arts

  • Le tissu de méditation de Nicolas de Flue

    Bruno Fuglistaller sj- Méditer à l'aide de la reproduction de Le tissu de méditation de Nicolas de Flue: un tissu de lin peint a tempera de 87,5 x 80,5 cm datant d’environ 1480.

    malevitch quadrangle 1915Une histoire complexe

    Cette tenture peinture au XVe a été tendue sur un cadre en 1611 et complétée par une inscription. Elle est propriété de la paroisse de Sachseln (dans le canton d'Obwald) où elle est conservée. C’est une copie que l'on peut admirer dans l’église de Sachseln.

    Trois sources évoquent cette toile de méditation de Nicolas de Flue de Flüeli-Ranft, charmant village situé sur le chemin de Saint-Jacques, patrie d’origine de Frère Nicolas:
    1. Un pèlerin anonyme parle d’une rencontre avec Nicolas de Flue. Il évoque les questions qu'il lui aurait posées et les réponses qu'il aurait reçues. À une question, Nicolas lui aurait répondu: «Je vais te montrer le livre dans lequel j’apprends». Nicolas de Flue lui aurait alors montré la tenture sur laquelle était représenté ce qui ressemble à une roue avec ses rayons. Ce récit a conduit à l’hypothèse que le tissu ne contenait d’abord qu'une esquisse de Roue et que les six médaillons auraient été ajoutés plus tard. Toutefois, accompagnant le même récit se trouve une gravure sur laquelle l’image intégrale est représentée. Il semble donc que ce récit soit faux.
    2. Dans la biographe Gundelfingen (1485 – 1488), ce dernier écrit, sans doute après une rencontre avec Nicolas de Flue: «N’a-t-il pas aussi appris à l’école de l’Esprit Saint? Voilà d’où vient l’image qu’il a faite peindre dans sa cellule. Image qui reflète toute la divinité».
    3. Dans un échange épistolaire entre Bovillius et Horius (1503), il est question de cette toile de méditation. On parle alors des épées (plutôt que des rayons). Ceci conduisit à la fausse interprétation, selon laquelle Luther (qui a largement diffusé la prière de Saint-Nicolas) s’est senti confirmé dans ses choix.

    Histoire d'une œuvre

    Qui a peint cette tenture? Qui a conçu cette méditation sur la Trinité et les six médaillons? En fait, on ne le sait pas. Mais nous connaissons le milieu dans lequel elle a été produite. D’un point de vue de l’histoire de l’art, on peut établir un lien avec les tentures de carême du Moyen Âge tardif, avec entre autres par exemple, la tenture de l’Altdorf (1421), de Zoug (1465) et particulièrement celle de Zittau (1472). Ces tentures étaient suspendues devant le grand autel et racontait l’histoire du salut ou la passion afin d’aider à leur méditation. La tenture de Zittau (58 m² contenant 90 scènes de l’histoire de la création) manifeste de nombreuses similitudes avec notre tenture. Le médaillon de la naissance, de l’arrestation et de la crucifixion sont comparables.

    D’un point de vue théologique et spirituel, ce sont les auteurs de la mystique rhénane qui ont inspiré l’auteur de la tenture. Ces derniers ont approfondi et diffusé le thème traditionnel de l’établissement de Dieu (Einwohnung) qui était cher à Maître Eckhart, Henri Suso, et Jean Tauler. Chacun d’entre eux aurait pu influencer Nicolas de Flue -pas directement- à travers ses confesseurs et par le climat général dans la spiritualité. Parmi les proches de Nicolas de Flue, il faut compter son ami Heimo Amgrund, curé de Stans, et aussi le curé de Kerns Oswald Isner. Plus tard, aussi son chapelain Peter Bachtaler. C’est le même Esprit Saint qui a inspiré ces mystiques et qui a inspiré l’auteur de la tenture.

    (Source: Ce commentaire est largement inspiré de l’ouvrage de Bernard Schubiger, Le tissu de méditation de Nicolas de Flue, une boussole pour la vie, Ed. du Parvis, 2018.)

    Quelques pistes pour regarder et méditer sur «Le tissu de méditation de Nicolas de Flue»

    La structure de base de l’image est le cercle (la divinité), qui est inséré dans un carré (la terre, l’humain).

    En suivant l’ordre des médaillons (de bas en haut), on voit :
    • l’Annonciation,
    • la Nativité,
    • le Père qui bénit la création,
    • l’arrestation de Jésus et le baiser de Judas,
    • la Crucifixion,
    • l’Eucharistie,
    • et au centre, le Christ roi.

    Deux médaillons ne sont pas présentés dans l’ordre chronologique de la vie du Christ. La bénédiction de la Création devrait représenter l’enseignement de Jésus; mais il est venu pour révéler l’amour et la miséricorde de Dieu le Père. La scène de l’Eucharistie devrait en fait être la scène de la résurrection; mais ce sacrement est lui-même la fête de la mort et de la résurrection du Christ. Il est la présence réelle qui est manifestée par ce rayon. Le rayon qui vient du centre et va directement pointer le pain eucharistique qui est devenu le corps du Christ.

    Interprétation des médaillons par le biais des vertus théologales

    La foi
    Elle est le chemin du disciple qui est devenu un pèlerin du Christ. Si nous regardons les objets qui se trouvent sur le sol dans les six médaillons, nous découvrons le chemin du pèlerin, qui laisse tomber ses béquilles.
    Avec la naissance il prend le bâton de pèlerin et le sac et s’en remet à la providence qui apporte boissons et nourriture. Il devient intérieurement et extérieurement libre et dépose tout au pied de la croix. Dans l’adoration eucharistique le Christ est comme un miroir, qui lui permet de voir toute sa vie commune histoire de salut. Par l’adoration eucharistique le disciple entre dans le mystère de la Trinité qui est présente dans sa vie et son cœur.

    L’amour
    Par la prière le disciple découvre les six œuvres de charité. Six clés montrent le chemin pour arriver au royaume: visiter les malades (les béquilles), accueillir l’étranger, particulièrement le pèlerin (bâton et sacs), donner à manger et à boire (pain et cruches), visiter les prisonniers (menottes), vêtir ceux qui sont nus (les habits), honorer les morts (cercueil). Au centre on voit alors Dieu sur son trône au moment du jugement dernier.

    L’espérance
    Trois rayons, fin au centre et large aux extrêmes: par les oreilles nous entendons le père est créateur, par les yeux nous contemplons Jésus en croix et par la bouche nous recevons le souffle de l’Esprit Saint. La Trinité se révèle par ces trois grands mystères et se réunit dans l’unité. Trois rayons fins dans les extrémités et larges au centre: Dieu se fait tout petit dans la naissance, de sorte que chacun peut le recevoir et l’accueillir, il vit tout dans l’humilité et l’abandon (arrestation) et se rend présent dans l’humble hostie.

    Les quatre médaillons carrés représentent les quatre évangélistes qui par leur message permettent d’accéder à ces mystères.

    L’espace pictural est divisé en deux, avec les médaillons ronds du bas (Annonciation, Nativité, Eucharistie) qui représentent la scène dans un espace clos ou en tout cas délimité. Ceci peut mettre en évidence l’abaissement du Christ. Et les médaillons ronds du haut (Bénédiction de la Création, Arrestation de Jésus et Crucifixion) qui manifestent une action à portée «illimitée».

    Le rouge joue aussi un rôle important. Il marque le cadre de la toile. On le trouve aussi autour des médaillons des évangélistes, tout comme dans le cercle entourant le Christ roi et immédiatement proche de lui. On le voit encore dans plusieurs scènes: l’Annonciation, dans la cape de l’ange; dans la cape du Père bénissant la Création; dans le vêtement de la personne qui couronne le Christ d’épines, dans le cadre du tableau d’autel du médaillon de l’eucharistie. Curieusement il est absent des scènes de la Nativité et de la Crucifixion.

    Bruno Fuglistaller sj


    Prochaines méditations à l'aide d'une œuvre d'art
    (d'une durée de 20 minutes environ dont un petit commentaire introductif)

    Dates: les 30 octobre 2019 et 27 novembre 2019, et les 29 janvier (exceptionnellement cette saison, il n'y aura pas de session en février et en mars), 29 avril, 27 mai et 24 juin 2020.

    Les méditations sont proposées le mercredi soir (après l'Eucharistie de 18h45)

  • Les âmes au Paradis - Figures d’Ancien Testament

    Après l’évangile du riche et de Lazare, il faut une explication. Le dialogue de conclusion de l’évangile de Luc était la clé. Il fallait cependant marquer une pause: en quelques versets, il y a bien plus que Lazare, Abraham et le riche. Il y a en fait un triple enjeu. Qu’est-ce que le temps passé a à voir avec le temps présent? Qu’est-ce que le présent a à voir avec la fin des temps? Est-ce que les deux questions s’éclairent l’une l’autre? Voilà toute la tension de l’art roman.
    Dans la chronique précédente, nous étions à Vézelay, sur le côté d’un chapiteau représentant la scène de la parabole de Luc. Au centre, Lazare qui festoie avec ses amis. À gauche, l’âme du pauvre Lazare qui monte au Paradis. À droite, Abraham qui accueille Lazare en son giron.

  • Ne pas le quitter des yeux - Jour 4

    Pierre Martinot-Lagarde sj - Oui, nous aimons les monstres. Nous ne cessons d’en créer, de ces petites ou de ces grosses bêtes qui voisinent dans nos têtes avec les pensées les plus subtiles, les affections et les attentions les plus délicates, qui essayent de commander à nos gestes et à nos paroles. Tous, sans aucun doute, nous avons nos monstres favoris. Malgré des visages souvent différents, ils ont souvent un trait commun, ils sont excessifs.
    Le Moyen Age, et l’art roman en particulier, adore les montres. Non pas qu’il les vénère, qu’il leur fasse des autels particuliers ou qu’il essaye d’en modérer les effets. Généralement, il les combat, il ne les laisse pas s’installer, il s’arme pour leur faire face. Aujourd’hui, nous sommes à Anzy le Duc, en Brionnais, vers la pointe sud de la Bourgogne, un territoire qui fut un moment une sorte de limite. Michel combat un monstre, un démon.

  • Notre-Dame célébrée

    Madonna della Strada à l'Eglise de Gesú, RomeLe 24 mai, nous célébrons Notre-Dame-de-la-Route (du nom de la Maison où les jésuites de Fribourg accueillent leurs hôtes pour des retraites et sessions de formations). Mais qui est donc Notre-Dame-de-la-Route? Une «Madone» chère aux jésuites, où plus précisément la représentation de la Vierge Marie avec l’Enfant Jésus qu'elle tient de sa mains gauche, une œuvre qui se trouve dans la chapelle latérale gauche de l’église du Gesù, à Rome.

  • Où est-il ton frère? - Figures d’Ancien Testament

    Le père, le frère, la jalousie, le meurtre, tout y est pour une tragédie insoluble. On attend l’engrenage de la violence, tuerie après tuerie, décès après décès. Rien de tout cela, mais une question: où est-il ton frère? Dieu dialogue avec Caïn.
    Ici, à Autun, Dieu et Caïn sont presque côte à côte. L’humain est plus petit que le divin. Végétation et forêt entourent la scène. Une inconnue demeure. S’agit-il du premier dialogue, celui de la jalousie? «Pourquoi t’irrites-tu?», ou du second: «Qu’as-tu fait de ton frère?».

  • Pâque et la danse

    Étienne Perrot sj - J’oscille entre d’une part les Pâques sanglantes du Sri Lanka marquées par une série d’attentats coordonnées qui ont coûté la vie à plus de trois cents personnes (sans compter les innombrables blessés), et d’autre part les fêtes du printemps qui conjuguent le soleil, les fleurs et le repos en famille. Qui voudrait, tel le caméléon, calquer son humeur sur son environnement immédiat, s’épuiserait, tant cet environnement est contrasté.

    Je préfère, plus sagement, enfourner mes pieds dans un article de la newsletter du Temps d’hier, lundi de Pâque 22 avril 2019, intitulé La danse, le meilleur des sports. Je n’ai rien à redire sur les qualités sportives des danseurs. Et je suis prêt à croire les conclusions des études scientifiques faites sur les effets de la danse sur le cerveau et la mémoire. Car, comme le soulignait Jean Piaget, l’intelligence est le produit de l’activité, des mouvements du corps et pas simplement des influx nerveux. Les danses acrobatiques me stupéfient; car j’admire sans réticence les exploits que je vois faire aux autres, sans pouvoir les réaliser moi-même. (Inversement, un article que j’aurais pu écrire sans grands efforts m’apparaît toujours inintéressant.) La street-danse met le comble à mon admiration. Parfois un effet esthétique colore mes sentiments, et je ne suis pas insensible à l’harmonie entre la cadence, les rythmes et les gestes. Cependant, lorsque l’effort des danseurs se ressent trop manifestement, la magie disparaît.

    C’est sur ce point précis que se manifeste pour moi une autre dimension humaine de la danse, sa dimension spirituelle. Quand on voit l’artifice, il n’y a plus d’art, dit-on avec juste raison. Car l’attention est captée par un détail surajouté au lieu de se laisser envahir par un ensemble sans arrête. Fruit d’une technique parfaitement maîtrisée, l’harmonie entre la musique la danseuse (ou le danseur, ou encore le couple ou le corps de ballet), témoigne d’une sorte de communion entre l’individu et le cosmos. Ayant encore en mémoire les cérémonies de la Semaine sainte avant Pâque, où se manifestait parfois, comme incongrus, quelques raccords un peu trop visibles, je me dis que cette harmonie entre la musique et les gestes serait l’idéal d’une liturgie non seulement bien pensée, mais surtout intérieurement vécue.

    Faisant allusion à la fable de La Fontaine, La cigale et la fourmi, l’article du Temps inverse l’injonction de la fourmi « eh bien, danser maintenant » pour inviter jeunes et vieux, non pas à «danser devant le buffet» selon l’expression populaire qui désigne ainsi la posture de la cigale affamée, mais à pratiquer la danse. J’ajoute une autre raison de danser, moins immédiatement utile à la santé physique et mentale, mais plus religieuse. Nietzsche prétendait qu’il ne pourrait croire qu’à un Dieu qui sache danser. Pour ma part, en ces jours où nous célébrons la vie de Christ en nous, je ne saurais croire qu’à un Dieu qui me fasse danser.

  • Première annonciation - Figures d’Ancien Testament

    Cinq personnages et quelques autres nous mènent directement au creuset d’une histoire sainte, d’une histoire divine, aux résonances multiples jusqu’à aujourd’hui. Dans cette rencontre, tout est résumé. Et nous y arrivons comme par effraction, en suivant les fils de la Genèse qui mêlent et entremêlent les récits: comme si il n’y avait pas un unique commencement, comme si Abraham n’était pas le père des croyants, comme si le Seigneur, Dieu unique, ne s’y révélait pas dans sa puissance.
    Sur ce chapiteau d’Arles, la rencontre des cinq personnages dont nous ne voyons que trois, est prodigieuse. J’aime ces mouvements, ces expressions, ces corps ramassés, conjugués les uns avec les autres, comme si ensemble ils pétrissent la même pâte d’humanité. Il y a ces têtes vivantes, ces toges et ces plissés, ces mouvements tendus, il y a ici comme du métal en fusion. Tout pourtant est calcaire, outragé par les ans, mais tout semble vivre.

  • Premières au tombeau - Lundi de Pâques

    Elles sont au pied de la croix et les premières au tombeau. La Résurrection est d’abord le temps des femmes. Avant celui des hommes, des apôtres. Porteuses des parfums et des encens, les femmes viennent embaumer celui qui devait rester parmi les morts, les premières elles le retrouvent chez les Vivants.
    Dans l’art roman, deux récits de Résurrection tiennent une place à part. Celui des femmes venant apporter les aromates, celui des disciples d’Emmaüs. Ici, nous sommes à Aix-en-Provence. Les sculptures y ont des formes souples, claires, des drapés quasi romains, des expressions, des visages tout en émotion. Il y a ces portraits au pied de la croix, et celui-ci au jour de la résurrection.

  • Retour à Jérusalem - Mercredi de Pâques

    Comme dans une sonate, le thème passe, repasse, s’ornemente, se redéploie. Ainsi de Jérusalem. La scène est connue par le village Emmaüs, un point ultime, un point de retour. Mais que n’est-elle pas davantage célébrée pour le retour et la rencontre des disciples qui suit et le récit de l’apparition?
    Ici à Autun, encore une scène narrative, des expressions si lointaines sur les chapiteaux de la nef, et quand ceux-ci sont capturés et ramenés vers nos yeux, que de détails. Interrogation, inquiétude, explications, effroi, patience. Les affects se lisent un à un sur chaque personnage presque comme sur un tableau de Veronese. Une vraie mise en scène.

  • Révèle-moi ton nom - Jour 11

    Toute la nuit il lutta. Il combattit, il s’éprouva. Sa hanche se démit. Seule l’aurore apporte le répit attendu. Tout se termine dans une demande, «je ne te lâcherai que tu ne m’aies béni». Dieu est avec lui.
    Nous sommes à Autun. À part Vezelay, peu d’endroits rassemblent autant de scène évangéliques, bibliques et apocryphes. Jacob et l’Ange est un “classique“ de l’art roman. Encore un ange, encore un combat. Étrange.

  • Rêverie

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    Le Courrierdu 3 juin (2016) consacre une article au livre de Julien Lambert sjet Richard Vachoux «Rêverie de l'acteur solitaire».

  • Rêverie à la Télé

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    Sur Leman Bleu,dans son émissionGenève à Chaud du 30 mai (2016), Pascal Décaillet parle du livre de Richard Vachoux et Julien Lambert sj «Rêverie de l'acteur solitaire».

  • Se laisser conduire - Jour 15

    Pourquoi connaît-on Balaam? Ce petit prophète lointain, qui peine à dire la vérité de Dieu devant les puissants. Non pas pour son éloquence, son courage, sa rapidité. Mais plus surement à cause de son ânesse, indocile envers les hommes, docile envers Dieu. Balaam se laisse conduire.
    Dans plusieurs édifices romans, il y a deux ânesses, côte à côte, l’une renvoyant à l’autre. Ici à Arles, la première conduit le prophète, la seconde Jésus pour son entrée à Jérusalem. La première est menée par l’Ange, la seconde est accompagnée de son petit, signe que son destin est menée à son terme. Nous la voyons au jour de la passion.

  • Soldat endormi - Samedi Saint

    Quel autre image pour le samedi du tombeau, de la nuit, de l’attente? Un homme posté par devoir à garder un autre homme mis à mort et ensuite au tombeau. Attente, songe, rêve. Le soldat est là sans être là. Présent sans être présent. Pour garder l’homme qui n’est plus chez les morts.
    Nous sommes à Mozac, dans le Puy-de-Dôme. Une ancienne abbaye compte une série de chapiteaux remarquables, avec des être mystérieux, mêlant l’animal et l’humain. Une courte série de scène biblique et cette scène qui accompagne les récits de Résurrection.

  • Un espace de pierres, une expérience spirituelle

    On a dit de l'art roman qu'il était une bible de pierre, un catéchisme écrit sur les murs. Pour ma part, j'y vois le grand récit d'une époque qui découvre, se réapproprie, transforme et ré-annonce le premier récit évangélique. La pierre n'est pas en dehors du chemin spirituel de l'époque romane, de la révolution grégorienne, de la renaissance d'une Église à la jonction des mondes orientaux, musulmans, celtes, romains et germains. La pierre, la statuaire romane, est l'expérience de cette transformation, elle en est le "dit", et le faire. Tout comme l'expérience monachique par son ampleur, celle de Cluny en particulier, en était une partie du corps et de l'esprit.

    Voici quelques années, j'avais commencé à me plonger dans ce temps avec un projet photographique. J'avais erré en Bourgogne, dans le Périgord, vers le sud aussi. J'en avais cherché seul, ou avec des amis, avec ma mère qui s'était passionnée aussi, les témoignages. J'avais en tête, et dans les mains comme guide, les fameux livres du Zodiaque, édités pendant longtemps par l'abbaye de la Pierre qui Vire. Ce projet, documentaire, était une source incomparable, mais avait une limite. La photo, de très grande qualité, voulait souvent tout montrer et donner au lecteur à voir le tout de la pierre. Tous les détails étaient visibles. Le respect pour l'expérience spirituelle y était aussi immense. Mais il y manquait peut-être quelque chose, le projet d'un récit.

    Car la pierre raconte, elle dit cette expérience humaine, spirituelle, d'une Église qui se construit, et se découvre à elle-même quand elle réécrit pour elle-même le récit évangélique. Aujourd'hui, la photographie et les techniques qui l'accompagnent permettent véritablement de proposer cette lecture narrative. Tout cela m'a conduit vers la construction d'une série photographique, d'un "itinéraire" en marche vers Pâques, au Carmel de Mazille.

    L'hospitalité des sœurs, la communauté des hôtes, avaient donné lieu à des échanges, croisés, qui étaient de véritables dialogues autour et avec les pierres. Je les ai encore en mémoire. Les symboles, qu'ils viennent du fond des ans ou d'aujourd'hui, nous font parler, nous font vivre.

    De ce temps, de ces échanges, et des photos, depuis longtemps, je voulais faire un livre. Je ne sais pas si celui-ci pourra voir le jour. Mais voici que nous est donné une autre expérience, unique, inconnue, qui met toutes nos existences en péril, tous les jours nous parlons, nous vivons, nous ressentons quelque chose de la vie et de la mort, de l'incertitude, de l'être, de ce que nous pourrions aspirer à vivre et de ce que nous parvenons à éprouver. Quand nous entrons dans cette vie à la fois «entre parenthèses» et en même temps si riche, si pleine, je sens combien l'expérience, le dit et le faire de ces pierres me parlent.

    C'est pourquoi je voudrais proposer, au jour le jour, et aussi longtemps que durera notre marche, ensemble et séparés, de revenir vers ces pierres, de les regarder, de les contempler, peut-être parfois de les entendre, souvent de les toucher. J'y ajouterai un commentaire. Peut-être pourriez-vous aussi y proposer le vôtre. Ainsi nous pourrons continuer d'être ensemble «le peuple immense de ceux qui t'ont cherché».

    Pierre Martinot-Lagarde sj

  • Un espace de pierres, une expérience spirituelle

    En ces temps de confinement, où même les portes de nos plus belles églises nous sont inaccessibles, le Père Pierre Martinot-Lagarde sj nous invite à la découverte l'art roman qui orne les lieux de culte. Il lance ainsi une nouvelle chronique baptisée Les pierres vivantes.

    Il explique sa démarche:

    «On a dit de l'art roman qu'il était une bible de pierre, un catéchisme écrit sur les murs. Pour ma part, j'y vois le grand récit d'une époque qui découvre, se réapproprie, transforme et ré-annonce le premier récit évangélique. La pierre n'est pas en dehors du chemin spirituel de l'époque romane, de la révolution grégorienne, de la renaissance d'une Église à la jonction des mondes orientaux, musulmans, celtes, romains et germains. La pierre, la statuaire romane, est l'expérience de cette transformation, elle en est le "dit", et le faire. Tout comme l'expérience monachique par son ampleur, celle de Cluny en particulier, en était une partie du corps et de l'esprit.

    »Voici quelques années, j'avais commencé à me plonger dans ce temps avec un projet photographique. J'avais erré en Bourgogne, dans le Périgord, vers le sud aussi. J'en avais cherché seul, ou avec des amis, avec ma mère qui s'était passionnée aussi, les témoignages. J'avais en tête, et dans les mains comme guide, les fameux livres du Zodiaque, édités pendant longtemps par l'abbaye de la Pierre qui Vire. Ce projet, documentaire, était une source incomparable, mais avait une limite. La photo, de très grande qualité, voulait souvent tout montrer et donner au lecteur à voir le tout de la pierre. Tous les détails étaient visibles. Le respect pour l'expérience spirituelle y était aussi immense. Mais il y manquait peut-être quelque chose, le projet d'un récit.

    »Car la pierre raconte, elle dit cette expérience humaine, spirituelle, d'une Église qui se construit, et se découvre à elle-même quand elle réécrit pour elle-même le récit évangélique. Aujourd'hui, la photographie et les techniques qui l'accompagnent permettent véritablement de proposer cette lecture narrative. Tout cela m'a conduit vers la construction d'une série photographique, d'un "itinéraire" en marche vers Pâques, au Carmel de Mazille.

    »L'hospitalité des sœurs, la communauté des hôtes, avaient donné lieu à des échanges, croisés, qui étaient de véritables dialogues autour et avec les pierres. Je les ai encore en mémoire. Les symboles, qu'ils viennent du fond des ans ou d'aujourd'hui, nous font parler, nous font vivre.

    »De ce temps, de ces échanges, et des photos, depuis longtemps, je voulais faire un livre. Je ne sais pas si celui-ci pourra voir le jour. Mais voici que nous est donné une autre expérience, unique, inconnue, qui met toutes nos existences en péril, tous les jours nous parlons, nous vivons, nous ressentons quelque chose de la vie et de la mort, de l'incertitude, de l'être, de ce que nous pourrions aspirer à vivre et de ce que nous parvenons à éprouver. Quand nous entrons dans cette vie à la fois «entre parenthèses» et en même temps si riche, si pleine, je sens combien l'expérience, le dit et le faire de ces pierres me parlent.

    »C'est pourquoi je voudrais proposer, au jour le jour, et aussi longtemps que durera notre marche, ensemble et séparés, de revenir vers ces pierres, de les regarder, de les contempler, peut-être parfois de les entendre, souvent de les toucher. J'y ajouterai un commentaire. Peut-être pourriez-vous aussi y proposer le vôtre. Ainsi nous pourrons continuer d'être ensemble «le peuple immense de ceux qui t'ont cherché».

    Pierre Martinot-Lagarde sj

  • Une saison à méditer sur l'art

    Les Méditations à l'aide d'une œuvre d'art proposées par le Père Bruno Fuglistaller sj, historien de l'art, reprennent dès le mercredi 30 septembre 2020.
    Elles se déroulent comme à l'accoutumée une fois par mois, à l'antenne ignatienne de Saint-Boniface, avenue du Mail 14 (Genève), soit le dernier mercredi du mois après l'Eucharistie de 18h45.
    Vous pouvez aussi méditer seule à l'aide des commentaires des anciennes propositions de Bruno Fuglistaller sj ci-contre.

     

    Dates en 2020
    30 septembre; 28 octobre; 25 novembre; 16 décembre.

    Dates en 2021

    27 janvier; 24 février; 31 mars; 21 avril !!!; pas de méditation en mai; 23 juin; 29 septembre; pas de méditation en octobre; 24 novembre.

  • Venir au jour - Jour 3

    Pierre Martinot-Lagarde sj - Quel est-il cet homme? Il semble venir de la forêt. Il semble venir au jour, choisir la lumière et venir à nous. Il a des airs de lutins, des airs de sage, des yeux, encore des yeux, toujours immenses. Au dessus de lui, les branches d’arbre font des nœuds, et lui, ses bras sont écartés, il les ouvre, et s’ouvre lui-même. Il sort, il vient à nous.
    Encore une fois, nous voici dans la crypte de la cathédrale de Dijon, et ce chapiteau est d’époque pré-romane, il fait partie des plus anciens que nous connaissions. Il est à bien des égards énigmatique. Il vient du fond des âges. Est ce celui d’un saint? D’un témoin d’une époque révolu? Difficile de dire.

  • Visages du Christ - Au dernier jour

    Quel est-il ce dernier jour? Ce moment ultime d’abandon, de jugement, de révélation. Un visage, un corps, une élévation, un Christ, et un manteau aux innombrables plis. Sérénité, regard élevé, le Vivant, en son accueil. Révélation de celui qui vient au jour.
    Voici donc un fragment du grand portail d’Autun. Il faudrait peut-être y ajouter toutes les scènes qui l’environnent: les justes et les injustes, les âmes arrachées aux abîmes, les balances qui départagent. Car il s’agit d’un jugement dernier.

  • Visages du Christ - Enseignant - 3e dimanche de Pâques

    Le Christ enseigne. C’est acquis. Il précède, dévoile, fait connaître ou donne accès. Du savoir, il revêt parfois la parure et les manteaux. Ailleurs, il se donne comme un Maître de village. Prenant soin de lui et de son vêtement, mais rien de plus. Mais de lui, de nous-mêmes, de Dieu, qu’avons nous soif d’entendre, faim de savoir, désir de découvrir?
    À Avenas, en Haut Beaujolais, se trouve une petite église dans un haut de vallée qui se replie, au creux d’un col. À l'intérieur, ce maître autel, chef d’œuvre d’un roman authentique, mais fruste. Au centre, les apôtres et le Christ au Cénacle. Chaque tête est différente. Sur un côté, le don de l’église à Saint Vincent, et de l’autre les scènes de l’enfance. La pierre est à la fois brillante et lisse, la sculpture fondamentalement expressive.