politique

  • 20Minuten Logo ab mai 2013Étienne Perrot sj - Le 1er mai dernier, le quotidien gratuit alémanique 20 Minuten, sans doute pour honorer la gratuité, donnait des conseils à ceux qui voulaient se dispenser de payer leur «impôt ecclésiastique» sans toutefois avoir à renoncer totalement à ce que les sociologues nomment «les biens de salut» (disons les rituels et cérémonies religieuses).

    D’après le journal, il semble aussi facile de quitter l’Église en ne payant pas son impôt ecclésiastique que de quitter certaines loges maçonniques en ne payant pas sa cotisation annuelle. D’autant plus que «dans certaines circonstances» précise l’article incriminé, il est encore possible de bénéficier gratuitement des services de l’Église.

    À juste titre les Églises, particulièrement l’Église Réformée du canton de Zurich, ont protesté; car l’impôt ecclésiastique ne sert pas uniquement à payer les officiants des cultes et l’entretien des temples; il sert également à payer toute la formation du personnel ecclésiastique et, pour la plus grande part des versements, à financer les œuvres sociales dont l’utilité, contestée par personne -mais oubliée par le journaliste-, a été confirmée par des études diligentées par l’Université de Zurich.

    J’ajoute deux sous dans la musique en épinglant ce qu’a de dissonant l’expression «impôt ecclésiastique». Un impôt est un prélèvement obligatoire. Certes, à la différence des prélèvements fiscaux, l’impôt ecclésiastique ne s’impose -c’est le cas de le dire- qu’aux membres de l’Église dans certains cantons (pas dans tous, et pas dans tous les pays). Or nul ne peut être contraint de faire partie d’une Église; c’est le b.a.-ba des droits humains. D’où la question de savoir s’il est légitime de bénéficier d’un service d’Église sans contribuer à son fonctionnement institutionnel.

    20 Minuten ne se situe pas sur ce terrain de la «légitimité», mais sur celui de la pure «légalité» au sens du droit interne de l’Église; ira-t-on jusqu’à parler «d’abus de droit» dans la mesure où le journal incite ses lecteurs à jouer sur les subtilités de la règle pour chiper au passage quelques services gratuits. On peut en discuter.

    En revanche, sur le plan de la légitimité, en dépit de ce que peut avoir de choquant cette pratique de self-service gratuit, il faut rappeler avec toute la netteté voulue que, du moins dans les Églises chrétiennes qui ont lu les Actes des apôtres, les «biens de saluts» -disons les sacrements, baptême, Cène pour les Réformés, et pour les Catholiques baptême eucharistie, confirmation, réconciliation, ordre, mariage et onction des malades- sont et doivent rester gratuits, sous peine de simonisme. (Le simonisme -du nom de Simon le pharisien qui voulait acheter auprès des apôtre les charismes de l’Esprit- consiste pour l’officiant à faire payer ce qui est un don gratuit de Dieu.) Quant aux actes non sacramentels (confirmation, mariage, funérailles, cure d’âme et œuvres caritatives pour les Réformés; funérailles, accompagnement spirituel et œuvres caritatives pour les Catholiques) ils relèvent du sens religieux de chacun. «Religieux» étant à prendre tant dans son acception ecclésiastique que civile -la solidarité qui s’impose surtout envers les laissés-pour-compte de l’Assistance publique-.

  • MgrEstonie JourdanProfittlichJourdanMgr Jourdan et Mgr Profittlich sjLe pape François visitera l’Estonie ce mardi 25 septembre 2018. Il rencontrera à cette occasion une petite communauté catholique en pleine renaissance dans ce pays balte qui fête cette année le centenaire de son indépendance. Le journaliste Jacques Berset (cath.ch) a rencontré il y a peu Mgr Philippe Jourdan, administrateur apostolique de Tallinn, capitale de l’Estonie. Il a succédé... 60 ans plus tard, au premier évêque de Tallinn après la Réforme, nommé par le pape Pie XI en 1936: Mgr Eduard Profittlich sj, un jésuite allemand qui a été martyrisé en 1942 au camp de concentration soviétique de Kirov.

  • AmbassaeSuisseRussieÉtienne Perrot sj - Alors que la chancelière allemande Angela Merckel reste ferme face à la Russie de Vladimir Poutine, et peu de temps après qu’un journaliste travaillant pour un journal helvétique soit arrêté à Moscou, la Confédération s’apprête, ce mardi 18 juin 2019, à inaugurer le nouveau bâtiment abritant son ambassade. Je ne gloserai pas sur le prix du bâtiment (42,8 millions de francs selon Le Temps) ni sur le surnom fleuri qu’a suscité le jardin où il est construit. J’y vois simplement un clin d’œil sympathique dans le champ des relations internationales d’aujourd’hui. Ce clin d’œil éclaire, comme une petite luciole, la détente bienvenue avec l’Ours de l’Est.

    Car, n’en déplaise aux Américains, l’occupation du Dombass et la récupération de la Crimée peut légitimement prêter à discussion. Et suivre bêtement l’Oncle Sam dans ses errements diplomatiques et les sanctions, qu’il décrète sans concertation, ne me semble pas judicieux. Je dis «ne pas suivre bêtement», ce qui implique, ici comme ailleurs, une forte dose de discernement. Des élus allemands venus des Länder de l’Est ont demandé, voici peu, de suspendre les sanctions envers la Russie. Ce qui me semble un peu précipité, quoi que ça aille dans le bon sens.

    Nous n’en sommes pas encore au programme en trois temps évoqué naguère par le général de Gaulle («détente, entente et coopération»). Mais je me plais à saluer un signe de ce qui pourrait -si les contraintes internationales le permettent- être la marque d’une autonomie diplomatique envers des «alliés» à géométrie -et à géopolitique- variables. Reste que aura encore beaucoup à faire celui que l’Église orthodoxe russe, désigne comme protecteur de la «sainte Russie». Je veux parler de saint Vladimir le petit fils de sainte Olga, qui n’a qu’un lien très formel, voire très distendu, avec le chef d’État actuel.

    Crédit photo: Ambassade à Moscou © Yves André

  • Étienne Perrot sj - L’Aquarius est actuellement sans pavillon. Il est bloqué à Marseille. Un député français, Guillaume Larrivé, s’en réjouit; il rechigne à voir l’Aquarius  bénéficier d’un pavillon, serait-ce celui de la Suisse (on a même parlé de celui du Vatican). Son argument se résume en quelques phrases: «L'Aquarius, dit-il, n'a plus de pavillon, ni celui de Gibraltar, ni celui de Panama. C'est un bateau fantôme, avec un comportement de quasi-pirate. Il ne s'agit pas, pour lui, d'aller se porter au secours de malheureux, mais de perpétuer son activité illégale en s'approchant au plus près des côtes libyennes, pour susciter les départs et conforter le business model des organisations criminelles de passeurs. Qu'attend-on pour en finir?» Bien qu’elle fasse allusion à un vrai problème, celui des passeurs et des organisations criminelles qui tirent de gros bénéfices de l’émigration, cette provocation publiée sur le site du Figaro du mercredi 17 octobre 2018, est difficile à avaler.

    Une réponse pleine de bon sens et d’humanité peut être trouvée dans une «libre opinion» parue ce jour jeudi 18 octobre 2018 sur le site du Temps. Le directeur de l’association Terre des hommes, Vito Angelillo, cherche à convaincre le Conseil fédéral d’accorder le pavillon helvétique à l’Aquarius. Il rappelle que, depuis deux ans, trente mille émigrés ont été secourus en mer par l’Aquarius, dont près de sept mille enfants, la plupart orphelins. «Empêcher l’Aquarius d’intervenir en mer, c’est jouer un jeu de dupes cynique et indigne» écrit-il.

    Des hommes politiques de tout bord font chorus; je m’en réjouis d’autant plus que l’opinion publique est globalement réticente, en dépit des vingt-cinq mille signatures déposées mardi dernier auprès de la Chancellerie fédérale. (Il ne faut pas confondre un bon groupe de militants humanitaires  avec la volonté générale.) J’ignore donc quel sort le Conseil fédéral réservera à cette demande. Les pressions politiques internationales, venues notamment de l’Europe avec laquelle la Suisse est actuellement en discussion serrée, risquent de l’emporter. Car les gouvernements européens cherchent à confiner politiquement la montée des nationalismes qui se manifeste, votations après votations, dans tous les pays européens, Madame Merkel en sait quelque chose. Mais il y va de notre dignité -et pas simplement de la tradition humanitaire de la Suisse- de soutenir ce mouvement humanitaire.

  • 5gÉtienne Perrot sj - Le Conseil fédéral vient de rappeler que les Cantons ne «sont pas compétents» pour décider de la nocivité du rayonnement hertzien destiné aux communications entre téléphones portables de cinquième génération ( La «5G»). Né avec le premier Sommet de la Terre (Rio 1992) qui tentait de concilier, -au moins dans les principes-, le social, l’écologique et l’économique, le principe de précaution manifeste ici encore sa dimension politique. Comme quoi, ce que l’on nomme aujourd’hui la gouvernance (qui désigne davantage un style de gouvernement que l’institution elle-même) s’invite dans les débats technico-scientifiques, au nom de la santé publique.

    Plusieurs cantons avaient en effet décrété un moratoire sur les installations des antennes 5G, au nom de leur caractère potentiellement dangereux. Ces moratoires cantonaux sont illégaux, rappelle la Confédération. Certains voient ici les fruits d’une intense activité des lobbys payés par les sociétés de téléphonie mobile. Comme écrit Le Courrier: «C’est la Confédération qui est responsable de la protection des personnes contre les rayonnements nocifs. Les cantons ne sont par conséquent pas compétents pour décréter des moratoires.» En Suisse donc, seule la Confédération a compétence pour trancher en ce domaine où se conjuguent la science, l’économie et la santé publique.

    J’épingle ce mot de «compétence» qui joue à la fois sur le savoir technico-scientifique et le droit. Il y a là comme un bon reflet de l’ambivalence de la modernité. L’être humain doit se comporter comme «maître et possesseur de la nature», prétendait le Discours de la méthode(Descartes); et pour cela il fait fonds sur le savoir. Mais le savoir ici ne fait pas la décision. Non pas que la Confédération bénéficie d’un savoir supérieur à celui des cantons. Nul ne le prétend; les résultats des recherches sont ouverts à tous. Mais, face à l’incertitude, le droit qui répartit les responsabilités entre les diverses instances de la société, a le dernier mot, en laissant jouer la précaution qui repose sur le contraire du savoir, le doute.

    La précaution procède de la vertu de prudence. Mais, pas plus que d’un plus grand savoir, la Confédération ne bénéficie pas davantage d’une plus grande vertu de prudence. Selon la définition usuelle en effet, la précaution veut qu’en absence de certitude, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, on ne doive pas retarder l’adoption de mesures «effectives et proportionnées» visant à prévenir un dommage grave et irréversible à un coût acceptable. Que d’appréciations subjectives entrent dans la mise en œuvre de ce principe de précaution!

    Ni meilleure connaissance, ni plus grande vertu, reste donc à reconnaître à la Confédération une suprématie purement institutionnelle qui lui permet de s’imposer aux Cantons. Nous retrouvons donc, cachée sous les règles institutionnelles, et dans sa dimension politique, l’incertitude, racine de toute responsabilité.

  • Étienne Perrot sj - La Révolution française s’est faite au nom de l’égalité. «Le roi en son Conseil, le peuple en ses états» disait-on sous l’Ancien Régime; étant-entendu que les «états» du peuple distinguaient les justiciables selon qu’ils faisaient parties de la noblesse, du clergé ou du «tiers-état» (Il faut comprendre ici «tiers» comme le troisième). On oubliait alors le quart monde; car le tiers-état qui mena la Révolution de 1789 regroupait essentiellement les artisans et les bourgeois. Après la Révolution, quelques décennies plus tard, Alexis de Tocqueville analysait la Démocratie en Amérique (c’est le titre de son maître ouvrage) comme étant fondée sur l’égalité. À la même époque, l’un des fondateurs du socialisme populaire, Pierre Leroux, publiait un ouvrage qui marqua son temps De l’égalité, où il convoque Jésus-Christ et la philosophie des Lumière pour fonder l’État de droit sur le principe égalitaire.

    Ce principe se conjugue en économie autant qu’en politique. Il guide aujourd’hui encore des recherches incessantes dans le domaine de l’éducation autant que dans celui de la compétition. «Égalité des chances» dit-on. En dépit de cette illustre et nombreuse parenté, l’égalité a peine à avancer. Signe des temps -qui montre que l’égalité est ancrée dans notre société, les journaux sont remplis de considérations heureuses sur l’égalité homme femme dans le travail, -elle ne s’impose pas encore partout, les failles sont nombreuses dans les postes de directions, dans les assemblées politiques et ailleurs-. Dans maints endroits, on glose sur l’inégalité face à l’accès aux services publics selon les lieux d’habitation, sur l’inégalité des capacités culturelles -les capabilités, dit Amartya Sen, en l’absence de quoi on ne peut solliciter les services auxquels on a droit-.

    Pour détourner l’attention, on peut aussi épingler l’inégalité quant aux illuminations des façades. En ce domaine, les droits sont-ils les mêmes pour tous? J’en doute, en constatant que chacun peut enlaidir l’espace public la nuit selon son goût. On peut réaliser des œuvres d’art lumineuse ou gâcher la vue des passants, c’est selon. Il suffit de regarder la nuit la façade de l’hôtel des Bergues. Quant aux illuminations (promues par la municipalité genevoise) qui couronnent les toits des immeubles tout autour du Mirail, je n’en parlerai que pour constater la cacophonie de lumières qu’elles engendrent. Il paraît que les réglementations concernant les illuminations des façades sont «contraignantes». Qui l’eut cru  Certainement pas quant à l’esthétique. Il est vrai que «des goûts et des couleurs» il ne faut jamais discuter.

    Étienne Perrot sj

  • SurveillAssures

    Par votation populaire, les directives anti-fraude, par plus des deux tiers des votants, ont été acceptées dimanche dernier 25 novembre 2018, une majorité plus forte encore que celle qui a rejeté l’initiative nationaliste.

    Pourquoi s’en étonner? Rare sont les fraudeurs, certainement une petite minorité. Mais seraient-ils plus rare encore, leur présence dans la population a un effet délétère pour la cohésion nationale. Penser que quelques-uns bénéficient d’avantages illégaux au détriment de tous a quelque chose de choquant. C’est valable pour toutes les dimensions de la vie économique et sociale. Dans ce domaine des assurances, comme dans celui de la sécurité, la protection de la vie privée pèse moins que le sentiment de justice et de sûreté. Parler de «supposés fraudeurs» comme l’a fait une conseillère nationale, c’est nier l’évidence. Quant à vouloir «corriger le tir dans les dispositions d’application de la loi», c’est montrer un esprit bien peu démocratique en substituant les combines de couloir à la volonté populaire qui, sur cette question, est sans équivoque.

    Reste à mesurer les effets de ces contrôles à venir, et à dresser le bilan économique, sociale et politique de leur mise en œuvre.

    Il reste que les modalités d’application doivent être précisément encadrées, de manière à ce que l’atteinte à la vie privée n’outrepasse pas ce qui est strictement nécessaire. C’est pourquoi il faut laisser grande ouverte la voie judiciaire chargée de vérifier la compatibilité des textes et décisions subséquentes avec les droits humains. Ici la Cour européenne de justice, organe du Conseil de l’Europe, sera l’instance déterminante. «Aller jusqu’à Strasbourg» annoncent les opposants à l’initiative acceptée. Oui, pourquoi pas! C’est en cohérence avec le net rejet populaire de l’initiative de préférence nationale.

  • «Sing For The Climate»

    Étienne Perrot sj - La Marche pour le climat a été une réussite. Toutes celles et tous ceux qui se soucient de l’avenir de la planète peuvent s’en réjouir. Les esprits chagrins rappelleront qu’une manifestation de rue, aussi spectaculaire soit elle, aussi nombreuse, aussi déterminée, n’est jamais qu’un premier acte. Ce premier acte traduit l’indignation des foules. C’est l’ébranlement d’un mouvement social et culturel qui, pour aboutir, appelle un complément. Ce complément pour une réalisation effective d’une écologie intégrale (comme dit le pape François) doit se prolonger par une analyse où la science et les techniques sont convoquées. Car seule la rigueur scientifique est capable de signaler les contraintes incontournables. Si les marcheurs pour le climat ignorent ces contraintes, ils se bercent d’illusion, se mentent à eux même et trompent les citoyens.

    Certes, il existe d’autres contraintes, sociales et réglementaires celles-ci, mais qui ont vocation à évoluer. C’est justement le rôle des votations et des manifestations de rue que de faire pression sur le législateur; tout en sachant que ce n’est pas la rue qui fait la loi (sauf en France, serais-je tenté de dire, où le gouvernement venu de la rue entraîne force débauche d’injustices dont font les frais les plus faibles de nos concitoyens). J’ajoute que la dimension culturelle de problème climatique fait partie de l’équation; mais les manifestations spectaculaires dont celle de la Marche pour le climat ont justement vocation à faire prendre conscience de l’inadéquation des habitudes collective, et à mettre au jour les problèmes que l’on ne souhaiterait pas voir.

    Dans ce contexte, un animateur genevois de la Marche pour le climat se sent pousser des ailes politiques. Le Temps, dans sa livraison de jeudi 21 mars 2019, évoque le «meneur volubile» (sic) qui «se verrait bien en figure politique majeure». J’ignore bien sûr quel sera l’avenir politique de Thomas Bruchez. Qualifiant de «meneur» de «volubile», le journaliste du Temps le crédite d’une qualité nécessaire à tout politicien: la facilité de parole. Car, depuis l’Antiquité grecque et latine, -et quel que soit le Régime politique, démocratique, aristocratique, ploutocratique, ou tyrannique,- la politique s’exprime toujours par le moyen de débats plus ou moins contradictoires, plus ou moins houleux, plus ou moins consensuels, plus ou moins truqués, hors desquels personne ne peut accéder et s’installer durablement au pouvoir.

    Sans vouloir donner des leçons à ce «meneur volubile», je lui rappelle cependant que l’éloquence, -qui est l’art de convaincre-, suppose autre chose que la volubilité où l’auditeur discerne assez vite l’art d’occuper le volume sonore pour interdire la parole d’éventuels contradicteurs. Tout aspirant aux fonctions politiques doit cultiver, outre les vertus civiques, deux qualités supplémentaires: la compétence qui suppose un lourd travail d’information, de formation et de courage pour voir «la réalité en face» -notamment pour voir les limites de validité des scénarios inspirés par les sciences-. À quoi s’ajoute cette vertu toute spirituelle qui consiste à refuser une vision unilatérale -c’est à dire idéologique- des choses; comme si l’écologie n’était pas encastrée dans la culture qui impose des compromis politiques.

  • AfficheAssoc Lalaicite maliberteÉtienne Perrot sj - La votation de dimanche prochain dans le canton de Genève rejoint un thème récurrent de la politique française, la laïcité. Comme un lointain  écho déformé de ce problème français lancinant se fait jour dans un article qui vient de paraître dans une revue jésuite de Paris, la revue Étvdes. L’article est intitulé France laïque, fille de compromis. La «France laïque» est-elle un exemple pour les cantons suisses? Contrairement à ce que laisse penser l’auteur, je réponds non. L’article reprend l’histoire mouvementée de la laïcité à la française depuis la Révolution de 1789 jusqu’à la loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, sa jurisprudence et ses accommodements successifs jusqu’à maintenant, en passant par le concordat passé entre Napoléon et le pape Pie VII. À chaque étape, l’auteur découvre des «compromis»; il loue la modération de ceux des hommes politiques de la IIIe République (notamment Jules Ferry et Aristide Briand) qui ont permis d’échapper aux législations les plus extrêmes; il souhaite que les questions posées par la configuration nouvelle de la société française, marquée par l’expansion musulmane et la crainte de l’Islam radical, soit traitées dans le même esprit de compromis.

    J’épingle deux formulations maladroites mais symptomatiques de la tendance de cet article. S’agissant de l’interdiction des congrégations religieuses, décrétée par la IIIe République (elles ne pouvaient exister que si elles étaient «reconnues» par l’État), l’auteur parle «compromis inattendu». La Bourgeoisie anticléricale, les défenseurs de Dreyfus, les socialistes se retrouvèrent d’accord sur ce point: juguler l’influence des congrégations, notamment enseignantes -les jésuites, une fois encore, étaient particulièrement visés-. (Il faudrait ajouter: sauf les congrégations qui envoyaient des missionnaires dans les pays colonisés et qui contribuaient à l’expansion de la culture française; car selon un mot prêté à Jules Ferry, ardent propagateur de la colonisation française, «l’anticléricalisme n’est pas un produit d’exportation».) L’auteur oublie que ce «compromis inattendu» a conduit tout droit à une législation contraire aux droits humains. La loi de 1901 sur les associations prévoie en effet que tous les citoyens ont le droit de s’associer… sauf les religieux, sous peine de «délit de congrégation». C’est là une discrimination sur une base religieuse, explicitement contraire aux droits humains.

    Pour ne pas être trop long, j’épingle une autre formulation tendancieuse. Le titre parle de «France laïque». C’est une erreur manifeste. D’après la législation française, c’est l’État qui est laïque, et non pas la société. La laïcité de l’État est le garant de la liberté «de croire ou de ne pas croire» comme dit la Déclaration de 1789, liberté «de conscience et de religion -avec ce qu’elle implique de manifestation publique», comme dit la Déclaration universelle des droits humains de 1948. Ce n’est pas l’expulsion de toute extériorisation et de tout signe religieux dans l’espace public. Parler de «France laïque», c’est étendre à tout l’Hexagone le principe que doit strictement observer les administrations publiques et les agents de l’État.

    J’ajoute un corollaire. La laïcité de l’État est une dimension nécessaire de l’État de droit, qui veut que personne ne puisse être jugé sur ses opinions. Ce qui exclut, contrairement à une loi française du 15 mars 2004 sur le voile dit islamique, -dite loi Stasi,- que l’on impose une interprétation officielle à tel signe (religieux ou pas), interprétation qui est du ressort exclusif de la conscience de chacun. Reste l’ordre public.

    Illustration: l'affiche de l'AssociationLa laïcité, ma liberté

  • G7 Biarritz2019Étienne Perrot sj - Fête des vignerons dans le canton de Vaud, Festival du film coréen à Locarno, Festival de musique un peu partout en Suisse et en Europe…, l’été est propice aux rassemblements culturels. Beaucoup de vacanciers se cachent ainsi derrière le prétexte de la culture pour se divertir avec meilleure conscience. Au fond, pourquoi pas? Comme pour la morale qui, dans l’idéal, se doit d’être sans préalable, mais qui, dans la pratique, s’appuie souvent sur l’intérêt plus ou moins bien compris, la culture portée par le divertissement vaut mieux que pas de culture du tout. D’ailleurs, disait ma grand-mère, l’oisiveté est mère de tous les vices. Ce climat de détente et de moindre réactivité est propice -du moins en France- à quelques coups tordus de la part de ceux qui nous gouvernent: changements dans les réglementations, hausse de tarifs divers, acceptation d’accords internationaux douteux, tel le Ceta entre l’Union européenne et le Canada.

    Mais pour en rester aux rassemblements estivaux, certains sont ignorés -tels les universités d’été de groupes politiques ou associatifs-, d’autres attirent l’attention par leur nombre, d’autres enfin provoquent des contre-rassemblements. Telle la contre-manifestation prévue à Hendaye, du 19 au 26 août, dans la ville voisine de Biarritz où doit se réunir, du 24 au 26 août, le groupe des sept pays les plus riches -ou supposés tels- de la planète. Ce G7 est composé de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de la France, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni; mais pas de la Chine, de la Russie, du Brésil, ni -dernier pays que je cite, mais non des moindres- la Suisse. C’est ainsi que le Président Français a invité le G7 pour la fin de mois d’août, provoquant la contre-manifestation attendue.

    J’épingle cet événement. Non pas qu’une telle contre-manifestation soit originale; mais parce qu’elle soulève des questions toujours actuelles. Cet événement n’est, en effet, pas original. Les Genevois se souviennent douloureusement de la manifestation supposée faire pièce, voici une dizaine d’années, à la rencontre d’Evian. En remontant plus en arrière, on se rappelle les mouvements de protestation contre le Forum de Davos. Il s’agit toujours de profiter de la caisse de résonance de la réunion internationale pour faire entendre des voix discordantes.

    Peu originale, la contre-manifestation du G7 de Biarritz rappelle cependant l’urgence de questions toujours pendantes. Outre la divergence de plus en plus intolérable des revenus et des patrimoines (thème officiel de ce G7 de Biarritz, sous l’angle de la lutte contre l’évasion fiscale), les modes de vie et de gouvernance, les institutions fondées sur une anthropologie moderne qui a montré ses limites, ses lacunes et ses contradictions: l’individu plutôt que la personne située dans sa communauté humaine, l’intérêt individuel -dont l’intérêt général ne serait que le serviteur- plutôt que le bien commun qui est le bien de chacun dans la solidarité de tous, l’usage immodéré des ressources de la planète. Aucun de ces problèmes ne peut être résolu si l’on conserve la même culture utilitariste des ressources planétaires et humaines.
    Les organisateurs de cette contre-manifestation de Hendaye, syndicats, mouvements écologiques, associations de défense des Droits humains, ne voient dans le G7 réuni à Biarritz qu’un simulacre de débat. D’un côté, menés par la France et l’Allemagne, les défenseurs du multilatéralisme; de l’autre les tenants d’un bilatéralisme propice aux plus forts, pour ne pas dire aux plus cyniques. Dans tous les cas, les contre-manifestants ne voient de part et d’autre que la défense de l’économie capitaliste qui détruit la planète et ses habitants. Je ne pense pas que ce contre-rassemblement quelque peu hétéroclite de Hendaye fasse peur aux Grands de ce monde réunis à Biarritz; mais je souhaite qu’il serve de poil à gratter capable de faire bouger la sensibilité de ceux qui, de par leur position surplombante, voient les choses de trop haut.

  • Étienne Perrot sj - Une anecdote vécue ce jour au Conseil municipal de Genève me fait méditer sur les incohérences de la démocratie réelle. Pour la cinquième fois, le Conseil a dû se prononcer sur la vente d’une parcelle de trois cents mètres carrés, terrain appartenant à la ville de Genève et situé sur la commune de Vernier. Une nette majorité s’était prononcée en faveur de la vente.

  • 200px Presidente Jair Messias Bolsonaro© wikimedia commonsÉtienne Perrot sj - Jair Bolsonaro, le nouveau président du Brésil, élu hier, a nettement devancé son adversaire (55,1% des voix contre 44,9%). Dans leurs diversités, les médias mettent l’accent tantôt sur l’une, tantôt sur l’autre des facettes de son programme. Le Temps (lundi 29 octobre 2018) insiste sur son idéologie  économique inspiré de l’«École de Chicago» qui promeut un libéralisme radical -ce que le candidat désignait par «libérer l’économie». Le Figaro, de Paris, insiste sur la gouvernance à poigne du futur gouvernement -plusieurs généraux sont pressentis pour faire partie d’une nouvelle équipe gouvernementale réduite de moitié. D’autres s’interrogent sur la fragilité annoncée de son soutien parlementaire…

    Au même moment paraît, dans la dernière livraison de la revue parisienne Études (novembre 2018) un article de Paul Valadier, spécialiste de philosophie politique. Le jésuite traite du ressort profond des populismes qui fleurissent un peu partout dans le monde. Tout ceci a de quoi faire peur, tant sur les plans économique, politique et sociaux.

    Sur le plan économique, l’ultralibéralisme de l’École de Chicago à laquelle se réfère le Président Bolsonaro, celle de la rationalité instrumentale, pèche par son ignorance des conditions réelles de la vie économique: il se coule dans une logique unidimensionnelle, comme si les marchés pouvaient par eux-mêmes rectifier leurs propres dérives; il oublie, à la manière de toutes les technocraties, que l’économie est encastrée dans un environnement social, culturel, politique et religieux.

    Sur le plan politique, il joue le «peuple» contre les «élites». Dans l’article précité, Paul Valadier n’a pas de mal à montrer que c’est là une illusion dangereuse, déjà utilisée, avec les effets que l’on sait, par les gouvernants totalitaires. À la manière de ces candidats qui dénoncent le pouvoir en place pour se substituer à lui, le populisme se présente comme l’authentique et le direct représentant du «bon» peuple; il oublie ce qui fait la force de la démocratie helvétique, les médiations et les protocoles nécessaires à toute représentation démocratique.

    Enfin, sur le plan social, le populisme ignore la multiplicité des solidarités qui divisent le peuple au prorata des risques communs assumés différemment par chacun des groupes sociaux. Pour fondre tous les groupes disparates dans un peuple unique, il fait miroiter à l’horizon un ennemi commun, supposé monstrueux (en Europe, c’est la Commission de Bruxelles, ou encore les émigrés) et laisse dans l’ombre les fragilités internes du pays qui pèsent davantage sur les plus faibles.

    Face au danger populiste, il n’y a pas de sauveur suprême, pas de méthode miracle. Seule une culture du bien commun où l’intérêt de chacun se conjugue avec la solidarité de tous permet, en éclairant les consciences et les votations de chacun, de frôler l’abîme sans y succomber. Mais, comme diraient les jésuites, cela suppose un discernement qui fasse pièce aux passions désordonnées.

  • Couv choisir692L'AMAZONIEet LA MISSION

    Alors que le Synode pour l’Amazonie se tient à Rome ce mois d’octobre 2019 soulevant espoirs, passions mais aussi incompréhensions au sein de l’Église (J. Thompson sj, Véronique Lecaros), les feux n’en finissent pas de décimer la forêt d’une importance vitale pour la planète. Que vise le Synode? À trouver de nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale. Pour cela, le pape a décidé de se mettre à «l’écoute de la sagesse des populations indigènes concernant la meilleure façon de vivre une écologie intégrale, mais aussi de ce qui freine leur évangélisation fructueuse et leur vie.» Les écouter ENFIN, devrait-on dire, car les Indiens d’Amazonie n’ont eu de cesse de demander que l’on respecte leur terre et leur culture comme le souligne le directeur du MEG Boris Wastiau: «Les chamanes ont interpelé les Européens dès le XVIe siècle sur le respect de leurs conditions de vie. Des missionnaires comme le dominicain Bartolomé de Las Casas ont plaidé la cause des peuples autochtones face aux colons.»
    Les Amérindiens ont envoyé de nombreux délégués et ambassadeurs depuis l’histoire de la colonisation jusqu’à nos jours pour faire valoir leurs droits. (C. Fossati) Et pour se faire, ils ont notamment pu compter sur le soutien de Genève. L’accueil des délégations autochtones par divers secteurs de la société genevoise s’inscrit dans une tradition d’ouverture à l’égard de l’altérité qui remonte elle aussi au XVIe siècle. (P. Birraux). Pour comprendre les revendications des peuples d’Amazonie, il est important de se replonger dans leur histoire. Depuis le début de leur rencontre avec les "Blancs", mais en particulier depuis la moitié du XXe siècle, ils résistent au modèle de développement que l’on cherche à leur imposer de l’extérieur. Or leur existence est aujourd’hui plus que jamais mise en péril par les politiques économiques des États qui les abritent (B. Comoli).

    Mois missionnaire extraordinaire

    «Conciliant le temps du Synode avec celui du Mois missionnaire extraordinaire, François convoque les chrétiens à faire preuve de moins d’arrogance spirituelle » (L. Bittar). Ce pape, acquis à la cause missionnaire, martèle volontiers partout où il va que l’Église est en mission. (M. Rambaud). Là encore, se référer à l’Histoire peut s’avérer une aide précieuse pour envisager la mission aujourd’hui. Le bibliste Bernard Gosse revient sur l’histoire de l’Église au Guatemala qui n’a eu de cesse de balancer entre foi, économie et politique, mais aussi de flirter avec la sainteté. Claude Ducarroz parle de mission à travers la figure de Jacques Loew, prêtre-ouvrier, fondateur de la Mission ouvrière saints Pierre et Paul et de l’École de la foi. Quand aux témoignages de deux prêtres, l’un arrivé de Guinée pour servir en Suisse et l’autre ayant quitté Lucerne pour œuvrer dans les Andes boliviennes avant de diriger le service suisse des Œuvres pontificales missionnaires Missio (L. Bittar), ils éclairent de leur expérience le visage actuel d’un service en constante évolution. Tous deux sont d’avis que, bien préparés, les missionnaires sont un enrichissement pour l’Église universelle et pour les Églises locales. Et R.-Ferdinand Poswick osb de se demander comment faire d’Internet un lieu de communion en vue d’une meilleure évangélisation.

    Pour clore en beauté ce numéro, à ne pas manquer l’article du Stephan Ch. Kessler sj sur l’art comme médiateur de transcendance, ni les magnifiques images de Claudia Andujar et Aurélien Fontanet, deux photographes d’origine suisse qui offrent un regard atypique et militant sur l’Amazonie (notre portfolio). Des œuvres issues de l’exposition créée par le MEG en 2016 - Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt - qui se retrouve au devant de la scène depuis l’été à Nantes. (C. Fossati)

    Céline Fossati
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    SOMMAIRE
    n° 693, octobre-novembre-déembre 2019

    Éditorial
    Laboratoire de la Vie
    par Lucienne Bittar, rédactrice en chef

    AMAZONIE

    Église
    Synode, une affaire de vie
    par Joel Thompson sj
    Église
    Amérindiens, catholicisme et modernité
    par Véronique Lecaros, théologienne
    Exposition
    Le chamanisme et la pensée animiste
    par Céline Fossati, journaliste
    Photographie
    Regards d’ici et au-delà. Claudia Andujar et Aurélien Fontanet
    par Céline Fossati, journaliste
    Politique

    La résistance des peuples autochtones
    par Bernard Comoli, membre de AYA
    Histoire
    ONU, la stratégie des peuples autochtones
    par Pierrette Birraux, géographe et historienne

    MISSION

    Histoire
    L’Église des conquistadors au Guatemala
    par Bernard Gosse, bibliste
    Église
    Immersion et imitation, des clés pour devenir disciple
    par Matthias Rambaud, Missio
    Témoignages
    Une route, de multiples croisements
    par Lucienne Bittar, rédactrice en chef
    Portrait
    Jacques Loew, de conversion en conversion
    par Claude Ducarroz, prêtre
    Société
    À l’âge numérique. Autre homme, autre chrétien
    par R.-Ferdinand Poswick osb
    Arts
    Du vide et de l’accueil. L’Espace des arts Sankt Peter Köln
    par Stephan Ch. Kessler sj
    Cinéma
    Des films basés sur la foi, la niche de Sage Diffusion
    par Patrick Bittar, réalisateur

    CULTURE

    Exposition
    La fabrique de l’œuvre. De Matisse aux algorithmes
    par Geneviève Nevejan, historienne d’art
    Lettres
    La Suisse, symbole de Jérusalem. «L’Idiot» de Dostoïevski
    par Stephan Lipke sj

    LIVRES OUVERTS



  • Étienne Perrot sj - Soumise à votation le 10 février prochain dans le canton de Zurich, la nouvelle loi cantonale sur l’eau provoque de justes polémiques. Les uns accusent cette loi d’ouvrir la porte à la privatisation, le Conseil d’État zurichois s’en défend. Chaque électeur peut s’informer, d’abord des tenants et aboutissants de la loi litigieuse, mais aussi de la complexité technico-économique de ce type de problème.

    Mais cette information, aussi sérieuse fut-elle, ne dispensera pas les électeurs zurichois de prendre le risque d’un discernement personnel, en fonction des valeurs qui les portent. L’attitude civique en ce domaine, -qui est aussi la condition de la démocratie-, consiste à admettre que les constats et les analyses technico-économiques conditionnent mais ne déterminent jamais totalement les options politiques. Non pas simplement parce que ce qui est légal n’est pas toujours l’expression de ce qui est légitime, -c’est le ressort fondamental de la vie politique-, mais aussi parce que les valeurs portées par chacun des votants induisent des analyses et des options technico-économiques différentes. L’inverse s’appelle la technocratie qui fait passer des options morales et politiques sous couvert de contraintes techniques.

    Outre la technocratie, un autre danger menace notre démocratie. C’est le danger du cléricalisme moralisateur. Il consiste à faire passer des options techniques au nom d’une autorité qui n’en a pas la compétence. Le champion de football n’a pas plus de compétence que vous ou moi pour savoir s’il faut ou non privatiser la distribution de l’eau du canton. (Tout dépend de l’objectif visé, des contraintes notifiées par les sciences et les techniques, de l’horizon de temps que l’on se donne et des circonstances politico-culturelles.)

    Dans la même veine, je souscris pleinement à la critique faite récemment par le président du PDC Gerhard Pfister et la théologienne catholique Béatrice Acklin Zimmermann, membre du parti libéral-radical et conseillère générale à Fribourg. «Au sein du nouveau groupe de réflexion "Église/Politique", qu'ils ont récemment fondé avec des personnalités qui s'affirment toutes comme des chrétiens pratiquants, Gerhard Pfister et Béatrice Acklin Zimmermann veulent rappeler les Églises à leurs devoirs», rapporte www.cath.ch qui titre le 8 janvier 2019 : Le président du PDC veut renvoyer l'Église à la sacristie. En toute cohérence avec cette position, le qualificatif de «chrétien» du sigle PDC me paraît parfaitement incongru (comme tout parti politique qui se voudrait spécifiquement religieux).

    Non pas que je soutienne que la foi n’ait rien à voir avec la politique, -bien au contraire-. Ce que je critique, c’est l’utilisation de l’autorité religieuse au profit d’une cause particulière ou d’un programme défini. Ce qui est d’ailleurs conforme à la doctrine de l’enseignement social chrétien concernant l’application du principe de subsidiarité dans l’Église.

    À noter encore que la dernière livraison de la revue culturelle jésuite choisir (n°690, janvier-mars 2019) rassemble un dossier complet sur le sujet de l'eau. Dossier très instructif qui peut servir de bonne introduction au Festival Histoire et Cité sur le même thème qui se tiendra à l’Université de Genève, mais aussi à Lausanne, Yverdon et Sion du 27 au 31 mars prochain. Plus d'infos sur: https://histoire-cite.ch/ 

     

  • Franceitalie Étienne Perrot sj - Les ridicules invectives mutuelles échangées entre la France et l’Italie, -chacun des deux gouvernements accusant l’autre d’ingérence, au point que la France a rappelé son ambassadeur à Rome-, plus encore que les chiffres accablants du chômage dans ces deux pays limitrophes de la Suisse, attestent du déclin de l’Europe. Dans une chronique parue le 11 février 2019 dans le journal La Croix (Paris), un ancien vice-ministre des affaires étrangères italiennes, Mario Giro, tente d’exorciser ce phénomène consternant en évoquant le nécessaire respect mutuel et l’indispensable coopération entre pays européens.

    Lorsqu’on ne croit pas au diable personnifié, cet exorcisme, tout comme les invectives franco-italiennes auxquelles il croit répondre, soulage momentanément la conscience, sans faire avancer d’un pouce la solution du problème. Car parler de respect mutuel et de coopération, ce n’est finalement qu’honorer la définition paradoxale qu’un psychanalyste donnait à la responsabilité: «Syndrome non encore répertorié dans la nomenclature des troubles psychiatrique». Le psychanalyste explique: «Le sujet y campe dans un ‘tout est sûr’, ‘tout est là’ et se contente de résoudre les problèmes avec des mots.» Bref le respect dans la coopération entre pays européens n’est pas la solution, c’est le problème. Le général De Gaulle l’avait bien compris lorsqu’il avait posé, comme préalable à la coopération avec les pays de l’Est de l’Europe, la détente, puis l’entente, avant la coopération.

    Sur un point, je suis cependant d’accord avec Mario Giro: «le fait que l’un (des pays) déclinerait avant l’autre ne serait qu’une piètre consolation». Comme dit l’adage populaire «quand je me regarde, je me désole; mais quand je me compare, je me console». En fait nous savons fort bien que le malheur des autres, sauf -momentanément- rancune ou ressentiment porté par la vengeance, ne fait pas le bonheur. Car ces passions immédiates ancrent dans le passé et interdisent l’avenir. Quant à profiter du contre-exemple des autres, il ne faut pas trop y compter. L’exemple d’autrui est un peigne pour les chauves; il ne sert à rien.

    En revanche, parmi les considérations émises par l’ancien vice-ministre des affaires étrangères italiennes dans le journal La Croix, j’épingle un poncif qui témoigne, au mieux d’un manque d’analyse, au pire d’une idéologie tout juste capable de caresser dans le sens du poil la démagogie populiste. Mario Giro propose de «renégocier des règles qui ont été écrites en un temps de pensée unique hyper-libérale et qui ont échoué avec la crise…» Voilà une double erreur: les principes fondamentaux de l’Union européenne ont été négociés dans les années 1950 par des hommes politiques qui n’étaient pas mus par l’esprit libéral (c’étaient des «libéraux» à la manière américaine, c’est-à-dire des sociaux-démocrates). Quant à voir dans la crise la conséquence des principes sur lesquels s’est fondé l’Union européenne, c’est oublier que la crise vient de dérèglementation financière américaine.

    Les populistes européens d’aujourd’hui veulent remplacer cette économie sociale de marché voulue par les fondateurs de l’Europe par un système qui a dominé lors de la création des États-nations au XVIe siècle, le mercantilisme. Politiquement, le mercantilisme, comme le populisme aujourd’hui, repose sur un nationalisme qui tente de favoriser les «champions nationaux», par la manipulation monétaire, le jeu des réglementations, les subventions, la «préférence nationale». Le résultat en est toujours, à l’instar de l’Espagne au XVIe siècle, de la France au XVIIe - XVIIIe siècle, des pays rentiers contemporains -le Venezuela en est aujourd’hui l’affreuse caricature- l’affaiblissement économique et la gabegie sociale. À notre époque, le mercantilisme a été adopté, certes, mais vite abandonné, par tous les pays émergents: le Japon après-guerre, la Corée du Sud, l’Inde, la Chine. Agiter le chiffon rouge de l’hyper-libéralisme, c’est se payer de mots en laissant croire aux classes moyennes, immobilisées géographiquement dans leurs régions et coincées économiquement dans leurs secteurs d’activité, que l’État national permettrait à chacun de vivre aux dépends de tous les autres.

    photo: Pixabay/DR

  • Étienne Perrot sj - Parmi les revendications émergées du tohu-bohu des «gilets jaunes» en France voisine, est venue l’idée de Référendum d’initiative citoyenne, à l’image de la démocratie directe helvétique. L’idée est soutenue par les partis politiques de l’extrême, Mme Le Pen à droite, M. Mélenchon à gauche. Ils s’agit pour eux de surfer sur le sentiment populaire selon lequel les représentants élus ne sont pas fiables, et que le peuple doit pouvoir les congédier ad nutum, comme disent les juristes (littéralement au moindre signe du doigt), dès qu’ils déplaisent à une majorité de français.

    Le parti majoritaire actuel, celui du président Macron, a senti d’où vient le vent. Pour parer le coup, le Président de l’Assemblée Nationale, M. Richard Ferrand a critiqué le système suisse. Selon lui, les thèmes de votation sont sélectionnées par «des cliques affairistes et quelques lobbyistes». Ce qui est faux. Considérant comme une insulte envers la démocratie helvétique cette opinion dégagée de son contexte, M. Guillaume Barazzone a exigé des excuses publiques de la part de l’élu français indélicat. C’est donner beaucoup d’importance à des propos tenus par un homme politique aux abois.

    Il n’en reste pas moins vrai que la démocratie suisse n’est pas exportable. Non pas qu’une forme de démocratie directe ne soit pas pensable, mais parce que les systèmes politiques, comme toutes les affaires humaines, mêlent toujours, avec les valeurs affichées les mieux pensées, les sentiments et l’imaginaire. Ici comme dans les relations amoureuses, «le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas», comme disait Blaise Pascal. Or, ce qui fait toute la densité d’un système politique, c’est, sinon l’amitié entre les citoyens, comme le prétendait Aristote, du moins une culture commune, un rapport-au-monde pétri d’histoires plus ou moins mythiques, qui habillent un même sentir commun.

    C’est la raison pour laquelle je suis en plein accord avec l’historien et juriste vaudois Olivier Meuwly: huit siècles d’histoire helvétique ne sont pas transposables dans un pays incrusté de centralisme monarchique et de parisianisme jacobin. Comme le note cet historien dans une interview paru le 17 décembre 2018 dans Le Temps: «Les votations populaires impliquent un dialogue et l’acceptation de la défaite. La France n’a pas cette expérience politique. Le risque serait que l’on se retrouve avec les perdants descendant dans la rue le lendemain du scrutin pour manifester. Cela ne marcherait pas.» Par idéalisme naïf ou calcul de politique intérieure digne de Machiavel, les Américains ont cru que la démocratie pouvait s’exporter comme des voitures ou des avions. C’est faux. La sauce démocratique helvétique a ceci de commun avec ce fromage dont la publicité prétend que c’est un secret bien gardé. C’est le secret d’une histoire singulière, gardé non pas dans un coffre de banque, mais, à la manière de La lettre volée, le roman d’Edgar Poe, à la vue de tous ceux qui savent regarder.

  • Étienne Perrot sj - Ceux qui comptent sur les experts pour décider à leur place en seront pour leur frais. En témoigne l’audition publique de spécialistes réunis par une Commission du Conseil national. Ces experts ont tenté d’éclairer les tenants et aboutissant de l’accord institutionnel de la Suisse avec l’Union européenne. Pour les uns «cet accord n’est pas bon, car il laisse trop de questions ouvertes.» (Paul Widmer, professeur à l’Université de Saint-Gall et ancien ambassadeur). Pour les autres, cet accord est «équilibré» (Astrid Epiney, de Université de Fribourg). C’est un «compromis acceptable» (Christa Tobler, professeure de droit européen). Au cœur de la polémique, l’idée que chacun se fait de l’autonomie du «tribunal arbitral paritaire». Si elle est avérée, l’indépendance de ce tribunal est une garantie pour un petit pays comme la Suisse. Cache sexe qui maintiendra le pouvoir de la Cour de justice de l’Union européenne, rétorque Carl Baudenbacher, ancien président (pour le compte du Liechtenstein) de la Cour de l’AELE (Association Européenne de Libre Échange).

    Si les conséquences de l’accord-cadre sont difficiles à prévoir. Les conséquences d’un no-deal le sont plus encore. Il est vrai, comme dit l’humoriste, que la prévision est un art difficile «surtout quand elle porte sur l’avenir». C’est pourquoi, de la querelle des experts convoqués par la Commission du Conseil national, Le Temps conclut avec une certaine résignation: «Au terme de l’audition publique d’un aréopage de spécialistes par une commission du Conseil national, il apparaît que, chez les experts aussi, le soutien ou non à l’accord institutionnel avec l’UE est une question de foi.» (15 janvier 2019)

    J’épingle cette dernière formule, car le journaliste du Temps réduit cette question de foi à une vague opinion partagée entre «pro-européens optimistes et eurosceptiques pessimistes». Réduire la foi des experts à quelque sentiment a priori, c’est leur faire injure. Car, comme tout-un-chacun, face à un avenir incertain, les experts testent des hypothèses à la lumière des expériences passées. Comme toujours dans les questions humaines, -c’est à dire dans les problème de société,- les expériences passées ne sont jamais parfaitement renouvelables. (Ce qui n’est pas le cas avec les lois de la nature qui, à échelle humaine, sont suffisamment stables pour permettent de vérifier et de refaire les mêmes expériences.) C’est pourquoi, anticiper l’avenir politique en imaginant des scénarios souvent contradictoires, -comme ici pour l’accord-cadre avec l’Union européenne,- est à la fois nécessaire et frustrant. Nécessaire, parce que l’expert n’a pas d’autre outil pour éclairer la position du législateur. Frustrant parce qu’il sait que l’avenir le surprendra toujours, et souvent avec rudesse. Accepter cette perpétuelle remise en question qui fait progresser son intelligence («On pense comme on se heurte» disait Paul Valéry) voilà sa foi, qui est aussi sa consolation et sa dignité.

  • PeterRozicSJSe souvenir des crises pour remédier aux divisions

    2017 est une année d'anniversaires. Face aux crises actuelles, l'Europe ferait bien de se souvenir des réponses qu’elle a autrefois apportées aux défis auxquels elle était confrontée, estime le nouveau directeur du Jesuit European Social Center(JESC), Peter Rožič sj.

  • Quelque 29 ONG disent « Oui à la démocratie – Non à l’initiative de mise en œuvre »

    L’initiative de l’UDC dite “de mise en œuvre” Pour le renvoi effectif des étrangers criminels se pose « en entreprise de démolition contre la Suisse, contre les valeurs de notre démocratie, contre les piliers de l’Etat de droit ». Ce réquisitoire est publié le 22 décembre 2015 par 29 organisations non gouvernementales qui affirment que l’UDC, avec cette initiative, vise en particulier la Convention européenne des droits de l’homme.

    Plusieurs ONG chrétiennes, dont le Service jésuite des réfugiés de Suisse (JRS Suisse), font partie des opposants à cette initiative populaire pilotée par les “durs” de l’Union démocratique du centre (UDC).

  • Le commentaires d’un jésuite canadien sur la contribution des chrétiens à la construction d’une société «saine et pacifique» après l’entrée en vigueur de la loi anti-conversion donne espoir.

    primopiano 4890Don Doll sj © Magis