«Le 3e dimanche de l’Avent est un dimanche de joie, un des rares dimanches de l’année liturgique où le célébrant porte une chasuble rose!», relate l'exégète et archéologue Jean-Bernard Livio sj. «Que cette joie rejoigne les coins les plus obscurs de votre cœur pour y mettre Sa Lumière!»

Lors de la première vague de pandémie de ce printemps, les jésuites de Montcheuil (Villars-sur-Glâne) avaient décidé en communauté de partager avec tous quelques réflexions pour meubler les solitudes par Sa présence. Ils renouvellent l’expérience en cette nouvelle période de semi-confinement en proposant une homélie pour chaque dimanche de l’Avent. «Ce ne sont que quelques pistes, à gouter.» La Parole de Dieu étant comme le bon pain -plus savoureux si on le partage!- n’hésitez pas à nous partager vos réaction (), et à les partager également autour de vous.

3° dimanche de l'Avent - année B- 13 décembre 2020 (Jean 1, 6-8.19-28):
Vint un homme envoyé par Dieu; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous aient foi par lui. Cet homme n’était pas la lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la lumière.
Voici le témoignage de Jean, quand les (chefs) Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander: Toi, qui es-tu? Il affirma -il ne nia pas- il affirma: Moi, je ne suis pas le Messie. Ils lui demandèrent: Qui alors? Toi, es-tu Élie (le prophète)? Il répondit: Je ne le suis pas. Es-tu LE Prophète? Il répondit: Non. Alors ils lui dirent: Qui es-tu? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même? Il déclara: Moi? Une voix qui crie dans le désert: Redressez le chemin du Seigneur! comme a dit le prophète Isaïe. Or, ils étaient envoyés par des pharisiens. Ils le questionnent et lui disent: Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le messie, ni Élie, ni le Prophète? Jean leur répondit: Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. Cela se passa à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, là où Jean baptisait.

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Nous retrouvons une nouvelle fois le personnage de Jean, le baptiste. Dimanche dernier, c’est Marc (1, 4) qui le présentait dans son «Commencement de l’évangile de Jésus, le Christ»: «Vint alors Jean, celui qui baptisait, … il déplaçait les foules de toute la région». Et de préciser qu’il ne passait pas inaperçu avec l’accoutrement dont il était attifé: « vêtu de poils de chameau, une ceinture autour des reins, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage!
Matthieu cependant (dans un passage que nous avions en évangile cette semaine, 11, 11-15) relevait que «pas un parmi ceux qui sont nés de femmes n’est plus grand que Jean le Baptiste; et pourtant un tout petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui».
Et voilà qu’à son tour l’auteur du 4e évangile le met en scène: car on cherche à savoir qui il est; j’écris intentionnellement «on»! Dans son Prologue (Jn 1) ce sont les prêtres et les lévites de Jérusalem qui sont «envoyés pour lui demander: «Qui es-tu?»; mais aujourd’hui encore la question reste pertinente pour nous: «qui est-il?» celui qui nous est présenté comme  témoin, pour rendre témoignage à la Lumière».

Et alors que nous nous attendions à avoir le témoignage de Jean le Baptiste, à la question qui lui est posée, Jean ne répond que par la négative: NON,
- il n’est pas la lumière
- il n’est pas le Christ
- il n’est pas Elie, ni Le Prophète annoncé …

«Je suis la lumière du monde»

Certes, nous l’avions compris, le 4e évangile veut nous montrer que Jésus le Christ est la Lumière du monde: IL le dira lui-même solennellement (Jn 8, 12): «Je suis la lumière du monde», pour tout de suite ajouter: «Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres; il aura la lumière qui conduit à la vie».

Or voilà précisément -ô combien- ce qui nous semble le plus utile en ce temps chaotique de pandémie, où même nos visages deviennent sombres, révélant nos ténèbres intérieures, il nous manque la lumière pour comprendre.
Ou pour le moins, faut-il que nous entendions cette Lumière faute de la voir! Notre question est donc parfaitement légitime: Qui est-il, celui-là? Il faudra insister pour obtenir du Baptiste une réponse enfin positive:
- «Je suis une voix qui crie dans le désert», en citant ce passage du prophète Isaïe que nous avions en première lecture dimanche dernier (Is 40, 3):

«Dégagez les obstacles» sur le chemin, pour qu’Il vienne.

Mais qui est-il vraiment? je ne peux m’empêcher de comprendre qu’il ne s’agit pas seulement d’un personnage précis, fixé dans l’histoire, mais bien d’une invitation pour chacune et chacun d’entre nous à en endosser le rôle, un rôle de témoin de Celui qui doit venir, qui est déjà venu certes hier dans tous nos noëls, à commencer par celui de Bethléem il y a deux mille ans, mais que nous espérons encore et plus spécialement dans ce temps de l’avent.

Georges de La Tour Newlyborn infant Musée des Beaux Arts de Rennes 874px
Et je me permets de les énumérer, parmi beaucoup d’autres, ces «Jean-Baptiste» croisés au détour de mon quotidien: et ils sont nombreux, celles et ceux qui tout au long de la semaine ont dégagé mes chemins… En ces temps de neige, moi qui roule beaucoup, je suis toujours reconnaissant à ceux qui avec leur chasse-neige nous dégage la route!
Ils sont trop nombreux pour que je les cite tous. Ou plutôt par pudeur j’hésite à citer des noms, des histoires qu’on m’a racontées mais qui avouent ma partialité… Je vous laisse le soin de les découvrir dans vos vies.

Car Jean le Baptiste existe, je l’ai rencontré, vous aussi, qui se risque tous les jours à ne pas être quelqu’un, pour mieux Lui laisser la place.
Il suffit pour les repérer de décrypter la Bonne Nouvelle à travers toutes ces News qui m’inondent chaque jour et qu’il me faut absolument trier, si je ne veux pas crouler sous les informations trop souvent désespérantes.
Plutôt que de penser aux masques que nous devons porter, aux barrières sanitaires que nous devons élever, aux contacts par-là perdus parce que devenus impossibles, si nous regardions toutes celles et ceux qui allument une étoile dans ma nuit qui pourrait -qui sait?- me conduire à Noël.

Cœur à cœur

Tenez, par exemple, toute l’équipe de la RTS avec son opération Cœur à Cœur, qui remet çà cette année encore avec comme objectif de collecter des dons pour financer des projets en faveur d’enfants victimes de maltraitance physique, de maltraitance psychologique, de négligence ou d’abus sexuels. Et tant pis pour ceux qui pensent qu’il s’agit d’une affaire commerciale; j’aime les retrouver tous nos animateurs vedettes de la radio et de la TV dans ce rôle qu’ils acceptent d’endosser pour les plus défavorisés, en étant une voix qui crie … (vous connaissez la suite de la citation - voir plus haut!!)

Oui, parce qu’il en existe encore, et pas seulement ailleurs, des enfants dans les poubelles de nos sociétés aisées. Et des femmes délaissées, exploitées, usées par leurs tâches trop souvent anonymes. À se demander parfois si nous aussi nous faisons partie de ces «pays où le droit des femmes ne fait pas partie des Droits de l’Homme», comme le disait si bien Mannick en introduction de sa superbe chanson: Petite fille d’Afghanistan, toujours d’actualité!

On ne m’en voudra pas trop j’espère de mentionner cette semaine encore une scène de foot. Non pour pleurer un héros décédé, mais pour retenir de la récente confrontation entre l’équipe parisienne du PSG et celle de Başakşehir d’Istanbul, interrompue par les deux équipes à la 14e minute et quittant le terrain pour protester contre une parole raciste d’un des arbitres, le geste commun des joueurs en prenant la partie le lendemain: un temps de silence, un genou en terre.
Un genou en terre, pour protester! le même geste que nous n’osons presque plus manifester dans nos liturgies, peut-être parce que nous n’osons pas imaginer que s’agenouiller dans nos églises pour L’adorer pourrait s’accompagner d’une protestation: «Seigneur, prends pitié de… !», et d’ajouter des noms, des personnes que nous aimons, et même que nous aimons moins, des situations parfois lointaines mais qui nous sont jetées à la figure par les media.

Indignez-vous!

Comment ne pas exprimer son indignation lorsque le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed -hier Prix Nobel de la Paix en 2019- lance aujourd’hui une guerre fratricide et horriblement meurtrière. Je sais, d’autres Prix Nobel de la Paix ont déjà été dans le passé des foudres de guerre, au Proche Orient par exemple. Alors avant que de passer l’éponge sur hier je préfère me réjouir que le destinataire du Prix Nobel de la paix cette année 2020 va au Programme Alimentaire Mondial (PAM) pour sa contribution à l’amélioration des conditions de paix dans les zones touchées par des conflits. Ont-ils pensé les membres du jury norvégien à Celui qui avait déjà crié au monde au nom de tous les affamés: «J’avais faim, tu m’as donné à manger» (Mt 25, 35 …)

Oui,

ils sont nombreux ces Jean-Baptiste modernes

par leur coup de gueule ou leur cri d’espérance: un Stéphane Hessel, il y a juste dix ans, avec son petit opuscule: Indignez-vous! (2010), un Martin Luther King, avec son discours poignant: I Have a Dream (1963); et tant d’autres…
Leurs voix ne se sont pas tues, leur étoile brille encore. Comme, je l’espère, brilleront les bougies sur nos sapins de Noël pour éclairer notre petite (barrières sanitaires obligent) famille réunie pour la fête; et comme, je l’espère, brilleront plus fort encore dans nos cœurs pour tous les isolés -celles et ceux qui ne pourront venir nous rejoindre- les mille petites bougies de notre inventivité que nous allumerons pour aller les rejoindre par lettres, mails, WhatsApp ou Zoom…

A nous d’être les témoins de cette Bonne Nouvelle qu’est cette Lumière qui vient éclairer toutes ténèbres.

Bon dimanche, bonne semaine!

Jean-Bernard Livio sj
Pour ce 3e dimanche de l’Avent – année B 2020

Toute la communauté des jésuites de Montcheuil (Villars-sur-Glâne/Fribourg), nous vous souhaitons un bel Avent et une douce glissade vers l’Enfant de Bethléem, Dieu parmi nous.

Pour en savoir plus sur Jean-Baptiste par Léonard de Vinci, lire l'article de Croire: https://croire.la-croix.com/Abonnes/Les-videos-Croire.com/La-foi-dans-l-art/Diaporama-Jean-Baptiste-Leonard-Vinci-2019-11-12-1701059952

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