chronique

  • Les ordres catholiques pour exemple

    Peut-on établir des liens entre pratiques de gouvernance et pérennité des organisations? se demande le professeur des Universités Peter Wirtz, vice-président du centre de recherche Magellan (Université Jean Moulin Lyon 3). Pour tenter de répondre, trois ordres #catholiques vieux de plusieurs siècles, qui sont parmi les plus anciennes organisations encore existantes, ont été étudiés: bénédictin, dominicain et jésuite. «Ces derniers offrent une occasion unique de tester des hypothèses sur la capacité des systèmes de gouvernance à influencer la survie à long terme», note-t-il dans un article paru dans "The Conversation".

  • Les pièges de l’«autodétermination»

    Droits humainsÉtienne Perrot sj - L’initiative populaire relative à l’autodétermination, proposée par l’UDC, sera soumise à votation le 25 novembre 2018. Les initiateurs visent le retrait de la Suisse du Conseil de l’Europe (il ne s’agit pas de l’Union européenne). Le Conseil de l’Europe est une entité juridique de droit international, fondé en 1949 par le traité de Londres. Ses principaux organes sont la Convention européenne des droits de l’homme dont les principes sont appliqués par la Cour européenne des droits de l’homme, tribunal international qui siège à Strasbourg. La Suisse y a adhéré en 1974. Les 825 millions de ressortissants de 47 États européens (depuis le Portugal jusqu’à la Russie), peuvent, à titre individuel, saisir la Cour européenne, pour toutes les questions qui les affectent, s’ils estiment que l’un des États partie-prenantes, y-compris le leur, enfreint leur droit. La Cour n’entre pas en matière lorsque le contentieux relève de la défense nationale. Par ce biais, «la Suisse est soumise aux juges étrangers», s’indignent les initiateurs en évoquant «les arrêts choquants de la Cour européenne des droits de l’homme». Militant pour le Oui à la votation populaire du 25 novembre, ils agitent le slogan: «Le droit suisse au lieu de juges étrangers.

    Dans une rubrique parue sur le site du Temps (vendredi 12 octobre 2018), la directrice d’Amnesty International Suisse, Manon Schick, n’a aucun mal à dénoncer les outrances affichées par les initiateurs qui brandissent le drapeau rouge de l’étranger, alors qu’il s’agit de juges internationaux, chacun des 47 pays adhérents désignant un juge. Le représentant du Liechtenstein étant helvétique, les juges suisses sont même au nombre de deux. Elle fait surtout remarquer l’apport de cette Cour européenne pour la sauvegarde de l’État de droit, et invite, sans restriction, à voter Non le 25 novembre prochain.

    Je m’associe d’autant plus à la position de Manon Schick en faveur du Non, que la présence des jésuites en Suisse est mêlée à cette histoire. La Suisse a dû attendre la suppression de l’article constitutionnel discriminatoire envers les membres de la Compagnie de Jésus (suppression effectuée en 1973 par votation majoritaire du peuple et des cantons) pour pouvoir adhérer l’année suivante, en 1974, au Conseil de l’Europe. La discrimination sur une base religieuse est en effet contraire aux droits humains. La Suède, pour la même raison -discrimination sur une base religieuse, notamment à l’encontre des jésuites- a dû, elle aussi, modifier sa législation avant d’entrer au Conseil de l’Europe. Comme quoi les pays jouissant d’une riche tradition humaniste peuvent aussi connaître des failles dans l’État de droit, failles que la Cour européenne de Strasbourg a vocation de réduire.

  • Les sanctions de la FINMA

    La FINMA vient de condamner un banquier suisse à… restituer les 750'000 francs indument gagnés par le moyen illégal d’un délit d’initié. Certains s’en étonne. Non pas que l’on ne puisse pas garder un gain illégitime, mais parce qu’aucune sanction supplémentaire n’ait été prononcée.

    Cette situation semble typique du système helvétique qui résiste avec raison contre le «tout-judiciaire» venu d’outre-Atlantique, où les rapports sociaux ne se vivent pratiquement que sous le mode du contentieux. Dans les pays limitrophes de la Suisse, en France notamment, le gendarme de la Bourse peut sanctionner pécuniairement une attitude fautive. C’est ainsi que, voici deux décennies, feu Pierre Berger, PDG de la société Yves-Saint-Laurent, avait vendu deux paquets d’actions de la susdite société juste avant la publication des comptes semestriels qui, cette année-là, se révélaient médiocres. L’autorité des marchés l’avait pénalisé, au titre d’un délit d’initié qui semblait évident. Peine annulée par les tribunaux saisis par le coupable; car la sanction contrevenait à la littéralité de la loi qui définissait en France délit d’initié, et ne prévoyait de sanction, que si les actions avaient été vendues «sur le marché». Or la vente litigieuse s’était faite non pas sur le marché, mais en bloc, au profit, -si j’ose dire,- de deux banques suisses.

    Le principe de l’interprétation stricte des textes pénaux avait joué en faveur du prévenu. Comme dans l’Église catholique romaine, dont le code de droit canonique est un texte de nature pénal: tout ce qui n’est pas explicitement interdit ne peut entraîner de sanction, et toute sanction qui n’est pas explicitement désignée est interdite. C’est sur cette base que, par exemple, aux termes de l’ancien article 2335 du code de 1917, les catholiques pouvaient légitimement adhérer aux loges maçonniques qui ne militaient pas «contre l’Église et les pouvoirs établis».

    L’interprétation stricte des textes pénaux est la base de la sécurité juridique, réclamée notamment par maints Cahiers de doléance à l’aube de la Révolution française.

    Quoi qu’il en soit de cette argument juridique, l’absence de sanction administrative de la part de la FINMA suscite l’étonnement. Ne favorise-t-elle pas la multiplication de tels actes en n’exigeant que la restitution des biens mal acquis? Peut-être. Dans d’autres pays, certaines Autorités administratives jouissent d’un pouvoir de sanction; ailleurs, ils peuvent «transmettre le dossier» à l’instance judiciaire qui pourra, ou non, prononcer une sanction. J’ajoute deux sous dans la musique. Dans tous les cas, il me semble important que, face à une sanction administrative, un recours soit toujours possible auprès d’une instance judiciaire, mieux à même d’assurer les droits de la défense. À défaut, on glisse vers une société régie par les appareils d’État, une société sans Justice, je veux dire totalitaire.

  • Les statistiques du virus

    Puisqu’il faut trouver un responsable de la pandémie du coronavirus, on pense immédiatement au gouvernement, d’abord celui de la Chine, coupable de n’avoir pas pris à temps les mesures qui auraient permis de circonscrite à Wuhan l’épidémie, puis les gouvernements des divers pays contaminés, en Europe tout particulièrement.

  • Marcher (en chantant) pour le climat

    smilefutur aout2019Étienne Perrot sj - Vendredi 9 août 2019, à Lausanne, la «Marche pour le climat» a été marquée d’une musique originale. Certes, toutes les manifestations de rue, pour peu qu’elles soient organisées, convoquent musique, parfois même chant plus ou moins martial. On se souvient de l’Internationale, inséparable des manifestations orchestrées par la CGT de jadis. Aujourd’hui, on se contente d’un orphéon d’instruments à vent suffisamment puissant pour attirer l’attention des badauds du trottoir. Nos aïeux, cherchant à réveiller l’oreille endormie de la divinité, entamaient dans l’espace public des cantiques dont les plus populaires ont les mêmes caractéristiques que la musique qui accompagne la plupart des manifestations de rue: cadence à deux temps, rythme adapté à l’âge et à la pugnacité des manifestants.

    La manifestation du 9 août pour le climat n’échappe nullement à cette loi générale. Elle a cependant un trait original: musique et paroles ont été choisies par une quinzaine de jeunes venus de divers pays européens. La langue anglaise s’impose, car elle est aujourd’hui, à la manière du latin au Moyen-Âge, ou du français dans les Cours européennes aux XVII° et XVIII° siècle, la langue vernaculaire quasi-universelle. (Même les jeunes jésuites européens parlent anglais entre eux, qu’ils soient Français, Belges, Allemands ou Hongrois.) Rythme et mélodie choisis sont finalement ceux de We are the champions, vecteur facile de mots adaptés à la circonstance, Let’s save the climate.

    Ce qui me frappe dans cet événement, c’est que les jeunes européens qui ont élaboré ce slogan chanté ont délibérément choisi le «nous» plutôt que le «vous». L’hostilité agressive habituelle dans ce genre littéraire fait ainsi place à une implication plus personnelle. Cette posture m’apparaît d’autant meilleure que, selon le dernier rapport du GIEC, la modification de nos modes de vie s’avère indispensable pour sauvegarder la viabilité humaine de notre planète. Prétendre maintenir tels quels nos habitudes, sous prétexte qu’ils nous conviennent aujourd’hui, est une illusion mortifère. Je souhaite donc que l’esprit -sinon le texte ou la musique- du chant issu en terre lausannoise souffle au-delà les limites européennes.

  • Marcher pour le climat

    GreveClimaMars19 www.facebook.com GreveDuClimatSuissewww.facebook.com/GreveDuClimatSuisse

    Étienne Perrot sj - En Suisse, comme dans près de 120 pays du monde, les jeunes se mobilisent pour le climat. Jusqu’à présent, le côté le plus visible de cette mobilisation consiste en des rassemblements dans l’espace public, hier encore, vendredi 15 mars 2019, à Lausanne, à Genève, à Saint-Gall et ailleurs.
    Le Mouvement FridaysForFurure (littéralement vendredis pour l’avenir) a recensé hier environ 1700 «événements» tout autour de la planète. Ce samedi 16 mars 2019, 140 associations françaises, depuis la Ligue des Droits de l’Homme jusqu’au Secours catholique en passant par Greenpeace, ont appelé à une «marche du siècle» pour obtenir des pouvoirs publics des «changements immédiats» pour contrer le réchauffement climatique et les injustices sociales.

    Même si les jeunes ne sont pas les seuls à se mobiliser pour maintenir sur la terre des conditions humaines supportables à défaut d’être idéales (il existe une association suisse des grands parents pour le climat) je me réjouis de constater la prise de conscience des jeunes générations en ce domaine vital. Je sais par ailleurs qu’il existe un peu partout, -et même dans les communautés jésuites francophones!- un réel effort pour une utilisation moins gaspilleuse des ressources de la nature et une alimentation à la fois plus saine et plus écologique.
    J’ajoute un sou grinçant dans cette belle musique. Les manifestations de masse, aussi utiles soient-elles pour motiver les élus politiques et faire passer des lois bonnes sur le long terme, mais coûteuses immédiatement en termes de prestige électoral, ne suffisent pas. Il faut ajouter à l’indignation spontanée et à l’étonnement devant une prise de conscience si tardive, un effort acharné d’analyse rigoureuse des conditions scientifiques et techniques des solutions envisagées. Comme le soulignait lors d’une conférence récente un physicien international de haut niveau, Étienne Klein, bien connu en France du fait de ses capacités de vulgarisateur: «Les voitures électriques qui roulent en Allemagne consomment principalement du charbon, et celle qui roulent en France de l’énergie nucléaire.» Et pour faire rouler en France à l’électricité tous les véhicules à moteur thermique, il faut prévoir une hausse de 30% de l’électricité actuellement consommée.

    Ces efforts d’intelligence doivent se poursuivre jusqu’aux rives souvent laissées dans l’ombre, -quand ce n’est pas ignorées,- des manifestants: la complexité des décisions politiques. Toute situation réelle (eh! quoi de plus réel que les conditions d’une vie humaine!) combine des logiques diverses interdépendantes: physiques, biologiques, économiques, sociales, gouvernementales. Cette complexité condamne l’action politique à des compromis.
    Cet effort d’information technique, de rigueur économique et de réalisme politique est la condition d’une écologie humainement viable et politiquement jouable. À défaut de quoi, les manifestations n’ouvriront de carrière que celle où s’avance une stérile bonne conscience.

  • Marthe ou Marie

    Pierre Emonet sj- On a voulu en faire l’apologie de la vie contemplative et de sa supériorité sur la vie ordinaire. Comme si Jésus cautionnait la concurrence entre deux types de chrétiens, les laïcs et les consacrés, les disciples de première ligue et les autres! Fausse lecture, inspirée par une conception erronée de la vie chrétienne. Marthe et Marie ne représentent pas deux vocations antagonistes, mais deux tendances qui se disputent en chacun(e) de nous: l’extérieur et l’intérieur.

    D’un côté il y a l’activité extérieure, les soucis de la vie et ses engagements quotidiens, familiaux, professionnels, sociaux, politiques, toute cette activité nécessaire pour assurer notre vie et celle des autres. Engagements qui engendrent des fatigues, de la lassitude, du stress, jusqu’au désir de tout laisser tomber. Tout ce travail est pourtant aussi nécessaire que l’activité ménagère de Marthe, sans laquelle Jésus n’aurait pas soupé, ce soir-là. Voilà notre côté Marthe.

    Et puis, il y a la face intérieure de chacun(e). Ce lieu secret, où, à distance de toute agitation externe, on rejoint le fond le plus secret de son être pour écouter sa conscience. Là, il y a une petite fenêtre qui s’ouvre sur une présence mystérieuse, discrète et vacillante, qui suggère ce qui est juste, bon, nécessaire, ce qui donne du sens à notre vie. Le chrétien y reconnaît la présence du Christ ; il entend son enseignement, ce que la lecture des Évangiles lui a appris. C’est notre côté Marie.

    En disant que Marie a choisi la meilleure part, Jésus te dit: ne donne pas la priorité au stress. Ne te laisse pas aliéner par les soucis et l’agitation extérieure, par les sollicitations innombrables de la vie qui font que peu à peu tu deviens étranger à toi-même. La meilleure part, celle de Marie, est à l’intérieur, là où tu fais les choix qui donnent sens à ta vie.

  • Mendicité à Lausanne

    povertyÉtienne Perrot sj - Suivant l’exemple du canton de Genève, le canton de Vaud a promulgué une loi qui interdit la mendicité. Depuis le 1er novembre 2018, mendier à Lausanne est interdit. Les prétextes ne manquent pas. Le plus obvie est que les Roms cacheraient, sous le manteau de la charité, une ou des organisations maffieuses, ce que contestent de récents études sociologiques sur le canton de Vaud. Les tenants de l’interdiction auraient pu se justifier en évoquant la nationalisation des biens de l’Église genevoise, en 1535 (avant même l’arrivée de Jean Calvin), nationalisation qui a servi à fonder -au sens tant institutionnel que financier du mot- l’Hospice général. Histoire de rappeler que la charité privée ne peut se substituer à une solidarité administrée, on aurait pu également se baser sur le mouvement solidariste initié par le Franc-maçon Léon Bourgeois à la fin du XIX° siècle en France. Et s’il fallait une caution ecclésiastique à ce bon sens rationnel, je convoquerais le pape Pie XII, dont le pape François s’est fait l’écho en rappelant que la politique était la forme la plus haute de la charité.

    En dépit de ces illustres autorités, je conteste le bien-fondé de l’interdiction de la mendicité (que ce soit à Lausanne ou ailleurs). Il y a, bien sûr, des raisons évangéliques, bien soulignées par Pascal Bregnard, responsable du Département solidarité de l’Église catholique dans le canton de Vaud. Mais il y a également des constats: aussi bien organisées soient les bureaux de bienfaisance -comme on disait à l’époque de Léon Bourgeois- et même s’ils poursuivent des objectifs fondamentaux touchant l’insertion des personnes à la rue, ces organisations, qu’elles soient publiques ou privées, ne peuvent fonctionner que sur la base de catégories administratives. Inhérente à toute organisation, cette rationalité gomme les situations particulières, les itinéraires singuliers, et toutes ces réalités concrètes où les histoires familiales et nationales s’entremêlent. Résultat: certains n’entrent pas dans les catégories qui leurs permettraient de bénéficier de l’aide publique. Par cette interdiction de la mendicité, l’esprit de géométrie a sournoisement frappé, dirait Blaise Pascal.

    L’esprit de finesse nous oriente résolument dans une autre voie. Pour les quelques-uns dont c’est le seul recours car ils n’entrent pas dans les catégories prévues par la réglementation, et quitte à choquer la sensibilité des honnêtes passants, il est indigne d’interdire la mendicité. J’ignore si le référendum lancé dans le canton de Vaud contre l’interdiction ira à son terme; mais quelle qu’en soit l’issue, je m’associe par la pensée et par la plume à la communauté Sant’Egidio opposée à la loi d’interdiction de la mendicité. C’est une question de respect de soi-même.

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  • Mieux qu’une norme, du discernement

    FB religieuse pxhere EmonetPierre Emonet sj - Voilà une nouvelle que beaucoup n’attendaient pas: les sœurs comme tout autre professionnel sont sujettes au burn-out. Je n’en suis pas étonné, ayant eu plus d’une fois l’occasion d’aider des religieuses à échapper à un style de vie qui, à force de les exploiter les déshumanisait: travail harassant, horaires exagérés, vie communautaire sans un espace de liberté, vacances au compte-goutte, sorties contrôlées, pas de vrais loisirs. Pour la gloire de Dieu! Et celle qui s’en plaignait était renvoyée à la Passion du Christ.

    Il fut un temps! On en est revenu, mais pas partout ni toujours.

    Pour y remédier, l’Union internationale des supérieures des congrégations de religieuses a décidé de créer une commission qui se penchera sur l’épuisement professionnel de leurs membres. Une psychologue a été engagée, qui propose d’investir dans le bien-être des religieuses en rédigeant «un code de conduite, tout comme il existe des directives pour la protection des mineurs.» Elle suggère de fixer des normes qui garantissent le bien-être des religieuses: des contrats de travail clairs qui préciseront les droits et les obligations des sœurs et de leurs employeurs (évêques, curés, associations, entreprises, etc.). Voilà qui permettra d’éviter les abus.

    On ne saurait cependant réduire l’engagement professionnel ou bénévole d’une religieuse à un simple rapport employeur/employé. La vie religieuse n’est pas un métier. Parce qu’elle est le choix d’une existence donnée sans retour, elle suppose une solide liberté intérieure. Apprendre à gérer le don de soi et sa propre générosité, tout en tenant compte de ses forces et de son temps, précède normes et contrats. Une solide formation au discernement peut être plus utile pour assumer en bonne conscience un choix éminemment personnel face à n'importe quelle instance.

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  • Ne pas s’approprier la place des victimes

    LettreMorerodAbus mars19La découverte et la publication récurrente des scandales dans leur Église émeut les fidèles catholiques. Au nom de leur fidélité d’aucuns pensent que l’Église est victime d’une campagne de dénigrement, d’une chasse aux sorcières de la part de ses ennemis.

  • Noël en hiver

    AdorationMageBrueghelÉtienne Perrot sj - À l’approche du 25 décembre, les médias, toutes tendances confondues, profitent de la «trêve des confiseurs» pour faire mine de s’intéresser à la dimension religieuse de Noël, cette fête populaire, familiale et commerciale. Comme me le disait un ami: «Les curés sont vraiment fortiches; ils ont réussi à placer une fête religieuse au milieu de la fête de Noël.» À vrai dire, ce ne serait pas la première fois que le christianisme surfe sur des traditions populaires. Noël, calé à peu près sur les antiques fêtes païennes du solstice d’hiver, peut, en effet, être vu comme la récupération par les chrétiens de la célébration d’un jour qui commence à grandir, triomphant de la mort de l’hiver.

    Placer la naissance de Jésus au milieu de l’hiver n’a rien d’une évidence historique. La tradition et l’iconographie chrétiennes n’en ont pas moins fait une évidence. En témoigne ce vendredi 21 décembre 2018, la présentation, dans La Tribune, du commentaire savant d’un tableau de Pieter Brueghel le Jeune: une Adoration des mages située, avec mille détails, dans «le glacial hiver des Flandres». Un drame plane sur Jésus en hiver, dit le titre du commentaire de Irène Languin. Les historiens savent que ni l’année précise, ni le mois, encore moins le jour et l’heure de la naissance de Jésus n’est certaine. Alors, pourquoi minuit le 25 décembre? Pour une raison symbolique facile à comprendre: avec la lumière qui renaît l’espérance grandit, la chaleur s’avance. C’est là, bien sûr, une vision des habitants de l’hémisphère Nord. Les populations d’Abidjan en Côte d’Ivoire ont bien du mal à vivre cette symbolique, eux qui ne connaissent pas les variations saisonnières de la durée du jour. Quant aux Australiens qui célèbrent Noël en plein été, ils leurs faut une bonne dose d’imagination pour lier la naissance de Jésus à l’expérience du froid et de la neige. D’une manière moins symbolique et plus abstraite, les religions parlent simplement de sauveur et de salut, un peu à la manière des malades et des blessés de la vie parlant de leur médecin et de leur guérison.

    Le côté folklorique de la fête de Noël l’emporte désormais le plus souvent sur son aspect symbolique et théologique. La cause n’en est pas à chercher entièrement du côté des marchands de cadeaux et de divertissement; elle vient aussi de notre culture qui répugne à compter sur autrui, surtout lorsque cet autrui traîne derrière lui une odeur d’arbitraire. Dieu est incontrôlable, reconnaissent toutes les religions. «Il n’est pas de sauveur suprême» clame, en écho, le chant révolutionnaire. C’est vrai pour tous ceux qui, se coulant dans l’esprit de la modernité, se veulent, selon le programme de Descartes dans son Discours de la méthode, «maîtres et possesseurs de la nature». C’est encore vrai pour ceux qui comptent sur la technique de demain pour réparer les erreurs d’aujourd’hui. Mais tous ceux que la perspective des lendemains qui chantent ne consolent pas des tragédies présentes -je ne parle pas simplement d’écologie, mais de toute angoisse vécue par chacun- restent sourds aux sirènes de la modernité; ils se tournent -par nature ou par Grâce- vers tout ce qui, au milieu de leur nuit, au cœur de leur hiver, est signe d’espérance, comme l’enfant de la crèche.

  • Nuisances au quartier des Eaux-Vives

    GEV travaux© CEVA, Crédits: CEVA et Groupe 13.76, O. Zimmermann

    Étienne Perrot sj - Suite aux énormes travaux de la Nouvelle Comédie et du Léman express (le CEVA) les nuisances impactent sensiblement l’activité économique et commerciale dans le quartier des Eaux-Vives. Les démarches individuelles auprès de l’Administration se sont révélées vaines. Aussi, restaurateurs et commerçants se sont regroupés, espérant ainsi se faire entendre des pouvoirs publics. Le but étant d’obtenir quelques indemnités pour le préjudice subis. Las! Les autorités publiques se défaussent les unes après les autres, les SIG sur des CFF, les CFF sur la ville de Genève, la ville sur le canton. Mais ce ne sont là que des faux-fuyants. La véritable raison de fond(s), c’est que les travaux déclarés d’utilité publique ne sauraient donner lieu à indemnité pour nuisances privées, qu’en cas de «dommages considérables».

    J’épingle le qualificatif «considérable». Il est vague et polyvalent. Comme le risque, son proche parent, le dommage considérable est relatif à la personne concernée. Considérable pour qui? Considérable pour quand? Les chiffres donnés par certains plaignants des Eaux-Vives sont effrayants. Que faut-il de plus pour honorer le qualificatif de «considérable» ? «Le tribunal appréciera» dira l’avocat, pendant que la partie adverse, celle du Maître d’œuvre au premier chef, se réfugiera derrière les impératifs du Maître d’ouvrage, l’Administration publique, qui l’enserre dans des contraintes budgétaires contractuellement négociées.

    Ce drame économique né dans le quartier des Eaux-Vives à Genève met au jour le point aveugle de la politique, la contradiction souvent occultée par les responsables de l’Administration publique. Dans le meilleur des cas, avec bonne conscience et sans arrière-pensée, les politicien•e•s, ou encore toutes celles et tous ceux qui accomplissent leur devoir civique par la votation, pensent agir pour l’intérêt général, au point d’en oublier souvent que toute décision prise au nom de l’intérêt général impacte, positivement ou négativement, parfois successivement, des intérêts particuliers. C’est le lot de toute décision politique. Quand les acteurs publics en prennent conscience, ils le vivent souvent douloureusement. C’est ce qui fait à la fois la difficulté et la grandeur de l’engagement politique.

  • Œcuménisme déconcertant

    Héraldique meuble Coeur vendéenPierre Emonet sj - Ainsi donc l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg a accordé une dérogation spéciale à son décret de 2013 interdisant de mettre à disposition les lieux de culte du diocèse pour des célébrations de la Fraternité Saint Pie Dix. Une paroisse catholique romaine met son église à disposition de la Fraternité schismatique pour célébrer 50 ans de lutte contre le Concile Vatican II, les évêques catholiques romains et les Papes. La célébration sera présidée par un évêque schismatique. La Fraternité a répandu la fausse nouvelle que la chorale paroissiale sera à la fête et que la paroisse offrira l’apéritif: Santé et prospérité!

    Voilà qui exige tout de même une explication. L’évêque de Fribourg l’a aussitôt apportée: il veut faire acte d’œcuménisme. J’ai toujours pensé qu’une des justifications de l’œcuménisme était la bonne foi des fidèles nés et élevés dans la mouvance d’une Église ou d’une Confession dissidente: des hommes et des femmes sans dispute, sans préméditation, sans opiniâtreté. Il est tout de même permis d’émettre un doute lorsqu’il s’agit d’évêques et de responsables de communautés qui fomentent et organisent le schisme, tiennent des propos hérétiques, accusent d’hérésie le magistère et l’ensemble du peuple chrétien, et revendiquent pour eux l’exclusivité de l’orthodoxie catholique. En fait de bonne foi, il y a mieux!

  • Pâque et la danse

    Étienne Perrot sj - J’oscille entre d’une part les Pâques sanglantes du Sri Lanka marquées par une série d’attentats coordonnées qui ont coûté la vie à plus de trois cents personnes (sans compter les innombrables blessés), et d’autre part les fêtes du printemps qui conjuguent le soleil, les fleurs et le repos en famille. Qui voudrait, tel le caméléon, calquer son humeur sur son environnement immédiat, s’épuiserait, tant cet environnement est contrasté.

    Je préfère, plus sagement, enfourner mes pieds dans un article de la newsletter du Temps d’hier, lundi de Pâque 22 avril 2019, intitulé La danse, le meilleur des sports. Je n’ai rien à redire sur les qualités sportives des danseurs. Et je suis prêt à croire les conclusions des études scientifiques faites sur les effets de la danse sur le cerveau et la mémoire. Car, comme le soulignait Jean Piaget, l’intelligence est le produit de l’activité, des mouvements du corps et pas simplement des influx nerveux. Les danses acrobatiques me stupéfient; car j’admire sans réticence les exploits que je vois faire aux autres, sans pouvoir les réaliser moi-même. (Inversement, un article que j’aurais pu écrire sans grands efforts m’apparaît toujours inintéressant.) La street-danse met le comble à mon admiration. Parfois un effet esthétique colore mes sentiments, et je ne suis pas insensible à l’harmonie entre la cadence, les rythmes et les gestes. Cependant, lorsque l’effort des danseurs se ressent trop manifestement, la magie disparaît.

    C’est sur ce point précis que se manifeste pour moi une autre dimension humaine de la danse, sa dimension spirituelle. Quand on voit l’artifice, il n’y a plus d’art, dit-on avec juste raison. Car l’attention est captée par un détail surajouté au lieu de se laisser envahir par un ensemble sans arrête. Fruit d’une technique parfaitement maîtrisée, l’harmonie entre la musique la danseuse (ou le danseur, ou encore le couple ou le corps de ballet), témoigne d’une sorte de communion entre l’individu et le cosmos. Ayant encore en mémoire les cérémonies de la Semaine sainte avant Pâque, où se manifestait parfois, comme incongrus, quelques raccords un peu trop visibles, je me dis que cette harmonie entre la musique et les gestes serait l’idéal d’une liturgie non seulement bien pensée, mais surtout intérieurement vécue.

    Faisant allusion à la fable de La Fontaine, La cigale et la fourmi, l’article du Temps inverse l’injonction de la fourmi « eh bien, danser maintenant » pour inviter jeunes et vieux, non pas à «danser devant le buffet» selon l’expression populaire qui désigne ainsi la posture de la cigale affamée, mais à pratiquer la danse. J’ajoute une autre raison de danser, moins immédiatement utile à la santé physique et mentale, mais plus religieuse. Nietzsche prétendait qu’il ne pourrait croire qu’à un Dieu qui sache danser. Pour ma part, en ces jours où nous célébrons la vie de Christ en nous, je ne saurais croire qu’à un Dieu qui me fasse danser.

  • Pensions à vie sur la sellette

    FreysingerMaudet CoupEpingle19Oskar Freysinger et Pierre Maudet au cœur des débats sur "Les pensions à vie perçues par les membres des gouvernements". © wikimedia commonsÉtienne Perrot sjÉtienne Perrot sj - Les pensions à vie perçues par les membres des gouvernements -tout comme avantages procurés par le statut des fonctionnaires dans beaucoup de pays, notamment en France voisine-, ont été conçues pour garantir l’indépendance des édiles et de leurs Services. Cette idée d’indépendance reflétait la conviction selon laquelle les représentants de la collectivité, quel que soit leur grade et leur fonction politiques ou administratives, transcendent les intérêts particuliers des citoyens. Serviteurs de la loi qui est faite, aux dires d’un Révolutionnaire de 1789, non pas pour le charcutier ou pour le tapissier, mais pour le citoyen, ils étaient supposés hors d’atteinte des récriminations a priori partisanes. Comme le disait l’article 75 de la Constitution de l’an VIII (1800): «nul fonctionnaire ne peut être tenu pour responsable de ses actes» car, à la manière des gouvernants, il est réputé n’être que le fidèle exécutant de la volonté générale.

    Malheureusement, cette idéalisation de la fonction gouvernementale a beaucoup pâti des errements -vrais ou faux, relativisés ou gonflés par les médias- de nos dirigeants politiques. Certes, on est toujours surpris de voir réélus des politicien(ne)s précédemment condamnés par la justice; mais il n’empêche que «la femme de César» a peu à peu perdu sa virginité. D’autant plus que la culture dominante d’aujourd’hui fait spontanément passer l’intérêt personnel avant celui de la collectivité, au point que chacun considère les services de gouvernement avant tout comme un service qui lui est dû personnellement, indépendamment de l’intérêt d’autrui.

    Cette érosion du sens de la collectivité permet d’expliquer que l’opinion publique trouve inappropriées les rentes à vie des anciens membres des gouvernements. Les cantons du Jura, de Fribourg et du Valais se préparent à supprimer les rentes pérennes des membres de leur gouvernement. L’affaire Maudet ayant chauffé les esprits, il est question pour le canton de Genève, de suivre le même chemin.
    Je ne suis pas favorable à ce que se renouvelle dans les cantons helvétiques ce que les révolutionnaires français ont accompli durant la «nuit du 4 août», connu sous le nom de «l’abolition des privilèges». Car avant de parler de privilège à propos de la pension versée aux anciens gouvernants, il convient de voir si la contrepartie de cet avantage indéniable a été honorée, et si l’avantage acquis est proportionnel au service rendu. Quel fut le coût personnel du service rendu par le membre du gouvernement? coût familial et financier, bien sûr, auxquels il faudrait ajouter les coups reçus, psychologiques ou autres. C’est cela qu’il faut peser avant de trancher au nom de l’idéologie dont Robespierre fut le plus illustre et le plus tragique représentant.

  • Petites annonces et petites arnaques

    Étienne Perrot sj - Les petites annonces cachent parfois des petites arnaques. Avec juste raison, deux parmi les plus grosses plateformes de Suisse Romande -www.petitesannonces.ch et www.anibis.ch- s’en préoccupent. Leurs luttes contre les fausses annonces rejoignent l’une des préoccupations développées dans la prochaine livraison de la revue choisir: les Fake News. Leurs moyens sont évidemment d’une autre nature. Comme il est difficile d’examiner une à une les annonces et de vérifier la validité de chacune, ces plateformes font appel à des traitements statistiques permis par le Big Data et ce qu’il convenu d’appeler l’Intelligence artificielle.

    Le Machine Learning sert à lutter contre les annonces fallacieuses, voire carrément frauduleuses. L’un des ressorts du système de vérification repose sur le constat selon lequel une fausse nouvelle se répand sur le Net beaucoup plus vite qu’une vraie. Cela n’a rien d’étonnant. Car les fausses nouvelles sont fabriquées non pas d’abord pour dévoiler la vérité, mais pour attirer le chaland. (Malgré les dénégations générales, la vérité n’est pas toujours intéressante, rarement stimulante, exceptionnellement spectaculaire.) Les journaux à grand tirage en font leur beurre. Selon un responsable de l’une de ces plateformes, sur Twitter «une fausse nouvelle met six fois moins de temps qu’une vraie pour atteindre 1500 personnes; et qu’elle est 70% plus susceptible d’être partagée.» Grace à des algorithmes adéquats, la plateforme www.anibis.ch (appartenant partiellement au Temps via des participations financières dans scout24) prétend pouvoir détecter 85% des fraudes.

    Cet outil, le Machine Learning, reposant sur la loi des grands nombres, loi traitée selon des algorithmes toujours perfectibles, fait, disons, le gros du travail. Mais il laisse nécessairement en souffrance les cas particuliers, les arnaques sophistiquées et les propositions adroitement tordues que seule la vigilance des utilisateurs et leur expérience malheureuse permettent de mettre au jour. Au premier rang desquels les internautes qui, sans toujours être des spécialistes, connaissent bien certains secteurs du marché présenté sur la toile, et dénoncent ce qui leur semble être une arnaque. Dans un autre domaine, l’administration fiscale française ne procède pas autrement; elle utilise, elle aussi, les données statistiques pour ramasser dans ses filets une bonne part des tricheurs. Mais elle compte sur les dénonciations ou sur les heureux hasards pour épingler les truands aux profils singuliers.

    Morale de l’histoire, les arnaqueurs, sur la toile comme ailleurs, restent toujours à l’affut d’une manière de procéder singulière qui échappe au filet du Machine Learning et autres traitements informatisés. Aux utilisateurs de faire attention. Ce qui n’est pas évident: le bon sens, particulièrement nécessaire en ce domaine, étant la chose du monde la mieux partagée (chacun prétend en avoir suffisamment), chacun en a pratiquement très peu. L’attention est donc doublement nécessaire ; car, comme disait l’humoriste à la logique imparable : ce qui n’arrive qu’aux autres n’arrive qu’à moi.

  • Plaidoyer pour les résolutions du Nouvel An

    Par Beat Altenbach sj- Elles sont aussi traditionnelles que peu prises au sérieux, les résolutions du Nouvel An. D'une certaine manière, elles font partie du folklore comme les bouchons de Champagne qui éclatent et les feux d'artifice. Mais la plupart de ces résolutions sont déjà abandonnées après quelques jours, ce qui amène les "plus éclairés" d’entre nous à annoncer tout simplement ne plus vouloir en prendre. Ce serait inutile et ridicule, pensent-ils, puisque cela amènerait tôt ou tard à un échec. C'est d'ailleurs en grande partie vrai, d'autant plus que nous puisons généralement dans nos faiblesses pour formuler nos bonnes résolutions. Pourtant, le vrai problème des résolutions n'est pas leur échec prévisible, mais notre incapacité à faire face à cet échec.

  • Politique d’asile en Suisse: des tendances inquiétantes

    «La mémoire collective est souvent très courte. Trop courte pour percevoir les changements sociaux rampants», s'inquiète Christoph Albrecht sj, responsable du Service jésuite des réfugiés suisse (www.jrs-schweiz.ch). Il en fait la démonstration par le durcissement des lois sur l'asile et les étrangers. «Ce qui était encore impensable à la fin des années 1980 est aujourd'hui considéré comme normal par une grande partie de la société: des personnes innocentes de tout crimes sont mises en prison; l’aide aux migrants est de plus en plus criminalisée; depuis le 1er mars 2019, les demandeurs d'asile nouvellement arrivés en Suisse doivent attendre des mois durant l’aboutissement de leur procédure d'asile dans des camps, appelés centres fédéraux d'asile, isolés de la population civile; de jeunes requérants bien intégrés qui ont commencé un apprentissage doivent l’interrompre dès qu'ils reçoivent une décision de rejet de leur demande d'asile.» Son analyse ci-dessous:

  • Pourquoi je prie avant de manger

    Tous les jours, je mange des pommes de terre, des haricots, des légumes de toutes sortes, parfois un steak de bœuf bien assaisonné ou un raisin juteux. Que sont ces aliments que je mets dans ma bouche et que représentent-ils?

  • Prendre soin de la maison commune ou la dévaster ?

    Greta Thunberg sp119Greta Thunberg © Jan Ainali/Wikimedia CommonsMon journal relate deux événements qui s’entrechoquent avec violence. D’un côté la croisade en faveur du climat d’une jeune adolescente suédoise, Greta Thunberg (16 ans) qui, au terme d’un long voyage en train se pointe dans le milieu aseptisé du Forum économique mondiale à Davos pour réveiller les participants et leur faire prendre conscience de l’urgence de la situation, comme elle l’avait fait en décembre dernier à Katowice, à la conférence l'ONU sur le climat (COP24).