«Nous voilà à deux pas de Noël: c’est à quoi les textes de la liturgie de ce 4e et dernier dimanche de l’Avent nous préparent», rappelle l'exégète et archéologue Jean-Bernard Livio sj. «Et tout d’abord l’évangile, très connu -trop connu peut-être- de l’Annonciation: relisons-le.»

Lors de la première vague de pandémie de ce printemps, les jésuites de Montcheuil (Villars-sur-Glâne) avaient décidé en communauté de partager avec tous quelques réflexions pour meubler les solitudes par Sa présence. Ils renouvellent l’expérience en cette nouvelle période de semi-confinement en proposant une homélie pour chaque dimanche de l’Avent. «Ce ne sont que quelques pistes, à gouter.» La Parole de Dieu étant comme le bon pain -plus savoureux si on le partage!- n’hésitez pas à nous partager vos réaction (), et à les partager également autour de vous.

4e dimanche de l'Avent -année B- 20 décembre 2020 (2 Samuel 7; Luc 1, 26-38)
En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph; et le nom de la jeune fille était Marie.
L’ange entra chez elle et dit: «Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi.» À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors: «Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin.» Marie dit à l’ange: «Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme?» L’ange lui répondit: «L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu.» Marie dit alors: «Voici la servante du Seigneur; que tout m’advienne selon ta parole.» Alors l’ange la quitta.

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Luc nous transporte à Nazareth, un bled totalement inconnu par ailleurs, et sans préalable l’ange de l’évangile intervient: attention ce n’est pas n’importe quel ange, il s’agit de Gabriel, cité dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau Testament, voire même dans le Coran, c’est l’ange des grandes annonces. On dirait aujourd’hui le présentateur vedette de nos chaînes de TV. Son message est surprenant:

«Voici que tu vas mettre au monde un fils…».

Tout cela en des termes tellement grandiloquents que Marie en est tout interloquée: «il sera grand, il sera appelé le Fils du Très-Haut, il recevra le trône de David son père, … son règne n’aura pas de fin…». Bouleversée, Marie? on le serait à moins! Mais est-ce bien ce qu’elle attendait, cette jeune femme de Nazareth? On pourrait se dire que la situation de l’époque lui faisait espérer la fin de l’occupation romaine, mais Marie se préoccupait-elle de politique? Son avenir est plutôt tourné vers son prochain mariage avec un certain Joseph dont la famille a certes des origines davidiques mais qui, lui, est un brave homme besogneux, sérieux dans son travail de charpentier, respecté dans la région; bref, rien de très royal.

Histoire ou conte?

D’accord, chers amis, nous connaissons la suite. Mais n’avons-nous pas tellement enjolivé l’histoire qu’elle nous apparaît désormais comme un conte de fée, du genre «ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants». Je plaisante, mais pas l’évangile. Cela tourne bien vite court: les jeunes mariés doivent s’exiler par un décret impérial; quatre jours de marche jusqu’à Bethléem. Et là pas de place où loger, tellement il y a de monde. Personne pour les accueillir, si ce n’est des bergers qui veillaient dans les parages sur leurs troupeaux. Tout cela dans une terrible situation à peine supportable, tant sanitaire qu’économique.

Certes le récit de Luc n’a rien d’historique, il campe là Marie comme un modèle de ce qui peut arriver à toute femme comme Marie. Et ce ne sont pas les autres évangiles qui me contrediront: aucun n’insiste beaucoup sur la personne de Marie. Jean n’en parle pas, il ne cite même jamais son nom, Marc se contentera de la mentionner une seule fois comme étant la mère de Jésus le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de José, de Juda et Simon et ses sœurs (Mc 6). Paul ne semble pas la connaître, lui qui a pourtant connu Jacques, le frère de Jésus. Oui, Marie est bien là comme pour représenter toute femme qui met au monde, elle est La Mère. Pour reprendre notre démarche de ces derniers dimanches: elle est l’Avent, celle par qui tout peut ad-venir. D’où sa réponse, nécessaire, pour que l’histoire puisse continuer:

«Je suis la servante du Seigneur; que tout m’advienne selon ta parole».

Réaliste cette réponse? A peine; car comment peut-elle prévoir «ce qui doit arriver»! et comment une maman aujourd’hui encore -c’est valable pour toute naissance!- peut-elle prévoir ce qui va arriver. Nous connaissons la suite certes, mais pas elle, pas notre mère quand elle nous a mis au monde. Est-ce pour cela que les iconographes dès les toutes premières icônes ont déposé l’enfant de Noël dans un cercueil, et non pas dans une mangeoire comme le décrit l’évangéliste. La même boîte d’où le Ressuscité jaillit au monde au matin de Pâques. Car pour ces grands mystiques que sont les iconographes, nous sommes là devant un diptyque dont les deux faces sont inséparables l’une de l’autre: la naissance et la résurrection sont une seule et même réalité dans le langage chrétien. Avec déjà le même questionnement: au matin du premier jour comme au soir du dernier, que savons-nous de ce qui va arriver.

Seule la foi nous permet d’espérer un au-delà de ce qui se donne à voir! et c’est bien là que Marie est une grande Dame, qui s’engage pour chacune et chacun d’entre nous dans une acceptation réaliste de son et de notre quotidien. Personne ne nous donnera jamais d’affirmation quant à l’avenir, même si et le sanitaire et l’économie ne cessent de nous promettre une longévité toujours plus grande. Regardons ce qu’ils nous annonçaient en janvier de cette année 2020. Et voilà qu’un maudit virus remet tous les pronostics en question.

Répondre aux formules consacrées

C’est dans cette optique que j’aime à relire la première lecture de la liturgie de ce dimanche (2 Samuel 7). Une belle histoire? pas certain! «Le roi David habitait enfin dans sa maison». «Enfin», oui car il fut long le chemin depuis le jour où la femme de Jessé le mit au monde dans un patelin de Judée, petit dernier d’une longue fratrie, toujours juste bon à garder les troupeaux pendant que ses frères étaient au front. Oui parce qu’en ce temps-là aussi il y avait la guerre et l’occupation. Je passe sur l’histoire du combat contre Goliath, puis les démêlés entre le roi en place Saül et le petit David devenu grand. Le voici enfin Roi, avec comme tout monarque son conseiller privé, chargé de communication: il s’appelle Nathan, et vient encourager le roi de faire «tout ce que tu as l’intention de faire», car précise-t-il: «Le Seigneur est avec toi». En passant c’est la même formule qu’emploie Gabriel dans son annonce faite à Marie!

Et si vous êtes allés à la messe, c’est encore la formule «consacrée»: le Seigneur est avec toi/vous! Il nous reste à y répondre. David en a les moyens: il est riche et en bonne santé. Et de plus, confortablement installé dans un palais. La moindre des choses serait de construire aussi un «palais» pour le Seigneur. On ne s’en est pas privé depuis: combien de temples, de synagogues, d’églises, de mosquées, n’a-t-on pas élevé pour la plus grand gloire… de soi! Et c’est là que notre première lecture est judicieusement choisie pour ce temps d’Avent. Au souhait de David, Dieu répond: NON. Ce n’est pas toi qui me bâtiras un lieu de culte, c’est Moi qui vais te construire une Maison. Je susciterai dans ta descendance un successeur. Je serai pour lui un Père et lui sera pour moi un fils. Dieu n’en dit pas plus, ni dans quoi il sera mis au monde. On comprend désormais que c’est dans l’Homme que Dieu veut naître au monde et vivre à jamais. Si nous le voulons bien!

Bon dimanche!

Jean-Bernard Livio sj
Pour ce 4e dimanche de l’Avent – année B 2020

Toute la communauté des jésuites de Montcheuil (Villars-sur-Glâne/Fribourg), nous vous souhaitons une douce glissade vers l’Enfant de Bethléem, Dieu parmi nous! JOYEUX NOËL!

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