par Pierre Emonet sj - Quelque chose qui a été caché aux sages et aux savants est révélé aux tout-petits. Mais quoi? Jésus ne le dit que quelques versets plus loin: le lien entre le Père et le Fils. Autrement dit sa dimension divine. L’affirmation est explosive, parce qu’elle bouleverse une opinion bien ancrée, que les théologiens ont une longueur d’avance dans la compréhension du message chrétien. Voici donc le simple fidèle mis en concurrence avec les exégètes et les docteurs qui savent et détiennent la clef des Écritures.

Certes, la connaissance et les études savantes sont utiles. Elles aident à déchiffrer un texte ancien, mais elles ne rendent pas forcément compte de son potentiel de vie et de lumière pour le lecteur.

Expliquer une parabole ou les faits et gestes du Christ, tels qu’ils sont rapportés par les Évangiles, ne dévoile pas automatiquement leur lien avec la vie de la personne qui lit l’Évangile aujourd’hui.

En affirmant que l’assimilation de son enseignement est plus affaire de cœur que de connaissance intellectuelle, Jésus a mis en garde ses disciples contre le danger de confondre la théorie et la pratique. Il ne suffit pas de dire, il faut encore faire! Dans ses Exercices spirituels, Ignace de Loyola rappelle:

«Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l’âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement. »

Qui se met à lire l’Évangile à la recherche d’une aide pour sa vie doit miser sur la bienveillance divine qui offre ou «révèle» plus que sur le savoir humain. Les petits se trouvent avantagés parce que, d’ordinaire, ils ne débarquent pas dans les Évangiles comme en terrain conquis. Sans idées préconçues, sans programme de recherche, ouverts aux surprises de Dieu, ils sont tout accueil, tandis que les sages et les savants risquent de rester prisonniers de leurs chablons et de leurs apriorismes, à la manière des pharisiens et des docteurs de la Loi incapables de saisir la nouveauté de l’enseignement de Jésus.

Dans le langage des Évangiles, les petits sont les gens simples, le petit peuple, les personnes qui souffrent et triment, les blessés de la vie, les pécheurs qui ne bombent pas le torse devant Dieu et s’asseyent sur les derniers bancs de l’Église, tous ceux et celles qui abordent l’Évangile à partir de leurs blessures et de leur fragilité. Ce sont aussi les savants lorsqu’ils quittent leur suffisance et descendent de leur chaire pour se mettre à l’école et apprendre.

Les propos de Jésus brossent le portrait d’un Dieu «doux et humble de cœur». Image insolite, si éloignée de tout ce que, spontanément, nous concevons et disons de la divinité. Nouveauté jamais inventée, qui ne peut qu’être révélée. Un tel Dieu n’est plus le fardeau qui écrase, au point d’en devenir inacceptable pour tant d’hommes et de femmes qui rendent leur ticket.

Le Dieu «doux et humble de cœur» est repos; il pacifie et rassure jusqu’au plus profond de la conscience.

Si l’on parle encore de joug, il faut comprendre qu’il est léger, parce que, comme tout joug, il repose sur deux nuques, il unit deux forces, celle du disciple et celle du Christ.

Pierre Emonet sj