arts

  • Expulsés - Figures d’Ancien Testament

    Expulsés, exfiltrés, exilés, exténués, expatriés, excommuniés, ce sont les «ex» du paradis. Mis dehors, chassés, repoussés, renvoyés, les voici errants, sans lieux, sans terre, sans jardin, sans endroit où poser la tête. Tout commence pour les humains par un mouvement, une sortie, un ailleurs. Pour Adam et Eve, le jardin est derrière eux, la tradition chrétienne ne conçoit aucun retour, il faut aller…
    Ici, à Souillac, aux confins de la Corrèze et de la Dordogne, dans ces anciennes provinces du Sud-Ouest, l’abbaye devenue église paroissiale livre de biens curieux vestiges. Notamment ce morceau de trumeau, autrefois séparant les deux vantaux d’un portail disparu. Quelles figures, quels assemblages, de têtes, de corps! Ce n’est pas une chute, c’est un enlacement.

  • Femmes auprès du Christ - les trois femmes - 4e dimanche de Pâques

    Trois femmes au tombeau, Marie-Madeleine et les mères de quatre disciples. La première est connue pour son parfum, l’une des mères l’est aussi pour s’être préoccupé du salut éternel de ses fils. Les voilà les premières au jardin de la résurrection. Trois, pour ne pas être seules, pour poser les gestes de l’abandon et de la remise au Père. Trois pour entendre et témoigner.
    Le sculpteur de Saulieu les rassemble et les inscrit au chapiteau de la Résurrection. On y retrouve sa puissance narrative, assez semblable à celle qui guidait le sculpteur d’Autun. Tout y est: position, attitudes, expressions du visage. Il y a plus qu’une suggestion, ici une histoire et avec elle un envol, une résurrection déjà ascension.

  • Femmes auprès du Christ - Marie

    Retenue, pudeur, confiance. Des mots de discrétion et de présence pour celle que Jésus appela sa mère. Avec elle, être proche du Vivant, ne pas le retenir, l’aimer, et auprès de lui intercéder. De Sa mère, elle est devenue notre mère.
    Ici, à Saint-Michel-de-la-Cluse (Sacra 'd San Michel ëd la Ciusa en piémontais). Presque au chœur de l’abbaye noire qui domine toute une vallée. Plus imposante que le Mont Saint-Michel, plus retirée car voisinant avec les nuées sinon avec les cieux. Marie, présence aimante, rassurante, se tient au cœur d’une communauté d’hommes.

  • Femmes auprès du Christ - Marie Madeleine

    Marie Madeleine, une fois encore. Il y a répétition. L’art roman ne s’en prive pas. Mais chaque fois, le contexte est différent. Ici, celle par qui le Vivant se révèle est à son côté droit, celui de la faim, du pain, du signe eucharistique.
    Nous retournons à Thiviers, en Dordogne. Ce chapiteau de la nef nous est familier. Nous y avons vu le Christ et Pierre. Mon premier commentaire ignorait l’autre face, à droite, Marie Madeleine. La voici donc, toujours portant les aromates ou le parfum.

  • Femmes auprès du Christ - Marie Madeleine et l’autre Marie

    Marie Madeleine et l’autre Marie viennent en courant au tombeau, elles tiennent en leurs mains précieusement les flacons de parfum. La première a un nom, parfois deux, mais la traduction liturgique n’en retient qu’un, Madeleine. La femme au parfum, du témoignage d’amour, est celle qui vient embaumer l’absent.
    Ici, c’est à Genève, que nous voyons les deux femmes. Dans la cathédrale, sur un des piliers de gauche, regardant la nef. De l’autre côté de la même colonne, leur faisant dos, rugissent les bêtes de l’apocalypse. Entre les deux, le Vivant. Dans l’Église de Calvin, personne ne les regarde. Pourtant, elles veillent.

  • Femmes auprès du Christ - Une annonce

    Gabriel et Marie, Marie et Gabriel, combien de fois l’un et l’autre apparaissent-ils ensemble dans l’art roman? Les artistes ne peuvent-ils pas avoir d’autre manière de dire le commencement de la Bonne Nouvelle? Certes, les généalogies de Matthieu, les longues phrases de Jean ou le simple mot «commencement» de Marc, sont difficiles à inscrire dans le calcaire. Le «oui» se grave dans la pierre après un dialogue. Magnificat.
    Ici, à Notre-Dame-du-Port de Clermont-Ferrand, les chapiteaux les plus historiés entourent le chœur. Les évangiles de l’enfance y tiennent une large place. La restauration fait quelque peu souffrir le photographe: la pierre est recouverte d’un badigeon. Aux ombres et aux lumières s’ajoutent les traits de pinceau. Manière peut-être véridique de rendre à la pierre son éclat, mais difficulté supplémentaire pour ressaisir les audaces de l’artiste sculpteur.

  • Femmes auprès du Christ - Vierge sage

    Autre portrait, celui d'une vierge sage, opposé à la représentation de la vierge folle. Figure du Royaume comparé à des Noces, elle devient interrogation quand elle est ciselée dans la pierre. Peut-on être sage sans être grave, ou malheureuse? Sage, heureuse et légère.
    Ici, cette vierge sage appartient au portail de la basilique de Saint-Denis,(non loin de Pairs). Plusieurs d'entre elles y figurent de part et d’autre, quand trône au-dessus de leur tête un Christ en majesté. Ces vierges sages sont bien paraboles du Royaume, du jugement, de la venue en accomplissement de celui que nous découvrons Vivant.

  • Femmes auprès du Christ - Visitation

    Visitation, évangile de Luc, troisième séquence, la rencontre, une visite, plutôt, le signe d’un accomplissement, la promesse se réalise, les deux cousines sont ensemble. Elles attestent de l’Ancien et du Nouveau, du passage de l’un à l’autre testament. Ce qui est annoncé devient réalité.
    Ici, dans la Narthex de Saint-Benoît-sur-Loire, dans cet espace qui accueille le pèlerin, les chapiteaux sont bruts de catéchèse. Ils reprennent les grandes scènes, les combats (Daniel dans la fosse), les enfances. Ils décrivent la résurrection et le temps des apôtres. Ils annoncent la vie de Saint Benoît et le monachisme.

  • Ils montent et ils descendent - jour 13

    Les anges sont occupés. Ils viennent du ciel vers la terre, de la terre vers le ciel. Jacob dort, il est absorbé par un «songe» et celui-ci est extrêmement peuplé: par ses ancêtres, par sa descendance. Sa vie n’est que lien. Ici est la terre de Dieu.

    Dans un merveilleux petit édifice clunisien, Saint-Révérien, au sud de Vezelay, en allant vers Nevers, nous trouvons un superbe ensemble de colonnes sculptées autour du chœur. L’église est à l’extrémité du village, elle ouvre sur la plaine. Au-dessus de nos yeux se mêlent les scènes bibliques et celles pédagogiques autour du combat et de l’enfer. Jacob est là dans un songe.

  • Je suis qui je suisse (Ben)

    BenVautier2013Ben en 2013 par Soardi © Wikimedia Commons Étienne Perrot sj -Étienne Perrot sj - Une exposition au Musée Jenisch de Vevey me donne l’occasion d’un bref excursus philosophico-théologique. Mercredi 3 avril 2019, le site de la Tribune de Genève publie un article sur quelques œuvres de l’artiste Pierre Keller. Ce qui a retenu mon attention, ce n’est pas le texte, c’est son illustration. À côté de l’artiste se détache un tableau de Ben sur fond rouge vif avec, écrit en blanc, ce clin d’œil à la formule de René Descartes Je pense donc je suisse.

    Qui est ce «je» qui pense? Est-ce le «roseau pensant» où Blaise Pascal, le contemporain de Descartes, découvrait à la fois la faiblesse et la dignité de l’être humain? C’est oublier que pour le contempteur des jésuites, la seule pensée qui donne à l’être humain sa dignité est l’expérience de sa fragilité et la crainte de sa mort: «une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer (…) mais quand l’univers l’écraserait, l’être humain sait qu’il meure, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.» Alors ce «je» est-il le sujet créateur de sa propre existence? C’est oublier les acquis de la psychanalyse, qui découvre, derrière la prétention du sujet autonome, un inconscient, qualifié d’irrationnel par la première femme disciple du docteur Freud, la russe Lou Andréas Salomé.

    Finalement, le jeu de mots de Ben me semble, sous son apparence de légèreté, plus proche de la vérité. Il ancre le «je » dans un territoire. Certes, le «je» suisse peut tout aussi bien être français ou patagon, mais il ne peut échapper à l’enracinement dans un lieu. Ce fut également l’expérience d’Abraham, si l’on en croit le mythe de la Genèse dans la Bible. Dans le désert de l’Horeb, le Tout-puissant se révèle dans le feu d’un buisson, sous ces paroles «Je suis qui je suis» (ou qui je serai). Selon le commentaire qu’en donne Delphine Horvilleur, l’une des trois femmes rabbins (je ne connais pas le féminin de rabbin) de France: «Je suis qui je suis parce que je ne suis plus qui j’étais» (et, par conséquent, je serai autre dans le futur). C’est une façon de rappeler que l’identité de chacun s’inscrit dans une perpétuel dialogue avec un lieu particulier et son époque.

    Étienne Perrot sj

  • Julien Lambert a vu «Le Pape François, un Homme de parole»

    PapeWendersFilm2Un grand réalisateur comme Wim Wenders, qui fait un film non pas «sur» mais «avec» un pape comme il le spécifie lui-même, non pas en tant que représentant d'Église, mais comme modèle éthique et humain, c'est tout simplement historique. Mais c’est surtout le signe d'une société occidentale dépassant enfin la hantise du prosélytisme, et comprenant que les religions sont une source d'inspiration et de profondeur indispensable dans des sociétés libres. Le charme et la simplicité de François n'y sont pas pour rien: malin comme un jésuite et candide comme un enfant, le pape s'adresse à toutes et tous, et n’hésite pas à appeler les problèmes et les miracles de l'existence par leurs noms.

  • L'architecte et le pasteur

    Home Notre Dame du HautwsÉtienne Perrot sj - Un pasteur allemand, installé dans la commune d’Andeer, veut construire au milieu de la vallée de Schams, dans les Grisons, «une église» disent les médias, un temple peut-être, ou tout simplement un lieu de recueillement, en bordure de l’autoroute A13. Ce lieu, qui semble être «in middle of nowhere», disent les Anglais (au milieu de nulle-part), est pourtant judicieusement choisi. L’autoroute est un lieu de passage; qui plus est, dans ce cas, au milieu d’un magnifique site touristique.

  • La foi à travers l'art

    Les membres du groupe ignaciens des Pierres Vivantes (Living Stones) ont l'habitude d'offrir des visites guidées, en particulier dans les vieilles basiliques et les églises baroques. L'art sacré traditionnel leur est familier. Et bien qu'ils s’intéressent à l'art sous toutes ses formes, certains de ses membres n’avaient pas encore abordé plus avant l'art contemporain. C'est pourquoi Living Stones souhaitait depuis longtemps proposer un camp éducatif international consacré à l'art moderne. Il a eu lieu à Zurich en mai dernier. Bonne nouvelle: un groupe Living Stones pourrait bientôt voir le jour à Lausanne.

     

  • Lazare, viens dehors, 5e dimanche de Carême

    Cela fait quatre jours que Lazare est mort. Autant dire une éternité, autant que de la Cène au matin de la Résurrection. Quatre jours pour voir le Christ touché, aimant, pleurant. Le Christ ressuscitant et allant vers la vie.

    Vienne, une cathédrale sobrement gothique, des chapiteaux encore romans qui alignent une série royale, de David, des Mages à l’entrée à Jérusalem, en passant par cette scène. Tout est narratif, d’un récit devenu évangélique. La réforme de Grégoire VII est passée. Le mystère de l’art roman s’écrit désormais dans les pas et les mots du Vivant.

  • Le Dieu d’Abraham, d’Isaac - Figures d’Ancien Testament

    Quelques âmes tirées de leurs cercueils, qui apparaissent comme des nouveau-nés, un ange qui les remet à Abraham, à Isaac. Ainsi le premier patriarche n’est plus seul. Dieu, le Seigneur, est bien le dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.
    Nous voici à Arles, pour attester une fois encore de la vigueur, de la force, de cette tradition unique qui puise dans l’Ancien Testament, nous met à la jointure du nouveau et nous projette vers la fin des temps. Tout comme à Moissac, la scène n’appartient pas tant à la narration, au parcours du chrétien en pèlerin de la nef (comme à Vézelay), mais au seuil et à son franchissement. Il s’agit d’entrer et de récapituler.

  • Le disciple que Jésus aimait - Samedi de Pâques

    Qui peut le regarder sans tendresse, sans une certaine amitié, celui qui dit le Verbe et qui dit l’amitié de Dieu? Dans le récit évangélique, il a une place à part, à la fois conceptuelle et poétique. Chaleureuse et non pas obligeante. Attentive, et non pas contraignante. Premier devant Pierre au jardin, il passe après lui. Premier devant nous auprès du Vivant, il ne cesse de passer après.

  • Le pape vu par Wenders

    FilmWendersPape2018De la liesse de la première heure, celle de sa nomination le 13 mars 2013, à la ferveur populaire qui prendra son apogée en Suisse le 21 juin prochain, qu’est-ce qui fait de ce pape François le saint homme qui séduit au-delà de son clocher? Premier admirateur du saint Père, le réalisateur allemand Wim Wenders lui dresse un portrait certes élogieux, mais qui ne tombe pas dans la béatitude. Le pape François - Un homme de parole sort ce 13 juin dans les cinémas suisses, la visite imminente du Pontife à Genève oblige.

    Au titre Le pape François - Un homme de parole, Wim Wenders aurait sans doute pu ajouter: et d’actions. À maintes reprises, François exhorte à agir! Et il n’est pas le dernier à se mettre en marche, l’écriture d’encycliques telle Laudato si’, ses nombreux voyages et ses prises de position courageuses en sont les témoins.Le documentaire du réalisateur allemand le démontre tout au long de l’heure et demi du film tricoté d’images d’archives et de celles des interviews accordées à Wenders par François, ce dernier fixant de son regard la caméra. Impossible d’échapper à ses yeux qui interpellent et soutiennent des idées énoncées à coup de phrases fortes: «Tant qu’une église place son espoir dans la richesse, Jésus n’est pas là», «On ne peut pas servir deux Maîtres. Soit on sert Dieu, soit on sert l’argent». Un regard sans équivoques quand il dénonce «la culture du déchet», des mots qui claquent à de nombreuses reprises comme autant de gifles pour réveiller les consciences d’une société malade qui produit tant de dégâts matériels et humains liés à des idées qui nourrissent un monde d’inégalités et d’égoïsme.

  • Le Quadrangle (1915)

    malevitch quadrangle 1915La première apparition du Quadrangle remonte à 1913 lorsque Malevitch travaille sur les décors et les costumes de l’opéra La Victoire sur le soleil de Kroutchonykh et Matiouchine.

  • Le Sacrifice vu par Jean-Bernard Livio sj

    the sacrifice 03Jean-Bernard Livio sj était dimanche 6 mai au Rendez-vous du cinéma de l'ECR-Genève "Il est une foi" pour mener une discussion autour du film Le Sacrifice d’Andreï Tarkovski juste après sa projection. La rédaction de la revue cultuelle choisir -qui a parrainé l'événement- a enregistré l'intervention menée par Patrick Bittar, son chroniqueur cinéma. Une vidéo à visionner sur www.choisir.ch et sur la chaîne YouTube des Jésuites de Suisse: https://youtu.be/mcGfMSgUgl8

  • Le temps viendra - Jour 2

    par Pierre Martinot-Lagarde sj - Deux paires d'yeux, trois oreilles. Deux têtes, l'une d'homme, l'autre de chat. Deux corps, l'un d'homme et l'autre de serpent. L'un est sur le devant, l'autre sur l'arrière. Le premier se montre, et l'autre se cache. Nous sommes à Saint-Parize-le-Châtel, dans la Nièvre, près de Nevers. Les sculptures des chapiteaux sont plus récentes d'un siècle que celles de Dijon, mais elles semblent, elles aussi, puiser dans les profondeurs de l'art roman. Celle que nous regardons aujourd'hui a pour titre habituel Le démon et l'avare.