méditation

  • "J'aime" ou "J'aime pas" le confinement?

    Que faire quand on a rien à faire, ou qu'on frise le burnout dans son canapé à coups de télétravail et de vidéoconférences? Où trouver Dieu entre la cuisine et la télé?  En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne... Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Samedi 11 avril - "J'aime" ou "J'aime pas" le confinement?
    J'entends des gens qui n'hésitent pas à dire qu'ils «aiment» voire «profitent un max» du confinement, d'être forcés à freiner quand ils en étaient incapables seuls, ou pour une expérience de cohabitation forte: pas mal de jeunes Parisien.ne.s sont parti.e.s avec des ami.e.s - et ami.e.s d'ami.e.s - comme en vacances! Avec du boulot sous le bras...
    Ça peut faire grincer des dents celles et ceux qui n'en peuvent plus ou le voient forcément lié à la maladie de leurs proches. (Moi pour être honnête je bascule un peu d'un bord à l'autre...) Bien sûr, c'est un luxe de privilégiés dans un sens, si on compare à tou.te.s celles qui vont quand même travailler dans des conditions dangereuses ou épuisantes, ou qui perdent leur boulot, ou qui sont dans des ménages pleins de tensions voire de violence... Mais du moment qu'on est parmi ces privilégiés, pourquoi ne pas au moins en tirer du bon pour soi, au lieu de se l'interdire? On n'en sera que plus agréables pour les autres en ressortant!
    Et vous, oseriez-vous vous autoriser à dire «j'aime ce confinement comme je le vis»?

  • Aimer: passion ou action?

    Luc Ruedin sj - Chacun d'entre nous le sait bien: vivre vraiment, vivre pleinement c'est aimer, et c'est aimer vraiment. Pourtant, chacun le sait aussi, et c'est l'évidence: aimer ne se commande pas; aimer ne se dicte pas; aimer n'est pas un acte de volonté pure: «L'amour ne se commande pas, puisque c'est l'amour qui commande», comme l'écrit André Compte-Sponsville dans son Petit traité des grandes vertus (LGF/Le Livre de Poche 2018).

    La preuve? L'épreuve! Tomber amoureux s'éprouve! Être endeuillé d'un être cher s'éprouve! Ce sont passions, sentiments, états intérieurs de joies trop grandes, de tristesses trop pleines. Avant tout et d'abord aimer est donc passivité. Passion souvent qui nous déborde: «elle est tombée amoureuse» indique bien que... quelqu'un l'a fait tomber! «Il est affecté par la perte d'une épouse», dit bien que l'émotion bouleverse ce qui ne peut encore se réfléchir, se mettre en paroles, être fruit d'une activité. Un équilibre est rompu; une force nous atteint plus profond que notre conscience: explosion de vie inconnue, jouissive, savoureuse ou implosion d'une relation aimée, chérie qui semble disparaitre dans les pleurs du deuil...

    Aimer d'action vient après ou peut-être en même temps. Quelque chose en nous a été touché. Épris ou meurtris nous avons, à notre rythme, à conjuguer cette passivité. Nous avons à lui donner, grâce à notre liberté, une forme, une durée, une vie propre et unique. Nous avons à la transformer en respectant ses lenteurs, ses résistances. Si aimer est un sentiment, il se conjugue dans l'action. Là est le champ de notre liberté. Là s'éprouvent ses effets.

    Ainsi, c'est passer des flammes et éblouissements de la première rencontre à l'engendrement heureux et serein d'une amitié amoureuse: le feu aura su devenir foyer, l'éblouissement lumière... C'est, en ces durs chemins de séparation, de pleurs et de douleurs, trouver peu à peu, petit à petit, la présence intériorisée de celui ou de celle qui nous a quitté; de celui ou de celle qui vit en nous, présence enfouie mystérieusement. Présence au cœur de notre cœur que les oublis de notre mémoire et les rides du temps ne peuvent altérer.

    Aimer est passion et action. Aimer conjugue les deux dans ce subtil équilibre que l'Esprit-Saint peut nous donner de percevoir si nous nous disposons à l'écouter. Subtil équilibre que Son action nous donne de sentir dans notre existence dans la mesure où notre liberté croît. Pour cela, il importe que nous lui laissions la place. Il importe que nous soyons justement passifs à Son action pour que notre activité libérée puisse faire fructifier les fruits de Sa passion.

    Luc Ruedin sj

    Nature pxhere© pxhere 

  • Aller voir la Tour Eiffel

    Que faire quand on a rien à faire, ou qu'on frise le burnout dans son canapé à coups de télétravail et de vidéoconférences? Où trouver Dieu entre la cuisine et la télé?  En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne... Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Vendredi 1er mai - Aller voir la Tour Eiffel
    J'ai vraiment tout envisagé pour rejoindre le cœur de Paris ou mes ami.e.s, qui me manquent tellement: les tunnels façon pénitenciers américains, les delta-planes comme au-dessus du mur de Berlin, me bourrer les poches d'attestations obligatoires pour avoir droit à la ballade d'un kilomètre autour de chez soi, avec sur chacune une adresse différente... Mais résigné, j'ai recommencé à peindre le clocher voisin, par la fenêtre de ma chambre. Pourtant il me suffit de grimper un étage, et je vois au loin la Tour Eiffel.
    «L'essentiel est invisible pour les yeux», certes... mais si on s'aidait un peu quand même, en se projetant aussi loin que nos pupilles nous portent, pour voir un peu mieux encore «avec le cœur»?

  • Applaudissons les soignant.e.s! ... nous le sommes un peu aussi!

    Que faire quand on a rien à faire, ou qu'on frise le burnout dans son canapé à coups de télétravail et de vidéoconférences? Où trouver Dieu entre la cuisine et la télé?  En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne... Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Samedi 2 mai - Applaudissons les soignant.e.s!... nous le sommes un peu aussi!
    Même si ça me fait toujours relever de table, j'aime bien le rituel des applaudissements aux fenêtres. Je sais que certain.e.s soignant.e.s les reçoivent avec émotion. J'avoue: j'ai parfois la sensation, avec une agréable chaleur dans la poitrine, qu'on se les offre tou.te.s un peu aussi, ces applaudissements. C'est vrai qu'on a besoin d'une dose de courage et d'amour supplémentaire, pour traverser ces longues semaines. Mais aussi qu'avec celles et ceux qui péclotent à tour de rôle dans nos chaumières (comme nous-mêmes bien sûr), on est souvent invité.e.s à jouer les aide-soignant.e.s spirituel.le.s...
    Et vous, est-ce que vous pouvez vous autoriser à recevoir un peu pour vous les applaudissements destinés aux soignant.e.s?

  • Célébrer au jardin ou au balcon, avec prêtre... ou sans?

    En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose «quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne...» Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Mercredi 22 avril - Célébrer au jardin ou au balcon, avec prêtre... ou sans? 
    Pâques a été franchement rude pour bien des ami.e.s croyant.e.s qui ne se sont pas satisfait.e.s des retransmissions de messes télévisées. Comme beaucoup de communautés religieuses, nous avons choisi de ne pas profiter de la chance d'avoir des prêtres et une chapelle, pour suivre nous aussi une célébration à la télévision, par "solidarité". Et c'est vrai que la messe de la nuit de Pâques sur écran, avec le Pape dans une basilique Saint-Pierre déserte, entouré de cérémoniaires au visage lugubre, m'a peu fait frétiller de joie.
    Le lendemain matin, nous célébrions par contre sur un autel de fortune sous le cerisier du jardin, grattant la guitare et chantant gaiment la résurrection parmi les jonquilles. Des voisins curieux -et peut-être heureux?- suivaient au balcon. Un gamin taquin parodiait nos kyrie...
    Et si les messes avec prêtre et encens n'étaient pas la seule façon de célébrer? Et sans prétendre les "remplacer", si entre "simples" croyants riches de leur foi et de leur créativité, on partageait lectures bibliques, prière et chant autour de la table familiale, avec la même solennité et profondeur -et peut-être plus d'investissement du cœur?- que nos messes tant regrettées?

  • Comme des moines

    Que faire quand on a rien à faire, ou qu'on frise le burnout dans son canapé à coups de télétravail et de vidéoconférences? Où trouver Dieu entre la cuisine et la télé?  En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne... Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Jeudi 9 avril - Comme des moines
    De jeunes moniales racontent sur internet que pour elles, vivre toujours au même endroit, c'est le quotidien! Vouloir ça, est-ce qu'on ne s'est pas tou.te.s dit un jour que c'était de la folie? Beaucoup témoignent pourtant qu'ils/elles goûtent non seulement plus intensément chaque chose, mais aussi qu'ils/elles se sentent d'autant plus lié.e.s au sort du monde qui les entoure...
    Et nous? Un peu de solitude et de prière, pour tant de proches invisibles, pourraient-elles nous faire entrer dans l'expérience mystérieuse des moines et moniales?

  • Compagnons de galère

    Que faire quand on a rien à faire, ou qu'on frise le burnout dans son canapé à coups de télétravail et de vidéoconférences? Où trouver Dieu entre la cuisine et la télé?  En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne... Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Vendredi 17 avril - Compagnons de galère
    Aux repas, dans les couloirs, c'est chaque jour les mêmes têtes; fini les invité.e.s surprise, fini les petits bistrots parisiens. Mais quelle chance, ces têtes, de les voir sans un cadre d'écran autour. À force de moins courir la ville, on se devient très familiers. Les coups de gueule et les confidences sortent plus spontanément...

  • Créativité

    Que faire quand on a rien à faire, ou qu'on frise le burnout dans son canapé à coups de télétravail et de vidéoconférences? Où trouver Dieu entre la cuisine et la télé?  En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne... Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Mercredi 15 avril - Créativité
    La vieille dame seule que j'appelle régulièrement me dit «passez sous mon balcon, je vous lancerai des chocolats»... du cinquième, j'ai cru qu'elle allait m'assommer sous les pralines. «J'ai mis les gants pour les mettre dans le sachet», crie-t-elle. À la communauté, c'était soirée jam session avant-hier, «Prier avec Céline Dion» hier... créatifs, les compagnons.

  • De l'hygiène sanitaire... à la chasteté spirituelle

    Que faire quand on a rien à faire, ou qu'on frise le burnout dans son canapé à coups de télétravail et de vidéoconférences? Où trouver Dieu entre la cuisine et la télé?  En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne... Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Mardi 5 mai - De l'hygiène sanitaire... à la chasteté spirituelle
    Me méfier de toucher la moindre petite cuillère, sans parler de la main de mes proches, ça me rend dingue, parfois. Mais je me rappelle un beau poème sur la chasteté, conçue non comme privation sexuelle, mais comme la liberté de laisser les autres et les choses être ce qu'ils et elles sont, sans les inciter à correspondre à ce que nous voudrions. Toucher avec plus de précaution tout ce qui nous entoure, par crainte des infections, ça pourrait nous rappeler symboliquement que nous perdons souvent la liberté de l'autre, mais aussi sa beauté et son mystère, à vouloir «mettre la main» sur lui ou elle, par notre influence, nos paroles ou nos pensées.

  • Démocratisation des homélies

    En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose «quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne...» Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Dimanche 26 avril - Démocratisation des homélies
    Avec la fréquentation d'internet qui monte en flèche depuis le confinement, toutes formes de prises de parole, de partages de connaissances se démocratisent... tout comme -absence de messes publiques obligent- les propositions d'homélies! Des ami.e.s pleines de bonne théologie et de créativité, avec un brin de saine provocation, avaient lancé en décembre déjà un site sur lequel elles proposaient des homélies écrites et récitées principalement par des femmes, sur les mêmes textes commentés à la messe par nos curés. Des approches spirituelles puissantes tirées du quotidien de chacun.e, qui changent de certaines prédications théoriques sorties des fonds de tiroir du séminaire.
    Les empêchements du coronavirus ne nous invitent-ils pas à réaliser les intuitions fondatrices du Concile Vatican II, puis du pape François fustigeant le cléricalisme, et invitant tou.te.s les fidèles à se sentir porteurs/euses de l'Évangile et de la mission du Christ? L'homélie du Vendredi-Saint, par une travailleuse de l'église genevoise auprès des pauvres, retransmet même la parole des marginalisés, des gens de la rue qui ont souvent une perception plus aigüe et concrète de ce Dieu qui nous rejoint jusque sur nos pires calvaires...
    Et vous, si vous vous offriez une homélie rafraîchissante et engagée sur https://ohmygoddess.fr ?

  • Écologie: ne sortez pas de chez vous comme avant...

    En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose «quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne...» Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Mardi 21 avril - Écologie: ne sortez pas de chez vous comme avant...
    "Profitons-en pour ralentir, lire, réfléchir..." Ces recommandations sont vite devenues proverbiales. Mais je rigole un peu amèrement: en fait, c'est comme si tout devait continuer pareil... sur internet; mes ami.e.s étudiant.e.s ou en entreprise disent qu'ils et elles ont même plus de travail et de réunions. Dans un article, Bruno Latour remarque que le virus a pourtant réussi à faire faire aux gouvernements ce dont ils se prétendaient impuissants pour enrayer la crise écologique: freiner massivement l'économie. Il propose d'en profiter pour ne pas redémarrer tout comme avant, et de discerner à partir de 'expérience de ce confinement pour distinguer ce qui est vraiment indispensable, de ce qui pourrait être écrémé, parmi nos innombrables boulots, voyages, rendez-vous, listes de choses à faire...
    Et vous? Quelles sont vos intentions?

  • Enterrement et gazouillis

    En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose «quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne...» Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Jeudi 23 avril -Enterrement et gazouillis
    Voir descendre les cercueils de trois confrères l'un après l'autre, avec toute la lenteur de la démarche, ça marque les yeux et l'esprit. Mais à la toute fin de l'enterrement, j'entends une petite fille d'un immeuble voisin qui commence sa leçon de chant, et dans le fond du cimetière des chants de mouettes! Comme si l'appel du large et la poésie du quotidien étaient l'enchaînement évident d'un rituel funéraire...
    Et vous, qu'est-ce que la nature vous chante, dans les moments de deuil ou de solitude?

  • Exorciser mes peurs

    Que faire quand on a rien à faire, ou qu'on frise le burnout dans son canapé à coups de télétravail et de vidéoconférences? Où trouver Dieu entre la cuisine et la télé?  En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne... Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Vendredi 10 avril - Exorciser mes peurs
    À tout moment ça se culbute dans mon ciboulot: On va tous mourir, ça y est j'ai la fièvre, je vais rester trois ans sans voir les ami.e.s, celui-là a oublié de se laver les mains, on a bientôt fini le PQ, etc... Dieu accepte d'écouter de ces choses... mais une fois tout ça lâché, Il-Elle se réaffirme comme un.e Dieu des silences habités, des solitudes repeuplées, des désespoirs traversés...

  • Faire apparaître le Ressuscité

    En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose «quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne...» Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Vendredi  24 avril - Faire apparaître le Ressuscité
    Ce dimanche pour la "marche" méditative en visioconférence, devenue traditionnelle avec cette joie de voir apparaître une vingtaine de visages sur mon écran, on a médité à choix sur Marie Madeleine au tombeau (Jn 20, 11-18), ou sur... Oscar Wilde: «Les choses sont parce que nous les voyons. On ne voit quelque chose que si l’on en voit la beauté. Alors, et alors seulement, elle vient à l’existence.» Et si on se disait que Jésus n'apparaît pas seulement à Marie parce qu'il est ressuscité, mais à l'inverse aussi que c'est son regard inlassable à elle, porté par son désir, qui permet à Celui qui est déjà là de devenir visible?
    Et nous, si nous prenions le temps de poser des yeux plus amoureux et espérant sur notre entourage immédiat, est-ce que nous n'y verrions pas "apparaître" quelques figures de résurrection, comme ce papillon blanc dans le jardin d'une amie, improvisée poétesse?

  • Investir dans les ensevelissements... pour la vie?

    Que faire quand on a rien à faire, ou qu'on frise le burnout dans son canapé à coups de télétravail et de vidéoconférences? Où trouver Dieu entre la cuisine et la télé?  En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne... Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Jeudi 30 avril - Investir dans les ensevelissements... pour la vie?
    J'aime beaucoup la scène où Jésus se voit joliment inonder de parfum par Marie de Béthanie. Elle a fait cela "en vue de mon ensevelissement" (Jn 12,7) dit le Christ.
    En cette période où il y a tant d'enterrements, je me dis: plutôt que de dépenser "300 deniers" comme précise l'évangéliste  -en gros un an de SMIC- pour l'heure où il sera déjà trop tard... il vaudrait mieux investir dans des masques ou du gel désinfectant. L'instant d'après, un peu sombre à la sortie du cimetière, je suis frappé par mon supérieur qui me dit (se surprenant lui-même alors qu'il a animé tant d'enterrements): "C'est quand même important ces rituels, on accompagne des personnes, avec un corps,...» Mettre les moyens, simplement prendre le temps pour réaliser jusqu'au bout le "passage" d'un corps, c'est sans doute une aide importante pour revenir à la vie, accompagné par l'être aimé tout entier, dans son mystère profond.

  • La foi pour liberté

    «Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres.»

    Le commentaire de l’Évangile du jour de Valerio Ciriello sj - L’Évangile d’aujourd’hui semble, une fois de plus, porter sur le meurtre. Jusque là, rien d'original: tuer quelqu’un qui dérange d’autres personnes à cause de ses déclarations ou de ses actions, ce n’est pas nouveau dans les récits bibliques, bien au contraire.
    On pourrait donc penser que le message principal du texte est d’avertir les croyants d’aujourd’hui que ceux qui "prêchent bien", en l’occurrence Jésus lui-même, risquent leur vie, hier comme aujourd’hui.

  • Le Quadrangle (1915)

    malevitch quadrangle 1915La première apparition du Quadrangle remonte à 1913 lorsque Malevitch travaille sur les décors et les costumes de l’opéra La Victoire sur le soleil de Kroutchonykh et Matiouchine.

  • Le tissu de méditation de Nicolas de Flue

    Bruno Fuglistaller sj- Méditer à l'aide de la reproduction de Le tissu de méditation de Nicolas de Flue: un tissu de lin peint a tempera de 87,5 x 80,5 cm datant d’environ 1480.

    malevitch quadrangle 1915Une histoire complexe

    Cette tenture peinture au XVe a été tendue sur un cadre en 1611 et complétée par une inscription. Elle est propriété de la paroisse de Sachseln (dans le canton d'Obwald) où elle est conservée. C’est une copie que l'on peut admirer dans l’église de Sachseln.

    Trois sources évoquent cette toile de méditation de Nicolas de Flue de Flüeli-Ranft, charmant village situé sur le chemin de Saint-Jacques, patrie d’origine de Frère Nicolas:
    1. Un pèlerin anonyme parle d’une rencontre avec Nicolas de Flue. Il évoque les questions qu'il lui aurait posées et les réponses qu'il aurait reçues. À une question, Nicolas lui aurait répondu: «Je vais te montrer le livre dans lequel j’apprends». Nicolas de Flue lui aurait alors montré la tenture sur laquelle était représenté ce qui ressemble à une roue avec ses rayons. Ce récit a conduit à l’hypothèse que le tissu ne contenait d’abord qu'une esquisse de Roue et que les six médaillons auraient été ajoutés plus tard. Toutefois, accompagnant le même récit se trouve une gravure sur laquelle l’image intégrale est représentée. Il semble donc que ce récit soit faux.
    2. Dans la biographe Gundelfingen (1485 – 1488), ce dernier écrit, sans doute après une rencontre avec Nicolas de Flue: «N’a-t-il pas aussi appris à l’école de l’Esprit Saint? Voilà d’où vient l’image qu’il a faite peindre dans sa cellule. Image qui reflète toute la divinité».
    3. Dans un échange épistolaire entre Bovillius et Horius (1503), il est question de cette toile de méditation. On parle alors des épées (plutôt que des rayons). Ceci conduisit à la fausse interprétation, selon laquelle Luther (qui a largement diffusé la prière de Saint-Nicolas) s’est senti confirmé dans ses choix.

    Histoire d'une œuvre

    Qui a peint cette tenture? Qui a conçu cette méditation sur la Trinité et les six médaillons? En fait, on ne le sait pas. Mais nous connaissons le milieu dans lequel elle a été produite. D’un point de vue de l’histoire de l’art, on peut établir un lien avec les tentures de carême du Moyen Âge tardif, avec entre autres par exemple, la tenture de l’Altdorf (1421), de Zoug (1465) et particulièrement celle de Zittau (1472). Ces tentures étaient suspendues devant le grand autel et racontait l’histoire du salut ou la passion afin d’aider à leur méditation. La tenture de Zittau (58 m² contenant 90 scènes de l’histoire de la création) manifeste de nombreuses similitudes avec notre tenture. Le médaillon de la naissance, de l’arrestation et de la crucifixion sont comparables.

    D’un point de vue théologique et spirituel, ce sont les auteurs de la mystique rhénane qui ont inspiré l’auteur de la tenture. Ces derniers ont approfondi et diffusé le thème traditionnel de l’établissement de Dieu (Einwohnung) qui était cher à Maître Eckhart, Henri Suso, et Jean Tauler. Chacun d’entre eux aurait pu influencer Nicolas de Flue -pas directement- à travers ses confesseurs et par le climat général dans la spiritualité. Parmi les proches de Nicolas de Flue, il faut compter son ami Heimo Amgrund, curé de Stans, et aussi le curé de Kerns Oswald Isner. Plus tard, aussi son chapelain Peter Bachtaler. C’est le même Esprit Saint qui a inspiré ces mystiques et qui a inspiré l’auteur de la tenture.

    (Source: Ce commentaire est largement inspiré de l’ouvrage de Bernard Schubiger, Le tissu de méditation de Nicolas de Flue, une boussole pour la vie, Ed. du Parvis, 2018.)

    Quelques pistes pour regarder et méditer sur «Le tissu de méditation de Nicolas de Flue»

    La structure de base de l’image est le cercle (la divinité), qui est inséré dans un carré (la terre, l’humain).

    En suivant l’ordre des médaillons (de bas en haut), on voit :
    • l’Annonciation,
    • la Nativité,
    • le Père qui bénit la création,
    • l’arrestation de Jésus et le baiser de Judas,
    • la Crucifixion,
    • l’Eucharistie,
    • et au centre, le Christ roi.

    Deux médaillons ne sont pas présentés dans l’ordre chronologique de la vie du Christ. La bénédiction de la Création devrait représenter l’enseignement de Jésus; mais il est venu pour révéler l’amour et la miséricorde de Dieu le Père. La scène de l’Eucharistie devrait en fait être la scène de la résurrection; mais ce sacrement est lui-même la fête de la mort et de la résurrection du Christ. Il est la présence réelle qui est manifestée par ce rayon. Le rayon qui vient du centre et va directement pointer le pain eucharistique qui est devenu le corps du Christ.

    Interprétation des médaillons par le biais des vertus théologales

    La foi
    Elle est le chemin du disciple qui est devenu un pèlerin du Christ. Si nous regardons les objets qui se trouvent sur le sol dans les six médaillons, nous découvrons le chemin du pèlerin, qui laisse tomber ses béquilles.
    Avec la naissance il prend le bâton de pèlerin et le sac et s’en remet à la providence qui apporte boissons et nourriture. Il devient intérieurement et extérieurement libre et dépose tout au pied de la croix. Dans l’adoration eucharistique le Christ est comme un miroir, qui lui permet de voir toute sa vie commune histoire de salut. Par l’adoration eucharistique le disciple entre dans le mystère de la Trinité qui est présente dans sa vie et son cœur.

    L’amour
    Par la prière le disciple découvre les six œuvres de charité. Six clés montrent le chemin pour arriver au royaume: visiter les malades (les béquilles), accueillir l’étranger, particulièrement le pèlerin (bâton et sacs), donner à manger et à boire (pain et cruches), visiter les prisonniers (menottes), vêtir ceux qui sont nus (les habits), honorer les morts (cercueil). Au centre on voit alors Dieu sur son trône au moment du jugement dernier.

    L’espérance
    Trois rayons, fin au centre et large aux extrêmes: par les oreilles nous entendons le père est créateur, par les yeux nous contemplons Jésus en croix et par la bouche nous recevons le souffle de l’Esprit Saint. La Trinité se révèle par ces trois grands mystères et se réunit dans l’unité. Trois rayons fins dans les extrémités et larges au centre: Dieu se fait tout petit dans la naissance, de sorte que chacun peut le recevoir et l’accueillir, il vit tout dans l’humilité et l’abandon (arrestation) et se rend présent dans l’humble hostie.

    Les quatre médaillons carrés représentent les quatre évangélistes qui par leur message permettent d’accéder à ces mystères.

    L’espace pictural est divisé en deux, avec les médaillons ronds du bas (Annonciation, Nativité, Eucharistie) qui représentent la scène dans un espace clos ou en tout cas délimité. Ceci peut mettre en évidence l’abaissement du Christ. Et les médaillons ronds du haut (Bénédiction de la Création, Arrestation de Jésus et Crucifixion) qui manifestent une action à portée «illimitée».

    Le rouge joue aussi un rôle important. Il marque le cadre de la toile. On le trouve aussi autour des médaillons des évangélistes, tout comme dans le cercle entourant le Christ roi et immédiatement proche de lui. On le voit encore dans plusieurs scènes: l’Annonciation, dans la cape de l’ange; dans la cape du Père bénissant la Création; dans le vêtement de la personne qui couronne le Christ d’épines, dans le cadre du tableau d’autel du médaillon de l’eucharistie. Curieusement il est absent des scènes de la Nativité et de la Crucifixion.

    Bruno Fuglistaller sj


    Prochaines méditations à l'aide d'une œuvre d'art
    (d'une durée de 20 minutes environ dont un petit commentaire introductif)

    Dates: les 30 octobre 2019 et 27 novembre 2019, et les 29 janvier (exceptionnellement cette saison, il n'y aura pas de session en février et en mars), 29 avril, 27 mai et 24 juin 2020.

    Les méditations sont proposées le mercredi soir (après l'Eucharistie de 18h45)

  • Marche méditative sans bouger?

    Que faire quand on a rien à faire, ou qu'on frise le burnout dans son canapé à coups de télétravail et de vidéoconférences? Où trouver Dieu entre la cuisine et la télé?  En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne... Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Jeudi 16 avril - «Marche» méditative sans bouger?
    Depuis trois dimanches, on tente l'expérience de prolonger les marches méditatives mensuelles poursuivies depuis deux ans en forêt parisienne, mais... en visioconférence. Une marcheuse apparaît dans son salon, l'autre sous le vent breton, etc. Chacun-e porte des lassitudes, le souci d'ami.e.s malades ou isolé.e.s. On médite avec le bouddhiste Thich Nhat Han («Que chaque pas soit pour la Terre un baiser de ton pied...»), ou avec Elie découragé («c’en est trop! Reprends ma vie»), qu'un ange nourrit, laisse dormir et relève (1 Rois 19, 3-8). Après avoir infusé ces textes dans un fond de fauteuil ou le sous-bois voisin, ou rouvert les yeux sur la grande Bible illustrée de la nature autour de nous, chacun.e revient témoigner devant son écran d'une perle reçue dans le silence.
    Et vous, où pêcherez-vous une parole de Dieu adressée à ce que vous vivez, dans un texte ou dans les discret signaux de la nature près de vous?

  • Messe sur le monde

    Que faire quand on a rien à faire, ou qu'on frise le burnout dans son canapé à coups de télétravail et de vidéoconférences? Où trouver Dieu entre la cuisine et la télé?  En ces jours de confinement, Julien Lambert sj propose quelques inspirations inespérées au fil des jours, cueillies entre les quatre murs de ma communauté jésuite parisienne... Avec pour chacune une invitation à la méditation personnelle.

    Mardi 14 avril - Messe sur le monde
    Célébrer la messe entre nous à un mètre de distance, en se faisant la paix du christ d'un coucou de la main, quand d'autres ont jeûné à Pâques... drôles de frères. Je culpabilise. Heureusement, Teilhard de Chardin sj me rappelle sa créativité liturgique: «Puisqu'une fois encore, Seigneur, je n'ai ni pain, ni vin, ni autel, je m'élèverai par dessus les symboles et je vous offrirai, moi votre prêtre, le travail et la peine du monde...»