des protestations contre la commercialisation d’un foulard islamique adapté à la pratique du sport.

    Sur ce sujet, j’épingle une formule discutable glanée sur le site du Temps le 1er mars 2019. Faisant état de l'apparition de l’hidjab dans les compétitions sportives internationales, le chroniqueur pose la question: «Conquête ou contrainte pour la femme, le débat n'est toujours pas tranché». Je souhaite personnellement que ce débat ne soit jamais tranché. Car, l’expérience de chacun, en Suisse ou à l’étranger, conduit à des interprétations légitimement divergentes. Que le poids du groupe et les contraintes de la tradition sociale s’habillent de prétextes religieux pour imposer une pratique vestimentaire contraire à l’idée que le libéralisme culturel se fait de la liberté individuelle, c’est évident. Mais il n’est pas moins évident que, surtout dans un pays libéral comme la Suisse, on ne saurait prêter à la pression sociale un tel pouvoir. Reste aux autorités civiles et politiques la responsabilité de veiller à ce qu’il en soit bien ainsi. Il en va du respect de la liberté de chacune. Aucune organisation privée, religieuse ou associative, ne peut légitimement y mettre un frein. Mais, sauf à quitter l’État de droit, cette responsabilité des autorités civiles et politiques ne peut aller jusqu’à imposer une interprétation officielle à une pratique personnelle -le port de l’hidjab- dont la signification relève du seul individu.

  • Ils roulent pour le climat

    Plus de trajets en train, moins de déplacements en avion. C’est le souhait de nombreux militants du climat. Les responsables catholiques changent aussi leurs comportement. Á l'instar du Provincial des jésuites de Suisse, Christian Rutishauser, comme le souligne Raphael Rauch de kath.ch  (traduction et adaptation pour cath.ch de Davide Pesenti)

  • Incohérences démocratiques

    Étienne Perrot sj - Une anecdote vécue ce jour au Conseil municipal de Genève me fait méditer sur les incohérences de la démocratie réelle. Pour la cinquième fois, le Conseil a dû se prononcer sur la vente d’une parcelle de trois cents mètres carrés, terrain appartenant à la ville de Genève et situé sur la commune de Vernier. Une nette majorité s’était prononcée en faveur de la vente.

  • Jésuite à la tête d'un Comité contre le racisme

    murraySJ bdbb1Suite aux événements d’août 2017 à Chalottesville, en Virginie, alors que le président Trump s’apprête à revenir sur le programme daca -dérogation instituée par Obama en faveur des sans-papiers arrivés enfants sur sol américain-, la Conférence des Evêques catholiques des Etats-Unis (USCCB) a annoncé la création d'un Comité Ad Hoc contre le Racisme.

  • Jésuites de Californie et de l'Oregon consternés

    Déclaration des Provinciaux jésuites de Californie et d'Oregon

    Chers Frères et Amis,

    Nous écrivons pour exprimer notre consternation sur la manière dont la conversation nationale sur l'immigration a pris une tournure tranchante et durement xénophobe sous la nouvelle administration. Il ne fait pas de doute que la plus récente mesure exécutive contredit catégoriquement une obligation fondamentale de notre tradition judéo-chrétienne ; « aimez l'étranger car vous avez été des étrangers en Egypte (Dt 10, 19) » et « J'étais un étranger et vous m'avez accueilli (Mt 25, 35) ». Le Pape François a lui aussi été clair : nous sommes appelés à « voir un rayon d'espoir... dans les yeux et les cœurs des réfugiés et de ceux qui ont été déplacés de force », et à servir les immigrants et les réfugiés de quelque manière que nous le pouvons. Par contraste, le Décret du Président renvoie durement un grand nombre y compris des femmes et des enfants vers les horreurs de la guerre, la faim, une répression massive et même la mort.

  • Jésuites engagés pour l’harmonie sociale

    Surmonter l’ignorance et les préjudices, et surtout éduquer les jeunes à promouvoir la paix et l’harmonie sociale, tels sont les besoins pressants de l’époque dans laquelle nous vivons. Le Père Michael Amaladoss sj, théologien indien et Directeur de l’Institut pour le dialogue avec les cultures et les religions du Loyola College de Chennai, en est convaincu. Lui qui, par ailleurs, est consultant pour la mission et l’évangélisation du Conseil mondial des églises. «Nous devons construire des relations et aider les personnes non seulement à tolérer, mais aussi à célébrer la différence en tant que don créatif de Dieu. Nous devons construire une coalition multireligieuse afin de combattre tout type de fondamentalisme et de communautarisme dans toutes les religions. Il faudrait soigner en particulier la formation des jeunes, afin qu’ils grandissent en acquérant une mentalité qui dépasse le préjudice et soit en mesure de promouvoir l’harmonie sociale», explique le religieux à l'agence fides.