média

  • Le numérique, garant de la continuité religieuse ?

    La Covid-19 a conduit à repenser les relations professionnelles et sociales, notamment par l’incitation à la distanciation physique. Il a fallu les ajuster aux modalités proposées par les réseaux numériques et leurs acteurs, en période de confinement notamment, en complément ou substituts des activités menées en présence mutuelle. Il en va de même du religieux qui, pour une partie, s’est vu jusqu’il y a peu en France empêcher d’organiser rencontres et célébrations. Ces dernières ont même été accusées d’avoir occasionné la diffusion virale de façon assez nette, en plusieurs endroits (notamment le rassemblement évangélique « Les portes ouvertes chrétiennes » de Mulhouse en février 2020). Pour assurer une forme de continuité en cette période de crise et d’absence de rassemblements, les religions ont eu recours à des dispositifs numériques que David Douyère, professeur de sciences de l'information et de la communication de l'Université de Tours, a analysés un article publié sur la version française du site The Conversation.

  • Journalisme "constructif"

    GoodNews lddÉtienne Perrot sj - Un éditorial d’un grand journal roman prétend que les médias «peuvent faire acte de volontarisme et développer un journalisme constructif. Les lecteurs en redemandent» (Le Temps, 27 juillet 2019). Et d’évoquer, à côté de la canicule qui vient, une nouvelle fois, de frapper les pays de l’hémisphère Nord, la biodiversité en déclin, les guerres en Syrie ou au Yémen, l’effondrement économique et social du Venezuela et de la Libye, les centaines de migrants noyés en Méditerranée. La journaliste aurait pu allonger la liste ad nauseum.

    Vouloir «un journalisme constructif», je suis d’accord. Pour l’éditorialiste du Temps, ce journalisme constructif consiste à fournir «un autre type d’information, qui montre une autre facette de l’homme, plus prometteuse, plus constructive». La manière en est d’épingler des personnages qui font honneur à l’humanité, tel le consul de Pologne à Berne qui, durant la dernière guerre, a sauvé des milliers de juifs. Bref, aux vues de cet exemple et de quelques autres évoqués par l’éditorialiste «Le monde n’est pas si noir, ni si méchant, ni si paralysé qu’il peut sembler». Je reconnais ces côtés positifs de la nature humaine (c’est d’ailleurs l’essentiel de la Bonne Nouvelle des évangiles: le bon grain est mêlé à l’ivraie, le Samaritain secourt efficacement le blessé, les païens eux-mêmes aiment ceux qui les aiment, et les chrétiens sont invités à aimer ceux qui ne les aiment pas !)

    J’ajoute cependant deux sous dans cette belle musique «redemandée par les lecteurs» -on les comprend en cette période estivale, car les bonnes nouvelles sont plus reposantes que les mauvaises-. Qu’ils soient heureux ou malheureux, les événements rapportés par les journaux peuvent au mieux jouer le seul rôle que jouent dans l’expérience humaine l’admiration (pour les actes dignes de l’être humain) ou l’indignation (pour les actes indignes). Dans le meilleur de tous ces deux cas, ils ébranlent les certitudes, fracturent le mur des jugements habituels où chacun est enfermé par l’éducation qu’il a reçu et par la sensibilité toujours lacunaire du milieu où il baigne.

    En revanche, l’essentiel chemine au-delà de l’admiration ou de l’indignation. Il faut transformer le sentiment initial d’admiration en imitation, d’indignation en engagement. La condition en est l’analyse critique des conditions qui ont pu faire émerger de telles postures admirable ou détestables. Pour ne pas enfermer le lecteur dans ses premiers sentiments d’admiration ou d’indignation, fournir les moyens d’une telle analyse, tel est l’enjeu d’un vrai journalisme «constructif». À défaut de cet effort journalistique, la réaction du lectorat sera du mode: «Certes, mon journal rapporte un acte admirable qui me fait chaud au cœur; l’humanité n’est pas si mauvaise que cela! mais je ne suis pas dans des circonstances semblables, ni en état de faire pareil…»

  • La parité dans les médias

    Étienne Perrot sj  - Depuis le jeudi 4 juillet 2019, dans les locaux du journal Le Temps, une sorte de gros cadran d’horloge attire l’attention. Ce que montre ce bricolage, c’est, «en temps réel» (l’expression ne s’invente pas), la part des femmes mentionnées dans les 25 derniers articles du journal. Le lendemain, la photo du susdit montage, telle qu’elle fut publiée sur le site du journal, affichait un petit 22%. On est loi du fameux 50% qui trône en caractère gras, au sommet du cadran. J’ai la tentation d’écrire, singeant une phrase célèbre touchant la démocratie dans un pays où l’on attendait le dépérissement de l’État: «Encore un effort, chers journalistes, pour être vraiment équitables envers les femmes».

    Mais deux raisons me retiennent sur cette pente d’une ironie de mauvais goût. La première relève du mensonge inhérent aux statistiques. Comme chacun sait, il y a deux façons de mentir, la première est de ne pas dire la vérité, la seconde est de faire des statistiques. Les conseillers en finance connaissent bien la chose; face à un client soucieux, pour camoufler le risque d’un placement, on le noie dans les statistiques, en invoquant à grand renfort de chiffres, le calcul des probabilités. C’est oublier qu’une statistique (qui joue sur la loi des grands nombres) n’est pas un diagnostic (qui tient compte de la particularité des personnes, ce qu’elle font, leur itinéraire singulier, leur contexte -ici des femmes citées dans les articles du Temps).

    La seconde raison m’est inspirée par une pratique courante dans les milieux de la recherche scientifique. Les articles publiés dans les revues de très haut niveau sont souvent signés par tous les membres du laboratoire, -chaque chercheur peut ainsi capitaliser sur son nom un grand nombre de publications-; le nom du chef du laboratoire apparaît généralement en bonne place, même lorsqu’il n’a pris aucune place dans la recherche; souvent, il n’a fait que cautionner les protocoles de recherche. Cependant, à la seule vue des signatures, il est impossible de savoir l’apport de chacun dans le travail. Il en est de même pour les femmes citées dans les articles du Temps. Imaginons que le rédacteur en chef multiplie les petits articles plus ou moins insignifiants incorporant le nom d’une femme. Aussitôt -puisque l’indicateur est supposé varier en temps réel- le curseur s’approchera des 50%, voire dépassera l’équilibre visé.

    Morale de l’histoire: la parité formelle ne suffit pas nécessairement pour faire justice aux femmes.

  • Les couleurs du bonheur

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    Ce numéro aurait pu s’intituler "la couleur du bonheur" si couleurs et bonheur n’étaient pas affaires de perceptions, personnelles et collectives, neurobiologiques et culturelles. C’est ce qu’indique cette édition d’été, dont la conception a été lancée avant la pandémie de la Covid-19.

    Écouter la voix du bonheur

    De celle-ci, la plupart des confinés ont retenu un fait d’importance, note dans l’éditorial P. Emonet sj: «Le chemin du bonheur passe par le prochain. (…) Parce que l’homme est viscéralement un être social, seule la présence de l’Autre apaise sa nostalgie congénitale.» Ce que le témoignage de vie et de partage laissé par Sœur Emmanuelle (L. Bittar) ne dément pas ; ni le bouleversant récit de l’aumônier R. Wicht, accompagnant dans ses derniers instants Monsieur P., un homme âgé quittant le monde le cœur serein et reconnaissant. Cette attente intime de bonheur, nous l’apaisons dans ces rares moments «où je ne sais quoi vient à nous et nous emporte en élargissant et en élargissant encore l’espace devant nous», dit l’essayiste Y. Mudry, pour qui le poète est le meilleur des guides dans cette recherche. Alors, le bonheur ne serait qu’affaire de perception, d’ouverture à l’autre et au monde? Il serait entre nos mains? L’équation n’est pas si simple, vient rappeler le jésuite J. Trublet à la lecture de la Bible: le bonheur dépend aussi de Dieu, qui nous en a fait la promesse … mais tarde à l’accomplir ! Pour mieux laisser l’homme gagner en sagesse à l’échelle des épreuves? La leçon serait rude si la Bible ne nous ramenait pas à la douceur de toute intimité voulue avec Dieu… Ce paradoxe d’un bonheur auquel chacun aspire, mais qui nous échappe le plus souvent, interpelle toutes les philosophies et religions. Deux exemples dans cette édition, avec M. Porret qui plonge dans la littérature utopiste des temps des Lumières, et J. Scheuer sj, qui initie les lecteurs aux textes fondateurs de l’hindouisme, les Védas puis les Upanishad, ouvrant un autre chemin d’accès à la plénitude. Une chose reste certaine, le bonheur n’est pas affaire de biens matériels (E. Perrot) ni simple affaire de récompense, comme le montre l’interview par C. Fossati du neurobiologiste S. Bouret, se basant sur la recherche animale.

    Le langage des couleurs

    Les animaux sont aussi de la fête dans notre deuxième dossier. L’exubérance en matière de couleur dans le monde animal n’est pas qu’affaire de beauté, mais a sa nécessité montre C. Laubut. Il en va de même pour les humains, explique J. G. Causse dans son interview (L. Bittar). Si les couleurs sont affaires de perceptions cérébrales, chacune d’entre elle a son utilité et agit sur nous tant pour des raisons physiologiques que de projections culturelles. Des représentations pleinement exploitées tout au long de l’histoire par l’industrie alimentaires (A. Chevillot). Partant aussi des valeurs, l’historienne N. Boulouch relate le passage de la photographie en noir et blanc à la photographie couleur et les querelles relevant de ces deux expressions artistiques. Enfin, l’été étant un temps propice aux ballades, pourquoi ne pas prendre la route pour se plonger dans ces «images vivantes» que sont les vitraux de la Collégiale de Romont et de la Rose de la cathédrale de Lausanne, à la suite de l’historien de l’art Stefan Trümpler? Et découvrir toute la dextérité des artistes verriers du Moyen Âge et la «quatrième dimension de leurs œuvres d’art» que les outils informatiques modernes permettent d’explorer.
    À ne pas manquer aussi, le reportage coloré (dans tous les sens du terme) du photographe suisse D. Ruef, réalisé au Biafra à l’occasion des 50 ans de la fin de la guerre civile au Nigéria. Une plongée dans un monde où le religieux teint tout le quotidien de la population.
    Bonne lecture!

    Lucienne Bittar
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    SOMMAIRE
    n° 696, juillet-août-septembre 2020

    Éditorial
    Le bonheur à l’école du virus 
    par Pierre Emonet sj

    BONHEUR
    Spiritualité
    Le ciel sur la terre: là où ça chante 
    par Yvan Mudry
    Bible
    Une promesse paradoxale
    par Jacques Trublet sj
    Philosophie
    Coûteux phantasme
    par Étienne Perrot sj

    Témoignage
    Le champagne de Sr Emmanuelle 
    par Lucienne Bittar
    Témoignage
    Partir les mains pleines
    par  Rachel Wicht
    Religions
    Désirs, fatalité, liberté, un éclairage hindou
    par Jacques Scheuer sj
    Lettres
    Utopie des Lumières
    par Michel Porret
    Sciences
    Le goût de l’effort et de la récompense
    par Céline Fossati

    COULEURS

    Sciences
    Les animaux nous en mettent plein la vue
    par Chloé Laubu
    Histoire
    Manger avec les yeux peut être trompeur
    par Annick Chevillot
    Société
    Des illusions aux effets réels
    entretien avec le designer Jean-Gabriel Causse
    par Lucienne Bittar
    Arts
    À la Collégiale de Romont
    chaque heure est différente
    par Stefan Trümpler
    Photographie
    Une histoire de valeurs
    par Nathalie Boulouch

    CULTURE

    Reportage
    Au nom de Dieu: le Biafra aujourd’hui
    par Didier Ruef
    Lettres
    Pipou (inédit)
    par Bernard Utz

    LIVRES OUVERTS