religions

  • "20 Minuten" et l'impôt ecclésiastique

    20Minuten Logo ab mai 2013Étienne Perrot sj - Le 1er mai dernier, le quotidien gratuit alémanique 20 Minuten, sans doute pour honorer la gratuité, donnait des conseils à ceux qui voulaient se dispenser de payer leur «impôt ecclésiastique» sans toutefois avoir à renoncer totalement à ce que les sociologues nomment «les biens de salut» (disons les rituels et cérémonies religieuses).

    D’après le journal, il semble aussi facile de quitter l’Église en ne payant pas son impôt ecclésiastique que de quitter certaines loges maçonniques en ne payant pas sa cotisation annuelle. D’autant plus que «dans certaines circonstances» précise l’article incriminé, il est encore possible de bénéficier gratuitement des services de l’Église.

    À juste titre les Églises, particulièrement l’Église Réformée du canton de Zurich, ont protesté; car l’impôt ecclésiastique ne sert pas uniquement à payer les officiants des cultes et l’entretien des temples; il sert également à payer toute la formation du personnel ecclésiastique et, pour la plus grande part des versements, à financer les œuvres sociales dont l’utilité, contestée par personne -mais oubliée par le journaliste-, a été confirmée par des études diligentées par l’Université de Zurich.

    J’ajoute deux sous dans la musique en épinglant ce qu’a de dissonant l’expression «impôt ecclésiastique». Un impôt est un prélèvement obligatoire. Certes, à la différence des prélèvements fiscaux, l’impôt ecclésiastique ne s’impose -c’est le cas de le dire- qu’aux membres de l’Église dans certains cantons (pas dans tous, et pas dans tous les pays). Or nul ne peut être contraint de faire partie d’une Église; c’est le b.a.-ba des droits humains. D’où la question de savoir s’il est légitime de bénéficier d’un service d’Église sans contribuer à son fonctionnement institutionnel.

    20 Minuten ne se situe pas sur ce terrain de la «légitimité», mais sur celui de la pure «légalité» au sens du droit interne de l’Église; ira-t-on jusqu’à parler «d’abus de droit» dans la mesure où le journal incite ses lecteurs à jouer sur les subtilités de la règle pour chiper au passage quelques services gratuits. On peut en discuter.

    En revanche, sur le plan de la légitimité, en dépit de ce que peut avoir de choquant cette pratique de self-service gratuit, il faut rappeler avec toute la netteté voulue que, du moins dans les Églises chrétiennes qui ont lu les Actes des apôtres, les «biens de saluts» -disons les sacrements, baptême, Cène pour les Réformés, et pour les Catholiques baptême eucharistie, confirmation, réconciliation, ordre, mariage et onction des malades- sont et doivent rester gratuits, sous peine de simonisme. (Le simonisme -du nom de Simon le pharisien qui voulait acheter auprès des apôtre les charismes de l’Esprit- consiste pour l’officiant à faire payer ce qui est un don gratuit de Dieu.) Quant aux actes non sacramentels (confirmation, mariage, funérailles, cure d’âme et œuvres caritatives pour les Réformés; funérailles, accompagnement spirituel et œuvres caritatives pour les Catholiques) ils relèvent du sens religieux de chacun. «Religieux» étant à prendre tant dans son acception ecclésiastique que civile -la solidarité qui s’impose surtout envers les laissés-pour-compte de l’Assistance publique-.

  • COVID-19: la solidarité jésuite à Hong Kong

    Chine Jingzhou CornonavirusBien qu’elle n’apparaisse pas au premier plan dans les moyens de communication internationaux, la ville de Jingzhou en province du Hubei, située à quelques 220 Km à l’ouest de Wuhan a été fortement touchée par l’épidémie de COVID-19. La Compagnie de Jésus a répondu à l’urgence représentée par des milliers de personnes touchées dans la ville en donnant 1800 masques chirurgicaux N95, plus sophistiqués que les masques normaux au People′s Hospital de Jingzhou.

  • France laïque? Attention

    AfficheAssoc Lalaicite maliberteÉtienne Perrot sj - La votation de dimanche prochain dans le canton de Genève rejoint un thème récurrent de la politique française, la laïcité. Comme un lointain  écho déformé de ce problème français lancinant se fait jour dans un article qui vient de paraître dans une revue jésuite de Paris, la revue Étvdes. L’article est intitulé France laïque, fille de compromis. La «France laïque» est-elle un exemple pour les cantons suisses? Contrairement à ce que laisse penser l’auteur, je réponds non. L’article reprend l’histoire mouvementée de la laïcité à la française depuis la Révolution de 1789 jusqu’à la loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, sa jurisprudence et ses accommodements successifs jusqu’à maintenant, en passant par le concordat passé entre Napoléon et le pape Pie VII. À chaque étape, l’auteur découvre des «compromis»; il loue la modération de ceux des hommes politiques de la IIIe République (notamment Jules Ferry et Aristide Briand) qui ont permis d’échapper aux législations les plus extrêmes; il souhaite que les questions posées par la configuration nouvelle de la société française, marquée par l’expansion musulmane et la crainte de l’Islam radical, soit traitées dans le même esprit de compromis.

    J’épingle deux formulations maladroites mais symptomatiques de la tendance de cet article. S’agissant de l’interdiction des congrégations religieuses, décrétée par la IIIe République (elles ne pouvaient exister que si elles étaient «reconnues» par l’État), l’auteur parle «compromis inattendu». La Bourgeoisie anticléricale, les défenseurs de Dreyfus, les socialistes se retrouvèrent d’accord sur ce point: juguler l’influence des congrégations, notamment enseignantes -les jésuites, une fois encore, étaient particulièrement visés-. (Il faudrait ajouter: sauf les congrégations qui envoyaient des missionnaires dans les pays colonisés et qui contribuaient à l’expansion de la culture française; car selon un mot prêté à Jules Ferry, ardent propagateur de la colonisation française, «l’anticléricalisme n’est pas un produit d’exportation».) L’auteur oublie que ce «compromis inattendu» a conduit tout droit à une législation contraire aux droits humains. La loi de 1901 sur les associations prévoie en effet que tous les citoyens ont le droit de s’associer… sauf les religieux, sous peine de «délit de congrégation». C’est là une discrimination sur une base religieuse, explicitement contraire aux droits humains.

    Pour ne pas être trop long, j’épingle une autre formulation tendancieuse. Le titre parle de «France laïque». C’est une erreur manifeste. D’après la législation française, c’est l’État qui est laïque, et non pas la société. La laïcité de l’État est le garant de la liberté «de croire ou de ne pas croire» comme dit la Déclaration de 1789, liberté «de conscience et de religion -avec ce qu’elle implique de manifestation publique», comme dit la Déclaration universelle des droits humains de 1948. Ce n’est pas l’expulsion de toute extériorisation et de tout signe religieux dans l’espace public. Parler de «France laïque», c’est étendre à tout l’Hexagone le principe que doit strictement observer les administrations publiques et les agents de l’État.

    J’ajoute un corollaire. La laïcité de l’État est une dimension nécessaire de l’État de droit, qui veut que personne ne puisse être jugé sur ses opinions. Ce qui exclut, contrairement à une loi française du 15 mars 2004 sur le voile dit islamique, -dite loi Stasi,- que l’on impose une interprétation officielle à tel signe (religieux ou pas), interprétation qui est du ressort exclusif de la conscience de chacun. Reste l’ordre public.

    Illustration: l'affiche de l'AssociationLa laïcité, ma liberté

  • Harry Potter et les Esprits maléfiques

    Harry Potter couv CFÉtienne Perrot sj - «Par crainte que les livres Harry Potter (sic) invoquent des ‘esprits maléfiques’, un prêtre d’une école catholique aux États-Unis les a bannis de son établissement» (site de La Tribune du 4 septembre 2019). Tout en faisant la part des exagérations, simplifications et caricatures propres à la logique journalistique auxquelles La Tribune ne saurait échapper sans se renier, j’épingle ce témoignage de la stupidité cléricale.

    J'ignore ce qui passa dans la tête des exorcistes qui ont suggéré une telle décision. Quoi qu'il en soit, trois incohérences s’étalent en effet dans cette brève information. La première consiste à prêter à un livre le pouvoir d’invoquer les esprits maléfiques. Certes, l’invocation des esprits est une pratique connue depuis la nuit des âges; mais jamais un objet -grimoire, livre, fontaine, source, ou pierre sculptée- n’a été présenté comme ayant pouvoir, par lui-même et sans intervention humaine. Le vecteur physique est toujours mis en œuvre par un geste humain. Ce prêtre américain croit peut-être que le lecteur ne joue aucun rôle.

    Sa seconde incohérence est de penser que les esprits maléfiques se promènent dans l’atmosphère ou sont enfermés dans un livre à la manière des génies du conte des Mille et une nuits enfermés dans une bouteille. Il oublie que l’esprit d’un texte ne place pas au-dessus du texte; l’esprit du texte se révèle dans la relation entre le texte et le lecteur. Lire ne consiste-t-il pas, justement, à faire le lien (entre les mots, les phrases, les paragraphes, les chapitres)? Or, faire le lien entre des éléments qui sont préalablement distingués est justement le propre de l’esprit.

    La troisième incohérence est, à mes yeux, la plus grave, puisqu’elle est le fait d’un prêtre catholique. Elle consiste à ne pas savoir discerner les esprits. L’esprit d’enfance, suscité par l’école de la magie où s’amusent Harry Potter et ses amis, est sans doute bien éloigné du sérieux que veut promouvoir ce prêtre catholique dans son école; cet esprit d’enfance n’en est pas moins indispensable pour l’épanouissement de l’enfant. Contre cette volonté des parents et des éducateurs de couler leurs enfants dans le moule de la posture adulte, faisant de l’enfant un adulte en réduction –avec toutes les exigences coercitives qui s’en suivent- il est de bonne sagesse et de saine pédagogie d’accepter que l’enfant franchisse plusieurs stades avant d’accéder au statut de l’adulte pleinement responsable.

    Cette ignorance me semble d’autant plus coupable chez ce prêtre américain que ce qu’il nomme «esprit maléfique» est ce que la tradition spirituelle moderne, depuis Loyola, discerne par ses effets de séparation, d’isolation et d’enfermement en soi-même; c’est le «mauvais esprit» au sens le plus habituel du terme, un esprit qui isole du groupe, qui sépare de la communauté humaine, et cherche à manipuler pour dominer; Or, tout en faisant droit à l’émulation et la concurrence entre groupes d’enfants, ce mauvais esprit ne domine pas les histoires d’Harry Potter; bien au contraire, puisque le héros lutte sans cesse contre lui.

  • Hidjab en débat

    WikimediaCommons hijab© Wikimedia CommonsÉtienne Perrot sj -  Les symboles ont la vie dure. Ils n’ont jamais mieux mérité leur étymologie qui en font des signes de reconnaissance entre gens initiés dans le même groupe. Dans la Bible, la manière de prononcer Schibboleth servait à discriminer les bons des méchants; chez les Francs-maçons, le «mot de semestre» permet de séparer les Frères des profanes; dans la liturgie chrétienne, on parle encore du «symbole» des apôtres, et du «symbole» de Nicée, que l’on prononce avant d’entrer dans la célébration des mystères; la tradition un peu romantique du mot de passe, en usage naguère dans l’armée avant la généralisation des codes d’accès, permettait de séparer les amis des ennemis.

    Le foulard dit islamique joue un rôle semblable; mais inversé. Fondamentalement l’hidjab est un signe de reconnaissance entre musulmanes, qui distingue, pour celles qui le porte, les coreligionnaires des adeptes d’autres religions ou de celles qui n’en professent aucune. Reconnu dans l’espace public, l’hidjab (comme d’ailleurs la kippa ou encore comme la croix ou n’importe quel habit soupçonné d’être religieux) est devenu une sorte de chiffon rouge qui, parce qu’il est investi d’une signification communautaire, excite toutes celles et ceux qui fantasment sur la religion (musulmane principalement). L’hidjab est ainsi devenu un signe de reconnaissance, moins pour celles qui le portent que pour une frange de l’opinion publique. Ce fut l’un des points controversés de la récente loi genevoise sur la laïcité.

    Hors du canton, l’hidjab est assimilé par une culture de plus en plus tolérante. Les grands couturiers n’hésitent plus à coiffer certains de leurs modèles du foulard dit islamique. En témoignent également les compétitions sportives internationales où l’on voit apparaître désormais quelques femmes arborant sur la tête cette pièce de tissu. (Non sans susciter des polémiques chez les tenants de la laïcité à la française.) On se souvient en France des protestations contre la commercialisation d’un foulard islamique adapté à la pratique du sport.

    Sur ce sujet, j’épingle une formule discutable glanée sur le site du Temps le 1er mars 2019. Faisant état de l'apparition de l’hidjab dans les compétitions sportives internationales, le chroniqueur pose la question: «Conquête ou contrainte pour la femme, le débat n'est toujours pas tranché». Je souhaite personnellement que ce débat ne soit jamais tranché. Car, l’expérience de chacun, en Suisse ou à l’étranger, conduit à des interprétations légitimement divergentes. Que le poids du groupe et les contraintes de la tradition sociale s’habillent de prétextes religieux pour imposer une pratique vestimentaire contraire à l’idée que le libéralisme culturel se fait de la liberté individuelle, c’est évident. Mais il n’est pas moins évident que, surtout dans un pays libéral comme la Suisse, on ne saurait prêter à la pression sociale un tel pouvoir. Reste aux autorités civiles et politiques la responsabilité de veiller à ce qu’il en soit bien ainsi. Il en va du respect de la liberté de chacune. Aucune organisation privée, religieuse ou associative, ne peut légitimement y mettre un frein. Mais, sauf à quitter l’État de droit, cette responsabilité des autorités civiles et politiques ne peut aller jusqu’à imposer une interprétation officielle à une pratique personnelle -le port de l’hidjab- dont la signification relève du seul individu.

  • L'évêché et les énergies fossiles

    CommPressEvêchéCO2Étienne Perrot sj - Dans un communiqué, l’évêché du diocèse de Lausanne-Genève-Fribourg rappelle qu’il ne possède aucun placement dans les entreprises stockant des énergies fossiles. Pour une part minuscule, il dit ainsi s’agréger à une campagne mondialisée visant à faire pression sur ces entreprises -notamment les quelques deux cents cotées en Bourses, les Carbon Underground 200- «pour les obliger à revoir leur modèle d’affaires qui est incompatible avec le respect de l’Accord de Paris et le maintien d’une terre hospitalière pour l’humanité». L’évêché serait la première institution catholique suisse à rejoindre explicitement cette campagne.

    Ce communiqué ecclésiastique appelle deux commentaires.

    1° Les effets économiques attendus sont faciles à envisager. À court terme, si les désinvestissements dans l’industrie stockant du CO2 sont suffisamment massifs, les cours boursiers des actions des entreprises visées vont baisser, ce qui entraînera pour elles, pour peu qu’elles doivent y faire appel, un renchérissement de leurs emprunts, éventuellement une baisse des marges ou un renchérissement des produits qu’elles vendent aux industries ou aux consommateurs. Ce qui, à long terme, réorientera la consommation et les modes de production. C’est ce qui est attendu par les promoteurs de cette campagne de désinvestissement. Les résultats sont plausibles, sauf réactions du genre «gilets jaunes à la françaises».

    2° Bien que la décision ait été prise en 2012, dès l’arrivée du nouvel évêque, Mgr Charles Morerod, le communiqué de l’évêché s’appuie sur l’encyclique du pape François Laudato Sì portant sur le respect dû à l’écologie, encyclique parue voici bientôt quatre ans. Cette encyclique sert donc encore de symbole. Comme quoi les symboles ne se décrètent pas; pour jouer leur rôle, ils doivent surfer sur un large consensus culturel -ce qui est le cas ici-. Les déclarations épiscopales touchant la morale personnelle et familiale, la justice sociale ou les émigrés n’ont manifestement pas autant d’écho.

    C’est donc l’occasion de rappeler que les actes symboliques n’attendent pas d’effets immédiats. (Certains diront même qu’ils procèdent d’une conscience éclairée, indépendamment de leur efficacité attendue.) Même en ajoutant à la décision de l’évêché de Lausanne-Fribourg-Genève celles des dizaines d’institutions catholiques qui ont déjà rejoint ce mouvement, le pouvoir économique de cet ensemble reste négligeable. Comme les gestes prophétiques, ces petits gestes sont destinés à mettre au jour non pas l’avenir, mais la logique délétère du présent.

  • La foi en l’être humain

    Étienne Perrot sj - J’épingle ici une formule glanée sur le site du Temps (13 novembre). Le compte-rendu favorable d’un ouvrage d’Alice Mc Dermott, La neuvième heure,pointe vers une formule ambiguë: «L’auteure rend hommage à ces religieuses animées par leur foi en l’être humain». Il s’agit de l’histoire de religieuses catholiques «courbées sous leurs coiffes de bure, un chapelet entre les doigts» qui, sans toujours tenir compte du Droit canonique ni même des convenances, faisaient passer, comme il se doit, la charité avant les rubriques. Alice McDermott raconte une histoire supposée se dérouler à Brooklyn dans la première moitié du XXe siècle, à l’époque où elle était encore enfant, l’histoire de l’une de ces petites sœurs soignantes qui s’est occupée d’une manière admirable d’une veuve enceinte de son mari suicidé.

    Je retiens la formule «foi en l’être humain» car il semble jurer avec le titre même de l’ouvrage. ( La neuvième heure est évidemment celle où Jésus, aux dires des évangiles, est mort sur la croix.) La recension donne l’impression que l’amour concret du prochain fait, a priori, mauvais ménage avec l’esprit de Jésus. «La romancière, signe un vibrant éloge de toutes ces "Sœurs Courage" si humblement dévouées, moins préoccupées par la contemplation divine que par la misère qui dort sur les trottoirs de la ville. Là où leur présence silencieuse –et merveilleuse d’abnégation– réalise des miracles.»

    Où est la foi en l’être humain, dans cette histoire? Est-ce l’esprit d’abnégation dont semble douée l’héroïque religieuse. On pourrait le croire à la lecture de la recension parue dans Le Temps. Mais ce ne serait là qu’une partie de la vérité. Car, si foi en l’être humain il y a, elle se cache aussi dans la veuve et son enfant, qui découvrent une humanité insoupçonnée dans l’accueil d’une communauté de religieuses. Alice Mc Dermott fait passer ainsi le lecteur d’une conception généreuse de l’amour «aimer c’est tout donner», à une conception spirituelle plus subtile: «aimer, c’est tout attendre de l’humanité, au risque d’être déçu  (ce qui fut, finalement, l’expérience de Jésus). Le dernière phrase de la recension ne croit donc pas si bien dire en concluant: «On vous salue, Alice, pleine de grâce!»

  • Laïcité de l’État genevois

    Étienne Perrot sj - La laïcité «à la française» a encore frappé. À moins que ce ne soit simplement l’opportunisme. Les citoyens qui ont peur de l’avancée de l’Islam sont caressés dans le sens du poil par un amendement à la loi genevoise sur la laïcité de l’État, amendement voté, paraît-il, dans la précipitation. Cet article litigieux sert de prétexte aux opposants à la loi (cinq partis de gauche et plusieurs syndicats ou associations). Pris dans son ensemble. Cette loi, pourtant, me semble équilibrée et mérite qu’on la soutienne lors de la votation de février prochain.

    L’amendement en question interdit le port de signes religieux non seulement pour les agents de l’État dans l’exercice de leur fonction -ce qui va de soi, bien que si un fonctionnaire travaille seul dans son bureau, on ne voit pas le mal qu’il provoque en portant un signe religieux-, et dans l’espace public -ce qui est contestable, sauf si cette expression ne visait simplement que l’espace administratif ou officiel recevant du public-, ce qui ne semble pas être le cas, puisqu’est avancé l’argument de «trouble à l’ordre public», argument qui est le cache-sexe de tous les jacobins.

    Ce qui est plus étonnant, c’est l’interdiction d’un signe religieux faite aux élu·e·s lorsqu’ils siègent, ce qui est aberrant. Sur ce point, je soutiens l’élue de Meyrin, qui siège en portant le voile dit «islamique». La laïcité française «de combat», comme on l’a parfois qualifiée, n’a jamais empêché le chanoine Kir, député-maire de Dijon, ni même l’abbé Pierre, également député lorsqu’il lança son fameux appel de l’hiver 1954, de siéger en soutane, ce qui n’a gêné aucun électeur attaché à la démocratie. Sans vouloir faire dans l’amalgame, il y a bien d’autres manières de manifester dans les chambres délibératives ses options confessionnelles ou philosophiques. Les «enfants de la veuve», parmi d’autres, se reconnaissent aisément.

  • Lecture au temps du coronavirus

    ConnaitreJeesus livrePar Pierre Emonet sj - Puisque vous devez rester à la maison et que vous avez du temps pour lire, lisez donc ce livre. Un des meilleurs que j'ai lu ces dernières années. Il renouvellera votre foi en la résurrection et votre manière d'être chrétien. Remarquable!

    James Alison
    François Rosso (traduction)
    Connaître Jésus
    Paris, Artège 2019, 228 p.

  • Messes suspendues

    COVID-19 - Face à la pandémie actuelle, le diocèse s’aligne sur les mesures prises par le Conseil fédéral en interdisant, jusqu’au 30 avril2020, la célébration en public de toutes les messes sur le territoire diocésain. Elles seront célébrées à huis-clos, communique le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Rappelons que c’est toute la Suisse qui suit le même régime!

  • Messes suspendues à Genève

    COVID-19 - Mgr Charles Morerod a émis un décret supprimant toutes les messes dans le canton de Genève jusqu’au 15 mai 2020, y compris pendant la période pascale. Les funérailles également devront se dérouler dans l’intimité stricte des proches. «Aucune autre dérogation ne sera acceptée», précise le décret. Cette décision s’inscrit dans les mesures des autorités genevoises de lutte contre la propagation du coronavirus.

  • Mieux qu’une norme, du discernement

    FB religieuse pxhere EmonetPierre Emonet sj - Voilà une nouvelle que beaucoup n’attendaient pas: les sœurs comme tout autre professionnel sont sujettes au burn-out. Je n’en suis pas étonné, ayant eu plus d’une fois l’occasion d’aider des religieuses à échapper à un style de vie qui, à force de les exploiter les déshumanisait: travail harassant, horaires exagérés, vie communautaire sans un espace de liberté, vacances au compte-goutte, sorties contrôlées, pas de vrais loisirs. Pour la gloire de Dieu! Et celle qui s’en plaignait était renvoyée à la Passion du Christ.

    Il fut un temps! On en est revenu, mais pas partout ni toujours.

    Pour y remédier, l’Union internationale des supérieures des congrégations de religieuses a décidé de créer une commission qui se penchera sur l’épuisement professionnel de leurs membres. Une psychologue a été engagée, qui propose d’investir dans le bien-être des religieuses en rédigeant «un code de conduite, tout comme il existe des directives pour la protection des mineurs.» Elle suggère de fixer des normes qui garantissent le bien-être des religieuses: des contrats de travail clairs qui préciseront les droits et les obligations des sœurs et de leurs employeurs (évêques, curés, associations, entreprises, etc.). Voilà qui permettra d’éviter les abus.

    On ne saurait cependant réduire l’engagement professionnel ou bénévole d’une religieuse à un simple rapport employeur/employé. La vie religieuse n’est pas un métier. Parce qu’elle est le choix d’une existence donnée sans retour, elle suppose une solide liberté intérieure. Apprendre à gérer le don de soi et sa propre générosité, tout en tenant compte de ses forces et de son temps, précède normes et contrats. Une solide formation au discernement peut être plus utile pour assumer en bonne conscience un choix éminemment personnel face à n'importe quelle instance.

    Photos © pxhere

  • Ne pas s’approprier la place des victimes

    LettreMorerodAbus mars19La découverte et la publication récurrente des scandales dans leur Église émeut les fidèles catholiques. Au nom de leur fidélité d’aucuns pensent que l’Église est victime d’une campagne de dénigrement, d’une chasse aux sorcières de la part de ses ennemis.

  • Œcuménisme déconcertant

    Héraldique meuble Coeur vendéenPierre Emonet sj - Ainsi donc l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg a accordé une dérogation spéciale à son décret de 2013 interdisant de mettre à disposition les lieux de culte du diocèse pour des célébrations de la Fraternité Saint Pie Dix. Une paroisse catholique romaine met son église à disposition de la Fraternité schismatique pour célébrer 50 ans de lutte contre le Concile Vatican II, les évêques catholiques romains et les Papes. La célébration sera présidée par un évêque schismatique. La Fraternité a répandu la fausse nouvelle que la chorale paroissiale sera à la fête et que la paroisse offrira l’apéritif: Santé et prospérité!

    Voilà qui exige tout de même une explication. L’évêque de Fribourg l’a aussitôt apportée: il veut faire acte d’œcuménisme. J’ai toujours pensé qu’une des justifications de l’œcuménisme était la bonne foi des fidèles nés et élevés dans la mouvance d’une Église ou d’une Confession dissidente: des hommes et des femmes sans dispute, sans préméditation, sans opiniâtreté. Il est tout de même permis d’émettre un doute lorsqu’il s’agit d’évêques et de responsables de communautés qui fomentent et organisent le schisme, tiennent des propos hérétiques, accusent d’hérésie le magistère et l’ensemble du peuple chrétien, et revendiquent pour eux l’exclusivité de l’orthodoxie catholique. En fait de bonne foi, il y a mieux!

  • Pâque et la danse

    Étienne Perrot sj - J’oscille entre d’une part les Pâques sanglantes du Sri Lanka marquées par une série d’attentats coordonnées qui ont coûté la vie à plus de trois cents personnes (sans compter les innombrables blessés), et d’autre part les fêtes du printemps qui conjuguent le soleil, les fleurs et le repos en famille. Qui voudrait, tel le caméléon, calquer son humeur sur son environnement immédiat, s’épuiserait, tant cet environnement est contrasté.

    Je préfère, plus sagement, enfourner mes pieds dans un article de la newsletter du Temps d’hier, lundi de Pâque 22 avril 2019, intitulé La danse, le meilleur des sports. Je n’ai rien à redire sur les qualités sportives des danseurs. Et je suis prêt à croire les conclusions des études scientifiques faites sur les effets de la danse sur le cerveau et la mémoire. Car, comme le soulignait Jean Piaget, l’intelligence est le produit de l’activité, des mouvements du corps et pas simplement des influx nerveux. Les danses acrobatiques me stupéfient; car j’admire sans réticence les exploits que je vois faire aux autres, sans pouvoir les réaliser moi-même. (Inversement, un article que j’aurais pu écrire sans grands efforts m’apparaît toujours inintéressant.) La street-danse met le comble à mon admiration. Parfois un effet esthétique colore mes sentiments, et je ne suis pas insensible à l’harmonie entre la cadence, les rythmes et les gestes. Cependant, lorsque l’effort des danseurs se ressent trop manifestement, la magie disparaît.

    C’est sur ce point précis que se manifeste pour moi une autre dimension humaine de la danse, sa dimension spirituelle. Quand on voit l’artifice, il n’y a plus d’art, dit-on avec juste raison. Car l’attention est captée par un détail surajouté au lieu de se laisser envahir par un ensemble sans arrête. Fruit d’une technique parfaitement maîtrisée, l’harmonie entre la musique la danseuse (ou le danseur, ou encore le couple ou le corps de ballet), témoigne d’une sorte de communion entre l’individu et le cosmos. Ayant encore en mémoire les cérémonies de la Semaine sainte avant Pâque, où se manifestait parfois, comme incongrus, quelques raccords un peu trop visibles, je me dis que cette harmonie entre la musique et les gestes serait l’idéal d’une liturgie non seulement bien pensée, mais surtout intérieurement vécue.

    Faisant allusion à la fable de La Fontaine, La cigale et la fourmi, l’article du Temps inverse l’injonction de la fourmi « eh bien, danser maintenant » pour inviter jeunes et vieux, non pas à «danser devant le buffet» selon l’expression populaire qui désigne ainsi la posture de la cigale affamée, mais à pratiquer la danse. J’ajoute une autre raison de danser, moins immédiatement utile à la santé physique et mentale, mais plus religieuse. Nietzsche prétendait qu’il ne pourrait croire qu’à un Dieu qui sache danser. Pour ma part, en ces jours où nous célébrons la vie de Christ en nous, je ne saurais croire qu’à un Dieu qui me fasse danser.

  • Séparatisme islamiste

    Étienne Perrot sj - L’histoire religieuse de la Suisse, ses cantons à dénomination «protestante» ou «catholique», puis l’accession à une véritable laïcité respectueuse des droits humains en matière de liberté de conscience et de religion, pourrait utilement contrebalancer les propos du Président français du mardi 18 février dernier, à Mulhouse dans le Haut-Rhin. Je reprends ici ce que j’ai publié sur le site de la revue Étvdes dans mon blog hebdomadaire Deux doigts au-dessus du sol (www.revue-etudes.com).

  • Violence du christianisme

    Étienne Perrot sj - Voici quelques jours (22 mars 2019), un étudiant iranien converti au christianisme «car, il y découvrait, disait-il, une religion de paix» s’est vu refuser un visa par le Département de l’intérieur du Royaume-Uni. Doutant de sa véritable motivation, l’administration britannique avait justifié sa décision en supputant que la religion chrétienne est une religion de violence. La preuve? Les bureaucrates britanniques l’ont trouvé dans des passages de l’Apocalypse de saint Jean, dans lesquels on trouve des images «de vengeance, de destruction, de mort et de violence». À choisir parmi les textes les passages qui concourent à la démonstration que l’on désire, on peut en dire autant de la religion juive: les psaumes sont remplis de versets haineux; la terre promise fut conquise par la violence. -C’est d’ailleurs ce que le philosophe Roger Garaudy, converti à l’Islam, avait épinglé, ce qui l’avait conduit devant les tribunaux pour antisémitisme. -Il avait été relaxé.- Et je ne parle pas de l’Islam: la fuite à Médine par le prophète Mohammad fut suivie d’un retour les armes à la main.

    Bref, le texte du Nouveau Testament chrétien a servi de caution à l’interprétation de l’administration britannique: «Ces exemples sont incompatibles avec votre affirmation selon laquelle vous vous êtes converti au christianisme après avoir découvert qu’il s’agit d’une religion «pacifique», par opposition à l’islam qui contient violence, rage et vengeance», précise la lettre du ministère de l’intérieur.
    Cette décision a enflammé les réseaux sociaux. Finalement le Ministère est revenu sur sa décision.

    J’épingle le cœur du scandale. Il est double. D’une part, contre la Déclaration des Droits humains (ONU 1948), une discrimination est officiellement prescrite sur la base d’une opinion religieuse. D’autre part, -et même les plus laïcards peuvent s’en sentir offensés-, la décision administrative britannique met à mal le principe selon lequel les convictions religieuses sont une affaire privée. Ce qui interdit, comme ici, une interprétation politique donnée d’un texte religieux. Cela n’a pas échappé au président (anglais) de l’association pour l’avancement du sécularisme. Faut-il rappeler que, dans le domaine religieux comme dans toutes les questions dites de société, l’État de droit interdit à l’administration de se substituer à la conscience personnelle pour interpréter les choix de chacun (que ces choix soient vestimentaires, alimentaires ou religieux). Ce qui n’empêche aucune mesure d’ordre public.

    Étienne Perrot sj