jeunes

  • JWL aide les enseignants à donner leurs cours en ligne

    L’association Jesuit Worldwide Learning (JWL) basée à Genève, et l'Université catholique (KU) Eichstätt-Ingolstadt, en Allemagne, collaborent avec succès depuis de nombreuses années. Ils lancent un nouveau programme de cours en ligne qui mets les méthodes d'enseignement et d'apprentissage numériques au cœur du propos. Un programme destinés aussi aux enseignants d'ici et d'ailleurs.

  • « L'Eglise doit grandir »

    Dialogue du pape avec des jésuites polonais lors des JMJ 2016 à Cracovie

    « L’Église aujourd’hui a besoin de grandir dans la capacité du discernement spirituel », a affirmé le pape François devant un groupe de 28 jésuites polonais, qu’il a rencontrés au cours de son voyage apostolique en Pologne, à l’occasion des JMJ à Cracovie, le 30 juillet 2016.

  • Aimer l'humanité dans ses/mes misères

    Julien Lambert sj relève périodiquement trois perles tirées de son quotidien de jeune religieux étudiant à Paris. L'année universitaire écoulée fut une «intense année de méditation, d’études philo-théologiques et de vie religieuse au quotidien dans la mégapole parisienne» pour le cadet des jésuites suisses. L’occasion d’une relecture spirituelle, humoristique et «humeuristique», de ses expériences théâtrales, féministico-ecclésiastiques et émotionnelles…

    Perles quotidiennes
    Les enfants n'incarnent pas «l'avenir», mais un présent... déconcertant

    "Grâce" à mes parents profs, j'ai toujours eu peur des ados. Mais dans un atelier-théâtre, ça peut se passer bien, m'étais-je dit à la rentrée. Alors je me suis lancé: je les ai fait improviser sur les sujets de leurs vies pour construire un spectacle expérimental. Avec, à chaque séance, un tour de partage de leur ressenti.
    Perplexes parfois, tou·te·s ont d'abord suivi poliment. Mais quand l'expérimentation s’est mise à piétiner, plusieur·e·s se sont mis·e·s à s'impatienter... On a fini par constituer une histoire de parents divisés, et d'enfant défiant le cynisme des présidents au sujet de la crise écologique. Mais là aussi, difficile de faire s'exprimer les élèves sur ces sujets qui inquiètent tant ma génération. Eux préfèrent jouer, et excellent dans des impros ironiques sur l'idéalisme écologique. Je déchante donc un peu. Mais j'ose encore moins m'en plaindre, quand avec d'autres ados moins "favorisé·e·s", en pèlerinage à Lisieux, je constate à bout de nerfs que l'autorité des enseignants suscite aussi peu leur attention et leur respect qu'une messe solennelle...
    Mes amis instit's me racontaient dernièrement comment l'emprise des Smartphones et d'Internet pouvait transformer la capacité d'attention des enfants. Mes amis en couple hésitent quant à eux parfois à en faire...
    Quand arrive la soirée de présentation des ateliers, les élèves ont encore interverti des rôles, le fond sonore disco de l'atelier-danse noie mes dernières indications soufflées en bord de scène. Mais nonobstant la panique de leur metteur en scène, mes acteur·rice·s de treize ans se lancent, séduisent le public avec des blagues ajoutées de leur cru. Lors des derniers ateliers, tou·te·s m'épatent encore par la créativité impertinente des scènes improvisées sur n'importe quel thème en quelques minutes.
    Et si les Smartphones n'étouffaient pas toute créativité? Et si on laissait à ces adultes de demain une chance d'inventer un monde habitable sans leur souffler les solutions... que nous n'avons pas?
    Un peu similairement, quand j'accompagne des groupes méditer en forêt dans l'espoir de favoriser la conversion écologique, j'entends les arbres me souffler que nos discret·ète·s colocataires de la création, bien qu'ils espèrent aussi nous voir freiner nos consommations effrénées, entendent moins se laisser sauver passivement, que nous sauver eux-mêmes de nos découragements...

    Perle intellectuelle
    Aimer l'humanité de l’Église malgré ses raideurs

    Masochisme? Provocation ou amour du risque? J'ai choisi d'écrire mon mémoire de théologie sur la situation des femmes dans la transition écologique... et dans l'Église. Durant toute cette année, je me suis passionné pour les paradoxes du concept de "genre", qui permet de concevoir que si les identités «masculine» et «féminine» résultent souvent d'intérêts et de projections sociales, elles n'en agissent pas moins sur nous, et ont pu susciter des expériences et des sensibilités différentes. Je m'emballe jusqu'à parler non seulement de nos aptitudes inégales à intégrer les émotions violentes suscitées par la crise, pour en faire un motif d'empathie et d'engagement... mais aussi de l'accès des femmes à la prêtrise. Évidemment, ça n'a pas plu à tout le monde.
    Confronté par mon sujet et mes convictions croissantes au mur des décrets pontificaux et des blocages culturels, je traverse des phases d'allergie à la raideur des masculinités ecclésiastiques. Les messes me font plus ruminer que prier. J'apprends que des théologiennes ont quitté l'Église catholique, découragées par trop peu de perspectives d'ouverture. Beaucoup d'amies cathos m'épatent, par une patience sans résignation... que je ne trouve pas en moi.
    Or, c'est là que Dieu me rattrape. Carrément quatre fois de suite, quatre dimanches de Carême dans des paroisses de quartier. À chaque fois, sans crier gare, la beauté de ces pauvres assemblées, de ces gens si différents réunis par l'étrange désir de croire et prier ensemble, me saute au cœur. Le théologien Jean-Baptiste Metz ou le pape François parlent de la "théologie" plus fraîche émergée des expressions de foi spontanées des foules anonymes. Ces chants trop entendus, ces symboles trop vus me traversent, comme neufs. Je pleure d'avoir jeté ces enfants de Dieu avec l'eau parfois croupie du bain ecclésial; d'avoir oublié que c'est dans la précarité des paroisses que s'est développée en moi la conscience du Dieu vivant.
    On n'a certes pas besoin de se faire luxembourgeois et de brûler son passeport suisse parce que les banques soutiennent les dictateurs et les disparités économique mondiales. De même, ce n'est pas par rejet de ma propre maison, où je reviens toujours avec soulagement poser mes bagages, que je devrais lorgner chez les protestants. Je les estime trop pour cela, pour leur précieuse flexibilité combinée à une vraie exigence intellectuelle.

    Perle spirituelle
    Que faire avec tant d'émotions et de désirs?

    Il y a des fois où je m'émerveille de la liberté que mon choix du célibat permet; de me sentir lié au sort de personnes si diverses, comme à ce Dieu si présent dans la solitude. Mais il y a d'autres fois aussi où la vue d'une belle jeune femme ranime douloureusement en moi un désir de tendresse... C'est souvent dans les mêmes périodes que ma peur des catastrophes à venir, ma tristesse et ma colère devant les inconséquences de la société et de l’Église, ou mon impuissance et ma culpabilité devant les miennes, m'apparaissent comme un fardeau, une tare. Que faire avec toutes ces émotions, tous ces désirs?
    Souvent, appliquer les bons conseils des moines bouddhistes me suffit: les nommer, ces sentiments, les respirer, les voir non collés à ma peau mais plus distants de moi. Mais leur façon de persister aux portes de mon esprit me fait parfois sentir le besoin d'en parler ouvertement à un ami indéfectible, qui puisse entendre même le plus répétitif, même le plus inavouable. J'arrête de me demander, sceptique, si parler à Dieu c'est peut-être s'adresser à son subconscient, à un fantôme ou un nounours; je Lui parle, simplement. Parfois je crie. Je demande ce qui se cache derrière ces émotions opiniâtres, ce que je dois y entendre, quelle énergie en tirer. Petit à petit, Dieu me montre les réponses déjà là, dans la chance de pouvoir formuler ces questions. Accueillir ces émotions comme autant de signaux de fatigue, d'orgueil que j'ai de jouer le sauveur, le pur, l'irréprochable; autant d'invitations à laisser, avec confiance et soulagement, Dieu et les autres achever ce que je ne sais pas faire moi-même.

    PaulKlee Hauptweg und Nebenwege 1929

  • Des visites d'églises étonnantes

    Living Stones -à traduire littéralement par Les pierres vivantes- est une organisation qui propose des visites d'églises un peu particulières: de jeunes guides invitent leurs hôtes à une rencontre des lieux entre spiritualité et histoire de l'art. Jean-Paul Hernández sj a fondé le mouvement il y a onze ans; ce fils de parents espagnols a grandi à Bienne, a étudié à Fribourg et a rejoint l'Ordre des Jésuites en Italie. Cette année, le mouvement tient sa réunion international à Zurich en mai. L'occasion de découvrir des activités riches en découvertes et en émotions.

  • Exilés à Calais: Bienvenue en Utopie

    À Calais ou à Paris, des centaines de migrants dorment dans la rue, guettés par le découragement dans les méandres de leur exil. Ils reçoivent l'aide de nombreux bénévoles souvent aussi jeunes qu'eux, rendue nécessaire par la démission de l'État. Cette générosité révèle une réalité alarmante, une impasse politique et sociale, mais aussi le désir d'un engagement porteur de sens et de changement, qui anime leur génération. Jésuite genevois poursuivant ses études à Paris, Julien Lambert a travaillé et vécu trois semaines avec eux cet été. Il partage son regard sur ces deux quêtes, ces deux jeunesses qui se rencontrent...

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  • Greta Thunberg, suite sans fin

    Étienne Perrot sj - Une lectrice conteste mon dernier Blog sur Greta Thunberg. Cette contestation bien informée souligne avec juste raison que la traversée de l’Atlantique en voilier de la jeune Suédoise médiatique provoque davantage de pollution atmosphérique qu’elle n’en épargne; elle occasionnerait en effet de multiples traversées en avions de la part de son équipe accompagnatrice. Ma lectrice ajoute que si, comme il est envisagé, Greta Thunberg rentre en Europe par le moyen d’un cargo porte-conteneurs, l’image d’un transport moins polluant en serait ternie. Tout ceci est parfaitement vrai.

    La démarche de la jeune suédoise n’est certes pas sans ambiguïté. Cette ambiguïté est sans doute occultée aux yeux de l’héroïne. Son entourage immédiat -je n’ose pas dire ses conseillers- semble plus sensible au caractère médiatique de l’événement qu’à sa logique écologique. Cependant, dans l’esprit de mon précédent Blog, je vois dans cette ambiguïté politico-médiatique l’illustration de la dérive inévitable de toute pratique publique qui cherche à mobiliser les masses.

    L’avenir du monde appartient aux manipulateurs de symboles, disait Robert Reich, un ancien Secrétaire d’État de l’administration Clinton. À son époque, c’était surtout vrai dans la sphère commerciale et financière. C’est devenu la règle dans les domaines élargis, comme le climat ou la sécurité, domaines où la politique est trop myope pour envisager le long terme.

    La contradiction pointée par la lectrice de mon Blog précédent fait partie de toutes les contradictions que les politiciens affrontent à longueur d’années. Les anciens faisaient remarquer que l’art de la politique était lié à l’art oratoire. À cette époque, les politiciens qui parlaient dans les assemblées supportaient directement les réactions de l’auditoire. Il n’en va plus de même aujourd’hui où sont souvent occultés les manipulateurs de symboles à l’origine des contre-pouvoirs médiatiques.

    Il ne me reste plus qu’à remercier cette lectrice attentionnée.

  • JMJ/Mag†s 2016 : L'étranger est mon chemin vers Dieu

    Peut-on vivre une expérience personnelle et profonde aux Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ), ce Woodstock spirituel, festif et engagé des jeunes catholiques du monde entier, réunis par le pape François?
    Jeune jésuite genevois, Julien Lambert sjs'est risqué dans la marée humaine, avec le programme jésuite Mag†s, qui offre aux jeunes une expérience de terrain avant les JMJ, relue spirituellement. Il livre un récit de son expérience. Avec le regard critique d'un accompagnateur, mais le cœur d'un participant, prêt à se laisser retourner par les inattendus de Dieu...

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  • L'agaçante Greta Thunberg

    TwitterGretaThunbergÉtienne Perrot sj - Greta Thunberg entreprend la traversée de l’Atlantique en bateau à voile. (Merci soit adressé au Prince de Monaco). L’avion eut été plus rapide, moins fatiguant, et sans doute pas plus cher; mais, pour l’idole de la jeunesse sensible au réchauffement climatique, c’eut été contradictoire. Reçue à l’Assemblée nationale française, l’égérie des hommes politique en mal de verni écologique est devenue en quelques mois la coqueluche des médias. On admire sa jeunesse, son franc-parler, son art d’esquiver les questions embarrassantes (celles que tous les politiques affrontent, car la politique est l’art des compromis). La jeune suédoise fait la Une des journaux. Une telle unanimité ne peut que provoquer des réactions. «Elle agace aussi», soulignait encore le 16 août 2019 un journal genevois.

    Cet agacement a, bien sûr, quelque chose de réactionnaire. Il se nourrit de la nostalgie d’un passé mythique, celui où la politique n’était pas une affaire d’enfant et de frimousse blonde. Mais, comme toute attitude réactionnaire, cet agacement n’aurait pas de prise s’il ne se dégageait par contraste d’un fond tragique. Tout en ne partageant pas cet esprit réactionnaire, je vois cependant des traces de ce tragique. Si tragique il y a, ce n’est pas dans le fait qu’une adolescente fasse la nique aux politiques; c’est dans la bonne conscience que l’on se donne en applaudissant Greta Thunberg. Comme si cela suffisait pour faire avancer la cause du climat!

    Ce phénomène médiatique, puisqu’il faut l’appeler par son nom, peut être contre-productif. C’est le sort de toutes les manifestations officielles destinées à honorer «le devoir de mémoire» des événements insoutenables du passé en conjurant leur répétition pour l’avenir. Contre cet exorcisme stérile, on craint d’avoir à mettre dans la bouche de Greta Thunberg, l’héroïne du moment, cette parole tirée de l’Écriture: «Ce peuple m’honore des lèvres» dit le Dieu de la Bible, qui ajoute «mais son cœur est loin de moi». On se satisfait de la manifestation extérieure, on communie dans une passion commune pour la jeune suédoise. On se paie de mots.

    Mon seul souhait reste donc que l’élan médiatique provoqué par Greta Thunberg conforte le législateur dans son désir d’assumer les risques d’une politique pugnace, dans le souci d’allier la justice climatique (celle qui consiste à répartir les frais de la lutte contre la pollution, objet de palabres incessantes depuis deux décennies) et l’avenir de la maison commune.

  • La foi à travers l'art

    Les membres du groupe ignaciens des Pierres Vivantes (Living Stones) ont l'habitude d'offrir des visites guidées, en particulier dans les vieilles basiliques et les églises baroques. L'art sacré traditionnel leur est familier. Et bien qu'ils s’intéressent à l'art sous toutes ses formes, certains de ses membres n’avaient pas encore abordé plus avant l'art contemporain. C'est pourquoi Living Stones souhaitait depuis longtemps proposer un camp éducatif international consacré à l'art moderne. Il a eu lieu à Zurich en mai dernier. Bonne nouvelle: un groupe Living Stones pourrait bientôt voir le jour à Lausanne.

     

  • La sécularisation comme «signe des temps»

    Sosa gen speechAu Synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, le Père Général de la Compagnie de Jésus s’est exprimé sur le thème de la sécularisation. Le Père Sosa a d’abord constaté que le document de travail ne parlait que brièvement de cette dimension importante du monde contemporain -et toujours de façon négative. Il a proposé un exercice de discernement nécessaire, dans le cadre de la confrontation de nos façons de penser avec la réalité. Cet exercice peut mener à comprendre la sécularisation comme un signe des temps, une manière pour l’Esprit Saint d’orienter notre réflexion et notre action aujourd’hui.

  • MAGIS 2019 ou l'art de s’ouvrir à la surprise

    À l'issue de l’expérience Magis au Panama, les jeunes ont demandé que la lettre qu’ils ont présentée au Père Général expliquant la situation de la communauté de Sitio del Niño, au Salvador, qui a été affectée par la pollution environnementale causée par une usine de batteries soit remise au Pape François, qui a promu le soin de la création, notre maison commune.

  • Plaidoyer pour les résolutions du Nouvel An

    Par Beat Altenbach sj- Elles sont aussi traditionnelles que peu prises au sérieux, les résolutions du Nouvel An. D'une certaine manière, elles font partie du folklore comme les bouchons de Champagne qui éclatent et les feux d'artifice. Mais la plupart de ces résolutions sont déjà abandonnées après quelques jours, ce qui amène les "plus éclairés" d’entre nous à annoncer tout simplement ne plus vouloir en prendre. Ce serait inutile et ridicule, pensent-ils, puisque cela amènerait tôt ou tard à un échec. C'est d'ailleurs en grande partie vrai, d'autant plus que nous puisons généralement dans nos faiblesses pour formuler nos bonnes résolutions. Pourtant, le vrai problème des résolutions n'est pas leur échec prévisible, mais notre incapacité à faire face à cet échec.

  • Prendre soin de la maison commune ou la dévaster ?

    Greta Thunberg sp119Greta Thunberg © Jan Ainali/Wikimedia CommonsMon journal relate deux événements qui s’entrechoquent avec violence. D’un côté la croisade en faveur du climat d’une jeune adolescente suédoise, Greta Thunberg (16 ans) qui, au terme d’un long voyage en train se pointe dans le milieu aseptisé du Forum économique mondiale à Davos pour réveiller les participants et leur faire prendre conscience de l’urgence de la situation, comme elle l’avait fait en décembre dernier à Katowice, à la conférence l'ONU sur le climat (COP24).

  • Quadriptyque de l'automne à l'hiver

    Trouver Dieu à vélo et dans les conflits, dans la vieillesse des autres comme dans les désespoirs de ma jeunesse

    Julien Lambert sjrelève périodiquement quelques perles tirées de son quotidien de jeune religieux à Paris, de sa vie de prière et de ses études en philosophie et en théologie. Voici sa chronique d'automne/hiver 2019.

    La gestation de Marie face au désastre écologique...

    Dieu est la JulienL Dec19

  • Rencontre des «jésuites européens en formation» à Rome

    EJIF 2018 Rom Bilder Sebastian Ortner SJ 15

    Chaque année, issus de toute l'Europe, les Jésuites en formation se réunissent. Cette année, la rencontre a eu lieu à Rome. Sebastian Ortner sj, jésuite autrichien, l'un des organisateurs de l'événement, en donne le reflet en un articles et des photos.

    Du 28 juillet au 18 août 2018 s'est tenue, la rencontre annuelle des «jésuites européens en formation». En tant que délégué de la province autrichienne, j'étais l'un des 23 scolastiques des 19 provinces participantes. Nous avons été hébergés dans la communauté de San Pietro Canisio, située juste à côté de la Curie générale. D'un côté, la vue s'ouvre sur la Basilique Saint-Pierre toute proche, de l'autre, sur le vénérable paysage du toit de la ville éternelle. La communauté nous a tous impressionnés par son hospitalité fraternelle. Franck Janin, président de la Conférence des provinciaux jésuites européens, a passé quelques jours avec nous au début et à la fin de la rencontre, ce qui nous a rendu particulièrement heureux.

  • Un été repeint en vert

    Pour Julien Lambert sj, s'éloigner un moment des études, ce n'est pas arrêter d'apprendre. «La peinture, la marche méditative ou le jardinage m'ont fourni cet été d'autres langages pour percevoir le monde et ses textures diverses, ses dynamiques de croissance intérieures... en alternative aux désastres de la croissance économique.»

    Recréer le monde par la peinture, pour voir autrement la Création

    Je n'avais pas dessiné depuis mon enfance, où je m'escrimais à faire des femmes qui n'aient pas l'air d'hommes avec une serpillère sur la tête.
    Je me suis inscrit, un peu fébrile et sceptique, à une semaine de peinture et méditation, en silence, dans notre centre spirituel de Bad Schönbrunn. L'animateur, Jörg Niederberger (un pro de l'abstrait), nous demande de choisir un coin de parc et d'y rester toute la semaine, pour réinventer notre "réponse" au même paysage... extérieur et intérieur. Je m'acharne d'abord à trouver les nuances de vert, les proportions entre les arbres.
    Jörg me libère en me disant de "quitter ma chemise de pénitent", de lâcher formes et couleurs sur le papier, de peindre non pas ce que je sais (le ciel est bleu..), mais ce que je sens, ce que je vois des choses, ce qu'elles me disent. Sans me juger, sans savoir ce que ça vaut, ni d'avance ce qui sortira. Alors je regarde longuement ce qui m'apparaît, sans urgence de peindre. Et peu à peu ça déferle, intuitions et tentatives en appellent toujours d'autres, aiguisant la curiosité et le plaisir. Chaque page est un nouveau commencement.
    Je me laisse porter, d'un savant équilibre de formes et de couleurs, à une évocation japonisante, en quelques silhouettes, du même étang bordé d'arbres, devenus familiers; de la transposition d'une méditation biblique vue précédemment en prière (dans ma retraite de huit jours au même endroit), à un festival de couleurs et de lignes de force pour dire ma colère devant le désastre écologique; je m'autorise le dessin, le plaisir du personnage naïvement suggéré, je m'autorise l'abstrait, les longues bandes et flaques de couleur qui font passer des chevauchements d'émotions et de ressentis informulables.
    Sorti un peu ivre et très apaisé de ces traversées où le temps s'oublie (nous peignons huit heures par jour), je remarque que chaque coin du monde où se posent mes yeux a soudain gagné une densité et une texture, une beauté toute neuve. Le créateur, en me permettant de partager un peu de sa folle liberté, me restitue l'infini du monde à portée de main et de pinceau, à portée d'œil, de cœur...

    LesEtangs JulienLambert 2019

    Retraite spirituelle écologique: se laisser aimer avant de penser à agir

    Vingt participant-e-s, francophones et germanophones, entre 21 et 71 ans, randonnent en méditant sur la conversion écologique...
    Une conviction: les gens n'ont aujourd'hui plus besoin d'être ouverts à l'importance du problème écologique. Ils n'ont même plus besoin d'exercer leur compassion: dans ces préalpes appenzelloises si belles mais couvertes de fermes, où les animaux sont exploités avec force technologie, la perception plus aiguë qu'offre la méditation silencieuse trouve des retraitants choqués, parfois désespérés. Les longues messes, où se partagent ces catastrophes sociales et environnementales que chacun-e connaît, on en porte certes quelque chose devant Celui qui transforme tout. Mais que faire de l'impression aujourd'hui si fréquente d'être submergés et impuissants?
    Une découverte est alors pour moi de sentir, grâce à Christoph Albrecht sj qui écoute et accompagne le groupe avec moi, que les fragilités personnelles et les histoires de vie qui sont travaillées dans les retraites "classiques", apparaissent aussi ici en rapport étroit avec les problèmes du monde. Cette peur et cette culpabilité trouble face à la catastrophe, plutôt contreproductives, demandent moins un déclic écologique, moral, qu'un déclic de foi. Admettre jusqu'au bout de nos fibres les plus intimes que Dieu aime et (re)crée chaque créature, qu'il nous aime chacun-e avec nos contradictions, notre participation à cette culture consumériste et gaspilleuse, de cet amour fou qui nous libère et nous porte à aller, donner, risquer... voilà ce qui seul peut nous permettre de prendre notre place, courageusement et modestement, dans cette société qui perd les pédales et veut au fond sincèrement changer.
    Voilà ce que des participant-e-s reçoivent, en méditant la Résurrection de Jésus ou les "Correspondances" de Baudelaire, en percevant la parole cachée pour eux, dans un ruisseau ou un brin d'herbe comme dans l'encyclique du pape Laudato si' et ses encouragements à contempler et vivre sobrement. Recueilli dans ce silence qui est toujours un combat et une grâce tant désirée, ils et elles le partagent le soir dans une précieuse ronde, souvent avec larmes et lumière sur le visage, donnant à d'autres d'en faire leur pain quotidien.

    CrisEco Julienlambert 2019

     

    Ces plantes qui me travaillent le cœur, cette sobriété qui redonne goût aux choses...

    «Il faut enfin que je mette les mains dans la terre, pour arrêter de parler d'écologie abstraitement...»: comme tant d'autres jeunes citadin-e-s désireux/ses de remplacer pour un été la plage par le jardinage, j'ai passé le mois d'août à La Borie Noble, domaine agricole dans un coin de France, divinement loin des villes et des bruits de voitures. Une de ces Communautés de l'Arche (pas celles de Jean Vanier) fondées dans les années 1960 par un disciple de Gandhi, Lanza del Vasto, jadis suivi par moult hippies. Quelques compromis se sont introduits, depuis le temps de l'autonomie alimentaire, de l'absence d'électricité et de tracteurs, des ateliers de tissage et de poterie auxquels tou-te-s se formaient; mais j'ai encore pu savourer, dans l'éclairage à la bougie, la douche froide ou la lessive dans des lavoirs en pierre, des moyens précieux de retrouver dans ma chair le goût et le respect des ressources naturelles.
    Vieux briscards bricoleurs ou jeunes femmes déterminées et créatives, la communauté réduite ne se berce plus d'idéaux. Elle cultive une qualité et une saveur de vivre. J'ai appris à traverser une journée après l'autre, scandée par les ménages, les désherbages et cueillettes, les pluches de légumes matinales comme un joyeux rituel collectif, de longs repas végétariens sous les arbres, entre rires et rêveries. Les grandes luttes militantes contre le nucléaire ou les OGM avaient plus occupé leurs aînés. Aujourd'hui, la dimension de gratuité et de douceur, qui m'a donné d'abord l'inquiétude d'être bercé par une vie cyclique, est en fait à mes yeux devenu un témoignage incarné et inspirant, de priorités alternatives, à cultiver pour notre société.
    Ces fameux wwoofers (1) qui échangent leur travail contre l'hébergement gratuit et l'expérience d'une agriculture bio, essaimeront ainsi ces inspirations alternatives. Les discussions avec elles et eux sont riches en questions existentielles et religieuses, que la préoccupation écologique éveille. Souvent, la spiritualité les attire, autant que le christianisme leur est suspect. Un peu inquiet parfois de leur détachement à évoquer la disparition possible d'une humanité dévastatrice, je suis souvent touché par leur amour et la connaissance de la nature qu'ils ont glanée.
    Enfin, je vois mon intuition se réaliser sur moi: le voisinage des plantes change le cœur et l'esprit. Accompagner lentement leur croissance, se battre avec des liasses d'herbe et une fourche pour dénicher une maigre gousse d'ail, recevoir enfin une courgette géante, une fraise insoupçonnée de sous une feuille ou une carotte inespérée: me laisser travailler par la terre, ses âpretés, ses générosités et ses mystères... cela me fait mesurer qu'on ne cultive pas ses fruits, mais qu'on coopère avec des millions d'autres créatures; qu'on n'en perd jamais rien, mais qu'on laisse leur part aux insectes et aux oiseaux; que seul l'humble accord avec son fonctionnement propre peut réconcilier en pratique nos visions du monde et nos styles de vie, avec les écosystèmes qu'actuellement ils blessent.

    Jardinage Julienlambert 2019

     

     1. World Wide Opportunities on Organics Farms, www.wwoof.fr

    Julien Lambert sj relève périodiquement trois perles tirées de son quotidien de jeune religieux étudiant à Paris. L'année universitaire écoulée fut une «intense année de méditation, d’études philo-théologiques et de vie religieuse au quotidien dans la mégapole parisienne» pour le cadet des jésuites suisses. L’occasion d’une relecture spirituelle, humoristique et «humeuristique», de ses expériences théâtrales, féministico-ecclésiastiques et émotionnelles…

  • Une leçon d'humilité

    Quel est le lien entre l’aumônerie universitaire catholique de Bâle (Katholische Universitätgemeinde Basel - kug), la Société des étudiants Marxist Society et à la Fraternité universitaire Jurassia Basiliensis? Les mauvaises langues répondront, que toutes les trois sont d'une certaine façon d’un autre temps, et qu’elles se valent sur le marché de l'information destinée aux nouveaux étudiants de l'Université de Bâle. Par Beat Altenbach sj