«En pleine période de confinement, alors que je suis tenté de râler parce que je dois tout annuler, en particulier déplacements et voyages, me reviennent ces mots de Bernard de Clairvaux (XIIe siècle), dans un sermon pour le premier dimanche de l’Avent», se remémore Jean-Bernard Livio sj: Tu n'as pas besoin, ô homme, de passer les mers, de t’élever dans les nuages, de gravir les montagnes. La route qui t’est montrée devant toi n'est pas longue à parcourir: tu n’as qu’à rentrer en toi-même pour aller au devant de ton Dieu.

Lors de la première vague de pandémie de ce printemps, les jésuites de Montcheuil (Villars-sur-Glâne) avaient décidé en communauté de partager avec tous quelques réflexions pour meubler les solitudes par Sa présence. Ils renouvellent l’expérience en cette nouvelle période de semi-confinement en proposant une homélie pour chaque dimanche de l’Avent. «Ce ne sont que quelques pistes, à gouter.» La Parole de Dieu étant comme le bon pain -plus savoureux si on le partage!- n’hésitez pas à nous partager vos réaction (), et à les partager également autour de vous.

Me voilà prévenu! Moi, si souvent en déplacement, si souvent pressé de faire des choses, toujours prêt à aller de l’avant,… Et si cette année, je me donnais le temps de l’Avent. Car n’oublions pas cette invitation qui nous est faite en Église pour ce temps d’avant Noël: ce temps de l’Avent. D’accord, à le dire comme cela, on n’entend guère la différence entre les deux mots «avant», avec un «a» et/ou avec un «e», au point de les confondre et d’oublier l’étymologie du mot qui désigne ce temps liturgique: Avent, du verbe ad-venir. Autrement dit, il va se passer quelque chose, quelqu’un va arriver, …

Rappelons-nous d’où nous venons, je veux dire quels sont les signes avant-coureurs que la liturgie de ces derniers dimanches nous a indiqués:
Il y a quinze jours, un homme qui partait en voyage (Mt 25, 14) confie ses biens à ses serviteurs. Ils savent bien qu’il va revenir, même s’ils doivent l’attendre longtemps. C’est vrai que l’histoire des talents nous a surtout interpellés dans notre gestion économique ou écologique du monde dans lequel nous vivons. Au point que nous sommes presque passés à côté de l’essentiel de l’enseignement de Jésus à travers cette parabole:

le retour du maître! Car sans Lui, comment pourrait-on faire la fête?

Il y a trois semaines, on attendait le marié (Mt 25, 1). Et c’est vrai qu’il tarde. Pas seulement dans la parabole, et l’on comprend bien celles et ceux qui s’endorment… Mais là aussi, comment célébrer les noces si le marié n’est pas là!
Dans les deux cas, il s’agissait de se préparer à «faire La fête». Et pour tous ceux qui ne le savent pas, il y avait encore, un dimanche précédent, la parabole du père et de ses deux fils, le prodigue et l’aîné (Luc 15), où l’on doit reconnaître que c’est surtout le père qui se déplace pour venir à la rencontre de l’un et l’autre de ses enfants, afin que la fête soit belle.

Et voici que la liturgie de ce jour, de ce 1e dimanche d’un temps que l’on nomme «avent», tombe à point pour nous rappeler par ces textes que nous venons d’entendre qu’il ne s’agit pas tant de se bouger, de faire mille et une choses extraordinaires (et tant mieux si vous y arrivez)! Non, ces textes s’adresseraient plus volontiers ce matin à tous celles et ceux qui n’ont plus trop envie d’en faire, parce que fatigués, malades, endeuillés, désespérés, ou tout simplement confinés!

Le temps de l’Avent nous le rappellera, dimanche après dimanche, par les textes choisis dans nos liturgies:

Nous sommes invités à entrer dans l’attente de Sa venue, car IL vient!

C’est bien là l’extraordinaire annoncé:

Qui que nous soyons, quoi que nous ayons vécu, IL vient. A nous de l’accueillir!

Mais comment s’y prendre?
Isaïe d’abord, dans ses tout derniers chapitres (ch. 63-64), l’annonce de façon magistrale: il parle de Dieu en tant que notre «Rédempteur-depuis-toujours»; il parle à Dieu en tant que «Seigneur, notre Père». Aucun préalable, aucune prédisposition, aucune exigence requise pour que cela soit. Après un soupir d’impatience ou d’incrédulité: «ah si tu descendais…», voici que la prière du prophète devient réalité:

«Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que Toi agir ainsi pour qui l’attend».

Dieu vient vers celui qui l’attend. L’attendons nous?
Car IL vient à la rencontre de celui qui l’attend, de celui qui «pratique avec joie la justice, qui se souvient de Lui en suivant ses chemins».

St Paul dans sa 1ère lettre aux Corinthiens (1, 3-9) ne dit pas autre chose à «ceux qui attendent de voir se révéler le Seigneur». Dans ce monde très international pour ne pas dire interlope qu’est Corinthe, dans lequel l’Apôtre débarque après son échec devant les philosophes d’Athènes sans trop de préparation, Paul dit son admiration devant ceux qui écoutent son enseignement, car ils ont reçu toutes les richesses, celles de la parole et celles de la connaissance. IL n’a donc qu’à leur rappeler que tout cela vient du Seigneur.
Aussi l’apostrophe de Marc ne doit guère nous surprendre: nous l’avions entendu chez Matthieu et chez Luc ces précédents dimanches. Marc est plus succinct, il se contente d’insister: «prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment».

Le moment de quoi?
il ne nous est pas dit ce que nous avons à faire, si ce n’est «chacun son travail», comme par exemple le travail du portier est de garder la porte!
Oui, je sais, si souvent nous entendons ces paroles comme une mise en garde! Nous nous sentons comme pris à défaut! n’aurions-nous pas dû en faire plus ou mieux?

Chers amis, il n’est plus le temps de regarder en arrière. En avant! écrivez le mot comme vous voulez, avec un «a» si votre cœur se ferme sur lui-même; avec un «e» pour que vous soyez présent, car il vient.

Un mot conclut: veillez! Rien d’autre que de se réjouir comme l’enfant qui attend le retour de son père qui rentre du travail, parce qu’avec lui il y a toujours des surprises. Le retour de celui que j’attends n’est pas la fin pour celui qui attend, mais le début d’une aventure nouvelle. Comme la mère qui met 9 mois pour mettre au monde, pour risquer une nouvelle aventure avec celui ou celle qui va naître.

Que se passe-t-il en elle pendant tout ce temps d’avant (du reste comment l’écrit-elle alors ce mot «avant/avent»?). Et nous, chacune et chacun, comment allons-nous vivre ce temps? en regardant en arrière, au risque de nous lamenter sur nos péchés? ou tout tendu vers ce moment tant espéré et attendu de Sa venue.

Avec le confinement cette année, je risque bien de n’avoir pas le temps, la possibilité, l’argent d’acheter l’or, l’argent, la myrrhe qu’apportèrent les rois mages, ni le petit agneau des bergers, tous ces cadeaux qui l’an passé encore s’amoncelaient sous le sapin.  Mais il est temps de laisser son cœur s’élargir pour qu’un sourire d’émerveillement y prenne toute la place.

Car IL ne vient pas en triomphateur, en chef qui impose et s’impose. IL ne vient pas arranger ce que nous dérangeons. IL ne vient pas mettre de l’ordre dans les tohu-bohu des épidémies ou des catastrophes.
IL vient se confier à nous, tout petit parmi les grands (que nous sommes?), IL vient réveiller nos capacités de relations, susciter notre créativité, nous permettre d’inventer un monde nouveau pour que l’Enfant qui nous est donné puisse vivre !

AMEN.

Jean-Bernard Livio sj
Pour le premier dimanche de l’Avent – année B 2020

Au nom de la communauté des Jésuites de Montcheuil (Villars-sur-Glâne/Fribourg), le Père Livio sj vous souhaitons un bel Avent et une douce glissade vers l’Enfant de Bethléem, Dieu parmi nous.

 

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