«Voici le Seigneur Dieu! Il vient! tel est le thème central qui nous est proposé par les lectures de ce 2e dimanche de l’Avent de l'année B 2020. Que pouvons-nous en retenir?», interroge l'exégète et archéologue Jean-Bernard Livio sj. Et tout d’abord c’est pour quand? Quand viendra-t-il?

Lors de la première vague de pandémie de ce printemps, les jésuites de Montcheuil (Villars-sur-Glâne) avaient décidé en communauté de partager avec tous quelques réflexions pour meubler les solitudes par Sa présence. Ils renouvellent l’expérience en cette nouvelle période de semi-confinement en proposant une homélie pour chaque dimanche de l’Avent. «Ce ne sont que quelques pistes, à gouter.» La Parole de Dieu étant comme le bon pain -plus savoureux si on le partage!- n’hésitez pas à nous partager vos réaction (), et à les partager également autour de vous.

Il y a longtemps qu’on nous annonce sa venue et sur tous les tons: depuis deux mille ans à travers les évangiles, les épîtres de Paul (tout spécialement aux Thessaloniciens auxquels Paul semble prédire une venue très prochaine), celles de Pierre (entre autres dans le passage que nous venons d’entendre)... Depuis plus longtemps encore, puisqu’en ouverture de son évangile Marc nous cite la prophétie d’Isaïe sept siècles plus tôt, qu’il reprend à son compte et qu’il actualise. Et pourtant ni Isaïe, ni Marc ne nous disent quand cela aura lieu.

Ce silence, quant au temps où cela doit arriver, ne serait-ce pas une façon de nous faire comprendre que la prophétie n’est pas l’annonce d’un événement futur, mais bien la proclamation d’une réalité présente!

A nous d’en fixer la date: pour vous, pour moi, pour chacun de nous, il s’agit de réaliser cette attente, cet avent!

Plusieurs commentateurs aiment à donner à Isaïe le titre de prophète de l’attente; ils ont bien raison, à condition que l’on précise ce que signifie cette attente biblique: un temps de responsabilité, un temps d’une disposition active. Il ne s’agit pas de s’installer oisivement dans un fauteuil, en attendant que l’invité sonne à la porte, mais de me préparer avec émotion à l’accueillir, afin qu’une fois chez moi il s’y sente bien. L’attente, c’est vivre dès maintenant la présence de Celui qui vient.

Qu’attendre? qu’est-ce qui peut bien m’arriver de «nouveau»?

Si attendre est une prédisposition active, alors c’est mon regard sur le quotidien qui va me permettre d’être en «avent». À chacun d’inventer sa façon active de lire le monde dans lequel il vit. Il me vient un souvenir d’enfance: les parents avaient l’habitude dès le 1e dimanche de l’Avent de construire la crèche tout au bout du dressoir de la salle à manger et de placer à l’autre bout un petit mouton pour chaque enfant et adulte. Chaque fois que nous avions une «belle» histoire à raconter que nous avions vécue dans la journée nous pouvions avancer notre mouton d’un pas vers la crèche. Les adultes devaient en faire autant, bien sûr.

Et si j’en faisais autant cette année. Je me suis pris au jeu. Voilà que l’actualité me rattrape avec ses gros titres. Le monde est en attente, après l’élection du prochain président des États-Unis. On se pose mille questions sur ce qu’il sera, fera, changera… Heureusement il semble qu’il soit de son côté très actif et prépare positivement sa prise de pouvoirs. Et les journaux d’annoncer à grands titres ce que chaque spécialiste de politique pense de ce qu’il adviendra! Avec plus ou moins d’optimisme ou de pessimisme. Attention: y a-t-il de quoi avancer mon mouton? Je n’ai fait que lire ou écouter! et j’avoue ne pas me sentir bien utile pour faire avancer la politique internationale.

Mais vous peut-être?

Or, à reprendre les paroles d’Isaïe, qu’on vient d’entendre: pour préparer Sa venue, ce doit être le grand chambardement: il faut aplanir le terrain, éradiquer les montagnes et combler les vallées. Je vois déjà le chantier chez nous: pauvre Suisse, si dans l’avenir il ne nous en restait qu’un Plateau! Pas de risque: lorsqu’on nous invite à donner notre avis, lors de référendum par exemple, les clivages sont bien marqués, de part et d’autre des Alpes ou du Röstigraben. Mais suis-je allé voter? Vous l’avez compris, Isaïe n’entend pas bouleverser la nature, mais bien mettre en relief dans notre cœur ce qui est encore informe et vide (je le rappelais dimanche dernier: en hébreu «tohu wa bohu»), de faire de la place pour l’hôte que j’attends.

Et voilà qu’un autre événement m’interpelle, un scoop devrais-je dire! La Une des journaux, surtout ceux qui s’adressent au grand public, titrait: «Dieu est mort», (à la Une du journal L’Équipe). Non il ne s’agissait pas de plagier Nietzsche qui l’avait déjà prophétisé en son temps, mais… d’annoncer la mort de Maradona! Vous ne connaissez pas? impensable! pour le chroniqueur de La Reppublica: le nom de Maradona, «ce joueur immense et unique, pratiquement une divinité», n’a même pas à être évoqué, tant il est «évident, superflu». «Ce serait comme demander qui était Ulysse, qui était Dante Alighieri, qui était Jésus-Christ notre Seigneur, qui était Einstein ?». Je cite textuellement!

Restons sérieux, comment recevons-nous les News? en quoi changent-elles notre comportement? mon engagement pour ma cité, mon canton, mon pays? qu’est-ce que la Covid-19 a provoqué dans mes relations aux autres? Est-ce que chaque jour, je vais pouvoir avancer mon petit mouton vers la crèche? Qu’est-il advenu dans mon quotidien qui me permet de sentir Sa venue?

Oui, chers amis, je vous le redemande: de quoi est faite mon attente? Le Psaume 84 nous en dépeint l’ambiance: Voici notre Dieu qui vient nous sauver! A toutes nos questions: «que dit le Seigneur quand il vient?» Ce qu’il dit, c’est la Paix pour son peuple et pour ses fidèles. Et ceci, chaque jour, pour nous préparer à l’entendre chanter dans la nuit de Noël par le chœur des anges:

«Paix sur terre aux hommes qu’Il aime!»

Et le psaume de poursuivre: «Amour et vérité se rencontrent; justice et paix s’embrassent». Voilà tout un programme pour attendre dans une disposition active. Car il s’agit de mettre la main à la pâte et de poser chaque jour des gestes d’amour, de vérité, de justice, de paix!

Marc commence son évangile par un avertissement: «Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir le chemin». Quel messager? Marc pense à Jean le baptiste, dont il parle tout de suite après avoir cité Isaïe. Mais nous pouvons aussi penser, chacune et chacun d’entre nous, d’être ce messager, envoyé pour aplanir les difficultés de mes voisins, poser un geste d’apaisement, de risquer à une parole qui élève. À chacun de faire preuve d’inventivité. Et que l’Esprit nous donne plein d’imagination pour faire naître des espaces de liberté. Comme nous le conseille la 2e épître de Pierre que nous venons d’entendre (2 Pierre 3, 14):

C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la Paix.

Bon dimanche, bonne semaine!

Jean-Bernard Livio sj
Pour ce deuxième dimanche de l’Avent – année B 2020
Isaïe 40, 1-5. 9-11 ; Psaume 84 ; 2e lettre de Pierre 3, 8-14 ; Marc 1, 1-8

Toute la communauté des jésuites de Montcheuil (Villars-sur-Glâne/Fribourg), nous vous souhaitons un bel Avent et une douce glissade vers l’Enfant de Bethléem, Dieu parmi nous.

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

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