art roman

  • Entrée dans l’arche - Figures d’Ancien Testament

    C’est une affaire de famille, les uns après les autres, ils montent dans l’arche. Noé, le père, accueille ses enfants; après les couples d’animaux, sa femme les lui fait passer. Il n’est pas loin le temps où il faudra partir voguer, et attendre le retour du corbeau, puis de la colombe.
    Après Vézelay, nous sommes ici à Autun, mais le motif est presque identique. La scène se situe quelques versets plus loin dans le récit. Après le moment de la construction, c'est celui où chacun prend place. Les uns après les autres, ils seront là. Mais auparavant, l’arche a été bien construite. L’entrée se trouve sur le côté, l’arche se termine par un pignon. Tous les détails parlent au sculpteur qui fait le récit de la scène.

  • La main de l’Ange - Figures d’Ancien Testament

    À l’ombre de la promesse, rien n’est dû, tout est don. À marcher avec le Seigneur, Abraham et Sara apprennent un nouveau rythme. Il y a les ruses et les subterfuges, les combats et les compromissions, et puis ces étoiles du ciel, tout dépend du fils venu tardivement quoique annoncé. Tout dépend de Dieu, jusqu’au bout.
    Nous sommes à Souillac. Sur une autre face de ce trumeau, il y avait Adam et Eve expulsés du paradis. Là Abraham, Isaac, le bélier -sans ses cornes prises dans un buisson- et la main de l’Ange: tout y est. Dans un entremêlement de corps et d’animaux, le sacrifice et le don, tout ensemble, point de départ qui résume toute la promesse faite à Abraham.

  • Vivant - Dimanche de la Résurrection

    Un visage, des mains, une présence. La pierre trace un mouvement. Le Vivant ne se laisse pas contenir ou retenir. Il est devant, il est ailleurs. Sa voix et sa capacité au dialogue, ses mains et ses blessures, le font reconnaître. Il est là. Déjà, la rumeur enfle, il est ici, il est Vivant.
    Ici, à Saulieu, il est au cœur de l’une des scènes d’apparition. D’ordinaire, celles-ci appartiennent au chœur et dialoguent de vive voix avec les scènes de l’enfance. Ici, elle est dans la nef. À gauche, je crois. Elle est là. Près du peuple, près de nous.

  • «Parce que tu m’as vu, tu crois», 2e Dimanche de Pâques

    Une semaine depuis que la pierre du tombeau est roulée. Tout est changé, tout demeure. Certains encore, tel Thomas, ne peuvent croire sans voir, sans toucher, sans mettre leur main dans son côté. Il en va de la foi, il en va aussi de la blessure, de son sens, et de ce qu’elle signifie dans la durée. La blessure devient reconnaissance.
    Ici, presque en majesté, voici le Christ au milieu de ses disciples. Les scènes sont parallèles. Avant-hier, presque analogue, le Christ se tenait entre un homme, Pierre, et sans doute une femme, peut-être Marie-Madeleine. Il est sur ce chapiteau dans la cathédrale de Vienne (France). Scène forte, de présence, de témoignage.

  • Abraham et Lazare - Figures d’Ancien Testament

    De l’Évangile de Luc:

    «Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux.
    Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères.
    Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
    Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.

  • Abraham et Sara -Figures d’Ancien Testament

    Tour à tour selon les moments du récit, ils sont mari et femme, frère et sœur; l’un et l’autre cheminent ensemble jusqu’à un âge avancé. La promesse se précise, se renouvelle, elle tarde à s’accomplir. Tous deux, Abraham et Sara, en partagent les péripéties, d’abord en Égypte, en Canaan, vers Damas, à combattre Sodome, dans le pays du Néguev, enfin. Ici pour Israël, il s’agit de fondation, il n’y a rien de simple.
    Nous voilà de retour dans le cloitre de Saint-Trophime à Arles. Aujourd’hui et demain, nous faisons le tour d’un unique chapiteau, à trois faces. Aujourd’hui, le mari et la femme ensemble, proches, semblant marcher de concert. Demain, ce sera la première annonciation de l’Ancien Testament, promesse concrète que Abraham aura une descendance. La troisième partie, trop endommagée pour être montrée, présente le veau tué pour les hôtes de passage.

  • Baumes et aromates - Mardi de Pâques

    Quelques femmes, une fois de plus, les bras chargés de parfums et d’aromates. Les voila se préparant à aller vers le tombeau, il sera vide. Animées, portées par le désir d’aller jusqu’à l’extrême de la vie, elles vont aux portes du jardin. La paix triomphe de la violence. La vie plus forte que la mort.
    Nous sommes à Mozac. Le chapiteau est à terre. Il est puissant. On en mesure la taille impressionnante. S’il était en haut des colonnes, il paraîtrait plus fragile, plus faible. Des femmes, le regard est assuré, la main ferme. Force de la coutume, de l’être qui ne renonce pas à la vie.

  • Bienvenue chez les lions - Jour 6

    Moitié lions, moitiés chats, sympathiques mais aussi bien méchants. Félins puissants, forts, chasseurs et tueurs. Se tenir au milieu d’eux, c’est résister, mais aussi découvrir une présence.
    Ce chapiteau du narthex de Saint Benoît sur Loire n’a guère vraiment de titre: il est le chapiteau «aux lions». Sa présence signe l’entrée d’une abbaye influente. Lisons simplement la pierre.

  • Caïn meurt - Figures d’Ancien Testament

    Nulle part il est dit que Caïn meurt, bien au contraire, mais en art roman, le voilà tué. Imagination, la Bible plus loin que la Bible. Le sculpteur échappe à la tutelle des moines et des théologiens, le voilà auteur, compositeur, inventeur. La mort échappe au texte, elle s’échappe du regard de Dieu qui protège. Elle est dissimulée cachée, derrière les feuillages.
    La chapiteau appartient à la série fascinante de Vézelay. Elle est aussi à Autun. Les deux églises ont une étonnante proximité thématique, culturelle, et esthétique. Le thème y est abordé pratiquement de la même manière. Connivence bourguignonne.

  • Comme dans un rêve - Jour 12

    jour 12

    La bête, l’écraser, la serrer entre nos genoux, lui fendre la mâchoire en deux parts, nous asseoir sur son dos. On en rêverait. De nous trouver pour un jour, pour un soir, pour toute une semaine, pour tout un mois, tout un confinement, le Samson qui terrasse le dragon.
    C’est à Genève que nous rêvons. À l’entrée de la cathédrale, caché dans la pénombre, il est là ce surhomme. Autrefois, il était dehors peut-être, sur le portail qui a disparu et se trouve maintenant ouvrir la série de la nef. Dans le temple de Calvin, plus personne ne lève la tête. Pourtant, ils sont bien là ces chapiteaux aux couleurs apocalyptiques.

  • D’un jardin à l’autre - figures d’Ancien Testament

    Correspondance, passage, le Christ nouvel Adam répond à l’ancien. Les deux scènes se tiennent dans un jardin: le premier au paradis, le second au tombeau de Jérusalem. L’arbre de la connaissance tend ses fruits aux premiers humains, il fait de l’ombre aux saintes femmes. Belle scène pour introduire le passage vers cette nouvelle séquence qui sera un parcours d’Ancien Testament.
    Nous sommes à Lyon dans la Basilique d’Ainay. La pierre est ici pleinement théologique. Le sculpteur est narrateur, et qui plus est, il met en relation les scènes dans une exégèse allégorique. L’art roman s’y est adonné plus d’une fois. Les relations entre les deux Testaments aussi bien qu’entre Évangiles et apocalyptiques sont au centre des interrogations. Se peut-il que le vieux éclaire le nouveau, et que les temps qui viennent s’en trouvent illuminés?

  • De chair et d'os - Jeudi de Pâques

    Le voilà au milieu de ses disciples. En chair et en os. Fini le temps des rêves, des images, des songes ou même des anges. Nul besoin d’être annoncé, Il est là et se tient au milieu d’eux. Les mains, les gestes, le repas partagé. Après le désir et l’attente, la présence.
    Ainsi dans le cloître de la cathédrale d’Aix-en-Provence. Un ressuscité qui présente les mains et se laisse reconnaître au milieu de tant d’autres figures. Il est presque déjà en Ascension, en tout cas regardant vers le Père. Présent mais ne se laissant ni atteindre ni tourmenter. Figure neuve, car proche d’une rénovation. Le noir et blanc masque l’ocre chaleureux de la pierre. Beaucoup de cloîtres anciens mériteraient semblable traitement.

  • Du pain, les clés - Vendredi de Pâques

    Tout est symbole: le pain, signe de la reconnaissance, de la vie pleine et entièrement recouvrée, du partage entre frères. Les clés, signe de l’ouverture de l’avenir, du grand passage, de la Vie éternelle offerte à ceux qui ont suivi, et en premier lieu à Pierre, qui se jette à l’eau et qui met sa ceinture pour se laisser conduire.
    Voici un chapiteau de l’Église de Thiviers, Dordogne. La région est chargée d’églises romanes, les unes marquées de simple décoration, signe des apanages et des seigneuries, les autres ornées de bêtes, de monstres, et de figures du passage du péché, de la mort vers la vie. Thiviers présente un programme biblique original, haut perché, à la jointure des murs de la nef et du transept et de la voute.

  • En bois de cyprès - Figures d’Ancien Testament

    Après Caïn, meurtrier, voici Noé bâtisseur. Les instructions de Dieu sont précises, au patriarche de les mettre en œuvre, aussi bien pour la construction que pour l’accueil des animaux que des membres de sa famille qui rejoignent l’arche. Bois de près et bitume, les règles de la constructions navales doivent être respectées. Tout commence avant que le déluge ne vienne.
    Nous sommes à Vézelay. La scène vient presque d’une bande dessinée. Les personnages sont à l’œuvre, on devine leur concentration. Géniale invention du sculpteur, attrait pour un métier analogue au sien, il retient de Noé et de son arche les préparatifs avant tout.

  • Entre vie et mort - Jour 14

    Entre vie et mort, entre enfer et paradis, la bataille est rude. Le petit d’homme est aux prises avec un combat qui le dépasse largement. Il a l’impression de subir.
    Ce chapiteau de Saint-Révérien a quelque chose de cruel. Il place l’homme à la merci de deux êtres que l’on reconnaît davantage par leurs attributs. Un diable déformé, prenant appui sur ses deux jambes, et un ange qui se tient bien droit. L’un est difforme, presque méconnaissable, tant son visage est labouré. L’autre a pour lui d’être serein.
    Dans toute vie spirituelle, nous espérons souvent des choix clairs. «Choisis donc la vie», mets-toi donc du côté de celui qui fait grandir, qui fait aimer, qui donne envie et n’emprisonne pas. Pendant ce temps, l’autre s’arrime à toi, te rappelle ses mirages, ses attraits. Il n’hésite pas.

  • Entrer dans la nuit - Jour 1

    par Pierre Martinot-Lagarde sj - Aujourd'hui, à Genève, il faisait jour. Un grand beau temps. Et pourtant, nous entrons dans la nuit, nous essayons d'y entrer. Nous résistons. Hier, ce n'était pas possible, ce n'était même pas croyable. Où allons-nous?

    L'histoire de l'art roman commence de la même manière, dans la nuit. Nous en avons retenu les grands chefs-d'œuvre, les tympans d'Autun ou de Conques... La pierre s'est écrite ailleurs, elle a commencé un peu plus tôt, presque un siècle plus tôt, dans des cryptes. Dans ces lieux de prière, de silence, qui n'ont cessé de continuer à soutenir des siècles durant, la prière des fidèles et des communautés. La lumière entre à peine, parfois seulement quand le soleil daigne s'aligner avec les fenêtres qui ouvrent à l'orient. Aujourd'hui, avec cette chouette, ce hibou, bref cet oiseau de nuit, nous sommes à Dijon, sous la cathédrale gothique. Sainte Benigne.

  • Expulsés - Figures d’Ancien Testament

    Expulsés, exfiltrés, exilés, exténués, expatriés, excommuniés, ce sont les «ex» du paradis. Mis dehors, chassés, repoussés, renvoyés, les voici errants, sans lieux, sans terre, sans jardin, sans endroit où poser la tête. Tout commence pour les humains par un mouvement, une sortie, un ailleurs. Pour Adam et Eve, le jardin est derrière eux, la tradition chrétienne ne conçoit aucun retour, il faut aller…
    Ici, à Souillac, aux confins de la Corrèze et de la Dordogne, dans ces anciennes provinces du Sud-Ouest, l’abbaye devenue église paroissiale livre de biens curieux vestiges. Notamment ce morceau de trumeau, autrefois séparant les deux vantaux d’un portail disparu. Quelles figures, quels assemblages, de têtes, de corps! Ce n’est pas une chute, c’est un enlacement.

  • Femmes auprès du Christ - les trois femmes - 4e dimanche de Pâques

    Trois femmes au tombeau, Marie-Madeleine et les mères de quatre disciples. La première est connue pour son parfum, l’une des mères l’est aussi pour s’être préoccupé du salut éternel de ses fils. Les voilà les premières au jardin de la résurrection. Trois, pour ne pas être seules, pour poser les gestes de l’abandon et de la remise au Père. Trois pour entendre et témoigner.
    Le sculpteur de Saulieu les rassemble et les inscrit au chapiteau de la Résurrection. On y retrouve sa puissance narrative, assez semblable à celle qui guidait le sculpteur d’Autun. Tout y est: position, attitudes, expressions du visage. Il y a plus qu’une suggestion, ici une histoire et avec elle un envol, une résurrection déjà ascension.

  • Femmes auprès du Christ - Marie

    Retenue, pudeur, confiance. Des mots de discrétion et de présence pour celle que Jésus appela sa mère. Avec elle, être proche du Vivant, ne pas le retenir, l’aimer, et auprès de lui intercéder. De Sa mère, elle est devenue notre mère.
    Ici, à Saint-Michel-de-la-Cluse (Sacra 'd San Michel ëd la Ciusa en piémontais). Presque au chœur de l’abbaye noire qui domine toute une vallée. Plus imposante que le Mont Saint-Michel, plus retirée car voisinant avec les nuées sinon avec les cieux. Marie, présence aimante, rassurante, se tient au cœur d’une communauté d’hommes.

  • Femmes auprès du Christ - Marie Madeleine

    Marie Madeleine, une fois encore. Il y a répétition. L’art roman ne s’en prive pas. Mais chaque fois, le contexte est différent. Ici, celle par qui le Vivant se révèle est à son côté droit, celui de la faim, du pain, du signe eucharistique.
    Nous retournons à Thiviers, en Dordogne. Ce chapiteau de la nef nous est familier. Nous y avons vu le Christ et Pierre. Mon premier commentaire ignorait l’autre face, à droite, Marie Madeleine. La voici donc, toujours portant les aromates ou le parfum.